20 Minutes : Actualités et infos en direct
INTERVIEW« Je n’avais pas envie de me prendre la tête », confie Markobi

« Je n’avais pas envie de me prendre la tête », confie Markobi, le « platinium buzzer » de « Incroyable Talent »

INTERVIEWMardi soir, les quatre jurés du concours de M6, à l’unanimité, ont décidé d’utiliser leur platinium buzzer pour envoyer directement en finale ce magicien faussement désinvolte et particulièrement talentueux
Dans « La France a un incroyable talent », le magicien Markobi a obtenu le platinium buzzer
Dans « La France a un incroyable talent », le magicien Markobi a obtenu le platinium buzzer - Julien THEUIL / M6 / M6
Stéphanie Raïo

Stéphanie Raïo

L'essentiel

  • Markobi accède directement à la finale de « La France a un incroyable talent » grâce au platinium buzzer, nouveauté de cette saison 18.
  • Lors de l’émission diffusée mardi soir sur M6, le jury n’a pas tari d’éloges concernant ce magicien qui mêle humour et tour de cartes dans un style très personnel.
  • « Dans cette émission, j’ai un peu déconnecté toutes mes attentes pour pouvoir être libre, pouvoir kiffer sans réfléchir. Je me suis souvent pris la tête et, cette fois, je n’en avais pas envie » a-t-il confié à 20 Minutes.

Il est le premier platinium buzzer de l’histoire de « La France a un incroyable talent » et le seul artiste de cette saison 18 à aller directement en finale. Markobi a fait l’unanimité, hier soir, du côté du jury. Même le sarcastique Sugar Sammy a été conquis par ce tour de cartes bluffant réalisé de manière faussement nonchalante. « C’est ma sixième saison et, pour moi, tu es le meilleur magicien que j’ai vu ici, a-t-il concédé. Le personnage est tellement réussi ! C’est tellement original ce que tu fais, le gars qui s’en fout de la magie (…) Je pense que je suis tombé amoureux ». Marianne James a reconnu : « la magie, c’est pas trop mon truc. Là, c’est une gifle ». Eric Antoine lui-même a admis qu’il le trouvait « virtuose ». Il faut dire que Markobi – contraction de son prénom et de son nom, à savoir Marc Bittar – a remporté les championnats du monde 2022 dans la catégorie cartomagie. En interview avec 20 Minutes, le magicien reste dans son personnage blasé, « ce mec qui s’en fout de tout et qui est détaché de ce qu’il fait » comme lui-même le résume. Certaines réponses sont à prendre au second degré, d’autres laissent place à l’artiste plutôt qu’au personnage.

Qu’avez-vous ressenti au moment du platinium buzzer ?

Pas grand-chose car je n’ai pas compris… J’en avais oublié l’existence. Et comme je n’écoutais pas tout ce qu’on me disait, j’étais un peu en veille, du coup, ils me l’ont dit après. Mais je ne savais pas que c’était le platinium buzzer au moment où je l’ai reçu.

Quand vous en avez découvert la signification, qu’avez-vous pensé ?

En fait, dans cette émission, j’ai un peu déconnecté toutes mes attentes pour pouvoir être libre, pouvoir kiffer sans réfléchir. Je me suis souvent pris la tête et, cette fois, je n’en avais pas envie.

Qu’est-ce que cela représente malgré tout pour vous quand quatre jurés buzzent à l’unanimité pour votre numéro ?

Le flip descend. On a peur de se faire allumer dans cette émission donc plutôt que de voir cela comme quelque chose de super positif, c’est l’absence de négativité qui fait plaisir.

Craigniez-vous un juré en particulier ?

Je ne craignais pas grand-chose car je m’en fichais de tout. Je disais ça en général. On peut se faire allumer mais, moi, j’ai tout déconnecté donc j’y suis allé tranquille. Je sais que Sugar Sammy peut allumer les gens et que Marianne James n’aime pas les cartes, mais je ne considère pas que je fais des tours de cartes. L’accent, je ne les mets pas sur les cartes, mais sur le moment qu’on vit. Dans la mesure où c’est un moment authentique, ça ne peut pas être clashé. Donc il n’y avait pas de risque.

En l’occurrence, le jury n’a pas tari d’éloges vous concernant. Qu’est-ce qui vous a le plus touché ?

Je n’écoutais pas vraiment en fait, je pensais à autre chose. J’avais faim, j’étais fatigué. J’avais fait mon travail donc j’étais content. De mon point de vue, c’était surtout pour le public ce que disait le jury. Comme ça, il comprend peut-être mieux de quoi il s’agit. J’entendais un peu la mélodie de ce qui était dit et je comprenais que c’était positif.

Sugar Sammy a quand même dit que vous étiez le meilleur magicien qu’il ait vu en six saisons…

Ah il a dit ça ? En fait, il a aimé justement parce que ce n’est pas la magie que j’incarne. J’incarne juste un mec qui s’en fout de tout et qui est détaché de ce qu’il fait. Pour un artiste en général, le plus important est d’être suffisamment détaché pour vivre son truc. Dans beaucoup de cas, on sent le travail et Sugar Sammy, c’est là où il va fusiller. Dans mon numéro, il a vu juste un mec qui s’en fichait. C’est la raison pour laquelle il a aimé. Il dit magie, mais ce n’est pas cela qu’il a aimé, c’est le fait d’être désintéressé de la magie.

Comme est né ce personnage de magicien un peu indifférent à tout ?

Il est né en même temps que moi. C’est la magie qui est venue plus tard. En fait, je suis quelqu’un qui n’aime pas trop travailler, qui fait ce qu’il aime et du coup, quand on ne veut pas trop se prendre la tête, il y a beaucoup de choses qu’on relâche. Donc j’ai un peu tout laissé tombé, toutes les contraintes, tous les cadres. Ça fait du bien de s’en foutre.

Pour autant, vous êtes champion du monde de magie. Comment avez-vous travaillé pour en arriver là ?

J’ai travaillé le je-m’en-foutisme ! Quelqu’un qui prend les cartes en main et se dit : « maintenant je dois bosser une heure », il va le faire mais n’ira pas au-delà. Alors que quelqu’un qui fait des tours tout le temps, à tout le monde, qui manipule sans réfléchir, lui va bosser dix heures, quinze heures, mais dans sa tête, ce ne sera pas du travail. En fait, c’est en travaillant le moins qu’on bosse le plus.

Comment est née votre vocation ?

Quand j’avais sept ans, j’étais sur une plage au Liban – car je suis d’origine libanaise – et un cousin m’a appris un certain nombre de tours avec des cartes. Ça m’avait fait rêver. Du coup, quand j’avais des cartes, je faisais les tours qu’il m’avait montrés. Mais j’ai vraiment commencé avec un tuto YouTube, à 18 ans, alors que je venais de commencer la fac de Biologie. Après cela, je n’ai plus jamais arrêté.

Comment devient-on champion du monde dans la catégorie cartomagie ?

Je dirai en ne s’écartant pas de ses aspirations. Il y a beaucoup de gens qui vont s’abandonner en essayant de trouver un personnage. Par exemple, ils vont trouver un truc qui ne leur correspond pas, alors que peut-être ce serait mieux s’ils étaient restés eux-mêmes. Il y en a d’autres qui vont essayer d’apprendre tout en pensant qu’il faut tout savoir pour être bon. Alors que moi, pour le coup, j’ai toujours fait que ce que j’aimais. Donc c’est en ne s’écartant pas de soi-même, et en restant toujours comme ça, qu’on y parvient à mon avis.

Vous avez combiné dès le départ humour et magie ?

Oui, parce que ça me fait marrer. Beaucoup d’artistes exercent leur art et s’arrêtent de vivre. Moi je vis en même temps que mon art, je kiffe, ça me fait marrer, ça me fait marrer que les gens se marrent donc, dès le départ, j’étais tout de suite dans une attitude comme ça, un peu impro, le mec qui s’en fout... C’est juste que je n’aime pas les règles et du coup, voilà ce que cela donne.

Quand on est champion du monde, qu’est-ce qu’on attend de « La France a un incroyable talent » ?

On se laisse porter. Je découvre en même temps que le public là où je vais. C’est super marrant. C’est eux qui m’ont contacté pour que je participe à l'émision. Par contre, j’ai candidaté de nombreuses années à « La France a un incroyable talent », à compter de 2015. Là, je ne me laissais pas porter. J’étais dans une démarche active d’efforts, de travail et de prise de tête, et ça ne donnait jamais rien ! La première fois où je décide de m’en foutre, ça donne ce que cela a donné.


Sujets liés