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TELEVISIONPétages de plombs et allégorie, « Les Traîtres » est « plus qu’un jeu »

« Les Traîtres » : Pétages de plombs et allégorie de la société, l’émission de M6 n’est pas « qu’un jeu futile »

TELEVISIONLa saison 2 des « Traîtres » commence ce mercredi sur M6. Pour certains candidats, l’expérience a été « psychologiquement éprouvante ». Explication
L'animateur Eric Antoine, au centre, entouré des dix-huit personnalités participant à la saison 2 des « Traîtres » sur M6.
L'animateur Eric Antoine, au centre, entouré des dix-huit personnalités participant à la saison 2 des « Traîtres » sur M6. - Etienne JEANNERET/M6 / CipeM6
Fabien Randanne

Fabien Randanne

L'essentiel

  • La saison 2 des « Traîtres » commence ce mercredi 12 juillet, à 21h10, sur M6.
  • « C’est une vraie expérience, passionnante, mais très tendue », avance le philosophe Vincent Cespedes, l’une des dix-huit personnalités candidates de cette édition. « Avant le jeu, les termes ne résonnent pas trop, " traître", "loyal "… Une fois qu’on est plongé dedans, tout prend son sens et les mots commencent à devenir très lourds », raconte Juju Fitcats.
  • « La table ronde, c’est une allégorie de notre société : ceux qui parlent le mieux, qui maîtrisent l’art oratoire, réussissent à convaincre les autres d’éliminer une personne, qu’elle soit "coupable" ou non, analyse Eric Antoine. Cela m’a inquiété. Les élections présidentielles étaient encore dans les mémoires et je me suis dit : "C’est tellement ce qu’on vit !" »

«Me retrouver là me paraissait totalement impossible à assumer dans un premier temps. Mon épouse me disait : "Ah, ça te va bien, il y a neuf mois tu essayais de convaincre les Français qu’il fallait être réglo et tu te retrouves dans cette émission déjantée." » Jean Lassalle, l’avoue, il ne savait pas vraiment où il mettait les pieds quand il est arrivé, en plein hiver, sur le tournage des Traîtres au château de Val (Cantal). L’homme politique, 3 % à la dernière présidentielle et désormais au casting de la saison 2 du jeu de M6 lancée ce mercredi à 21h10, a fini par apprendre les règles sur le tas.

Parmi les 18 personnalités participant aux réjouissances au profit d’associations, trois ont été désignées comme « traîtres ». Elles ont pour mission d’éliminer chaque nuit, à l’issue d’un conciliabule, l’un des « loyaux » qui quittera les lieux sans un au revoir. Les loyaux, eux, doivent démasquer les traîtres en se fiant à leur intuition et faire le bon choix lors du vote autour de la table ronde décidant du « bannissement » de l’un des joueurs.

« La cogitation a été intense »

Le champ lexical de la trahison et de l’exclusion est très fréquemment utilisé et cela a de quoi perturber. Impossible de faire complètement confiance à quiconque, même aux plus proches. Le créateur de contenus Tibo InShape confie avoir « hésité » à participer avec sa compagne Juju Fitcats. « Notre relation se passait bien, on venait de se fiancer. Plusieurs fois on s’est dit : "Dans quoi on s’est embarqué ?", raconte-t-il. Sa moitié confirme : « Avant le jeu, les termes ne résonnent pas trop, " traître", "loyal "… Une fois qu’on est plongé dedans, tout prend son sens et les mots commencent à devenir très lourds. »

« C’est une vraie expérience, passionnante, mais très tendue, appuie le philosophe Vincent Cespedes. La cogitation a été intense. » Celui qui pourfendait la téléréalité il y a une vingtaine d’années dans son essai I Loft you confie avoir « connu un pétage de plombs » sur place. « Quand on se retrouve seul avec soi-même, avec les démons que ça réveille… », poursuit-il, laissant sa phrase en suspens.

« C’est très éprouvant psychologiquement, estime également le chef Norbert Tarayre. On s’attache en off, il faut se reprendre en in [lorsque les caméras tournent]. Certaines attitudes m’ont choqué, ça part dans les tours. »

« Humainement, on est entièrement déshabillés »

L’animateur Eric Antoine admet que le tournage exige « une forme d’endurance physique pour les candidats ». L’enregistrement a lieu sur dix jours, les nuits sont courtes (« 4 heures ») car, avant d’aller se coucher, les personnalités doivent débriefer leur journée au confessionnal, et, pour couronner le tout, les températures à cette période de l’année en Auvergne sont glaciales. Il y a donc forcément des moments « où ça pète les plombs ». Et le présentateur trouve ça « délicieux » car « c’est là que l’on tombe sur de l’humain, que l’on voit qu’untel est vraiment gentil ou qui sont les salauds », sourit-il. Côté téléspectateurs, il faut bien avouer que l’on se ressert du pop-corn et que chaque épisode offre son pesant de rebondissements.

« C’est un jeu déstabilisant. Humainement, on est entièrement déshabillés », glisse Norbert Tarayre. Les candidats des Traîtres seraient-ils si vulnérables que cela ? « La production était admirable de bout en bout. Ils étaient au courant que ce n’était pas qu’un jeu futile », rassure Vincent Cespedes, qui a visiblement pris les choses très au sérieux.

Le producteur Mathieu Chalvignac précise ainsi que tous les participants échangeaient avec une psychologue avant, pendant et après le tournage « pour savoir dans quel état d’esprit ils sont, s’ils peuvent faire face au mensonge ou sont capables de mentir ». « Je trouvais ça particulier, c’était des questions très personnelles, donc, avant d’y participer, ça m’a donné une autre vision du jeu, relate Krystofer, l’un des candidats emblématiques de N’oubliez pas les paroles. La psychologue m’a expliqué que dans la saison 1, des gens voulaient être traîtres, mais que ça n’a pas été évident pour tous ceux qui l’ont été. »

« Un esprit de compétition insoupçonné »

Sur place, lorsque les caméras sont éteintes, les participants sont escortés en permanence par des « nounous » veillant à ce qu’aucune discussion n’aborde ce qu’il se passe dans le jeu. Impossible donc d’élaborer des stratégies ou de faire part de ses hypothèses sur les traîtres potentiels avec d’autres candidats. « Les "nounous" nous disaient "pas de off", confirme l’ex-escrimeuse et ministre des Sports Laura Flessel. On était constamment dans des sables mouvants ». « Comme on leur demandait de garder les informations pour eux, lors du jour off, ils ont pu échanger avec la psychologue, ça leur a permis de décharger la pression », informe le producteur David Warren.

Tout le monde n’en a pas eu besoin. Ce jour-là, Jean Lassalle s’est plutôt changé les idées en regardant les Bleus laminer les Anglais au Tournoi des Six nations. Vincent Desagnat lui aussi a vécu l’expérience à la cool. « J’étais vraiment dans le jeu et je n’avais aucun problème avec le fait qu’on pense que je mente ou que je trahisse. Je trouvais ça marrant de voir les stratégies qui s’échafaudaient », confie le comédien qui s’est tout de même découvert « un esprit de compétition insoupçonné ».

« C’est comme dans la vie »

Tout le contraire de Kristofer : « Le plus dur pour moi était de distinguer le jeu de la vraie vie, ne pas prendre personnellement un vote contre soi. » Vincent Cespedes va plus loin : « C’est la nature humaine, ce jeu. Tout le monde disait : "C’est comme dans la vie." » Effectivement, l’émission se noue autour des mensonges, des doubles discours, des déclarations d’amitié infaillible, de démarches opportunistes, des boucs émissaires sur lesquels la majorité s’acharne…

« La table ronde, c’est une allégorie de notre société : ceux qui parlent le mieux, qui maîtrisent l’art oratoire, réussissent à convaincre les autres d’éliminer une personne, qu’elle soit "coupable" ou non, analyse Eric Antoine. Cela m’a inquiété. Les élections présidentielles étaient encore dans les mémoires et je me suis dit : "C’est tellement ce qu’on vit !" »

L’avantage des Traîtres, le jeu, c’est que ce n’est que du divertissement et qu’il ne fait de mal à personne - en dehors de quelques ego égratignés. Les blessures d’orgueil sont d’ailleurs vite réparées : les dix-huit participants, « traîtres » ou « loyaux », échangent désormais volontiers tous ensemble sur le groupe WhatsApp qu’ils ont créé.

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