« Touchées »: Avec son téléfilm, Alexandra Lamy lutte contre les violences faites aux femmes

FEMINISME La première réalisation d'Alexandra Lamy, diffusée ce jeudi à 21h10 sur TF1, est devenu un support de sensibilisation et de prévention contre les violences sexistes et sexuelles

Fabien Randanne
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Alexandra Lamy, au Festival du film francophone d'Angoulême, en août 2021.
Alexandra Lamy, au Festival du film francophone d'Angoulême, en août 2021. — YOHAN BONNET / AFP
  • TF1 diffuse Touchées ce jeudi à 21h10. Il s’agit de la première réalisation d’Alexandra Lamy, qui a remporté le trophée du meilleur téléfilm au Festival de la fiction télé de La Rochelle.
  • Adapté de la bande dessinée du même titre, signée par Quentin Zuitton. Touchées suit les parcours de trois femmes victimes de violences sexuelles et sexistes qui se rencontrent lors d’une thérapie de groupe autour de la pratique de l’escrime.
  • « Aujourd’hui, la parole se libère, c’est super, mais est-ce qu’on peut se reconstruire ? Je voulais montrer que oui, c’est possible. Si un jour vous poussez une porte, il y aura des gens qui seront là pour vous aider, vous accompagner », explique Alexandra Lamy à 20 Minutes.

A la fin d’une projection publique de Touchées, un homme s’est approché d’ Alexandra Lamy : « Je vais vous dire quelque chose d’extrêmement difficile. Il m’est arrivé parfois d’être un peu dur avec ma femme ». Elle a été interloquée : « Comment ça, un peu dur ? » « Il m’est arrivé de la pousser. De la gifler. D’avoir vu ce film m’a bouleversé. Je ne me rendais pas compte, en fait, que c’est violent. »

Alexandra Lamy se souvient d’avoir regardé ce spectateur tourner les talons et s’en aller, visiblement chamboulé. « Je ne dis pas que je vais changer les agresseurs, mais mon film ouvre peut-être des réflexions, avance-t-elle. Dans le système patriarcal, on a été éduqués à des phrases du style : "Si ta femme parle trop, tu peux lui en coller une hein, c’est pas très grave." Aujourd’hui, les gens prennent conscience que c’est mal, qu’un geste physique a des répercussions terribles. »


Touchées, diffusé ce jeudi, dès 21h10, sur TF1, suit les parcours de trois femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, incarnées par Mélanie Doutey, Claudia Tagbo et Chloé Jouannet. Elles se rencontrent lors d’une thérapie de groupe autour de la pratique de l’escrime.

« Dans une première réalisation, on met toutes ses tripes »

Le téléfilm, sacré dimanche au Festival de la fiction télé de La Rochelle, est adapté de la bande dessinée du même titre, signée par Quentin Zuttion. Alexandra Lamy confie avoir été « bouleversée » par cette lecture. Quand le producteur Philippe Boëffard lui a proposé le projet, elle a voulu savoir dans quel rôle il l’imaginait. Il lui a répondu qu’il pensait en réalité à elle pour le réaliser. « J’ai eu un petit choc », avoue celle que le public a découverte il y a une vingtaine d’années en Chouchou dans Un gars, une fille. Mais, titillée depuis plusieurs années à l’idée de passer derrière la caméra, elle n’a pas hésité longtemps : « Je me suis dit que c’était le bon sujet, parce que, généralement, dans une première réalisation, on met toutes ses tripes. »

Alexandra Lamy tient à son engagement féministe. Soutien de La Maison des femmes, elle s’active pour aider les victimes de violence. « Pendant le premier confinement, j’ai beaucoup travaillé avec la gendarmerie afin de faire passer, via les commerces de proximité, des messages aux femmes subissant des violences conjugales », explique-t-elle.

« Quand on fait une fiction sur ce sujet, on a une responsabilité »

Une implication semblable à celle d’Andréa Bescond, dont A la folie, un téléfilm sur l’emprise dans le couple, a été récemment diffusé sur M6. « On se connaît, on s’est souvent vues dans des manifestations, on travaille avec des associations. Je me suis beaucoup rapprochée d’elle il y a deux ans, précise Alexandra Lamy. Elle a été mon premier choix pour le rôle de la thérapeute. Je savais qu’elle allait trouver les mots justes pour ce personnage, apporter une authenticité. Quand on fait une fiction sur ce sujet, on a une responsabilité. Je ne voulais pas être à côté de la plaque ou qu’on me reproche la moindre phrase. »

Alexandra Lamy, entourée d'Anne Marivin et Nadège Beausson-Diagne, dans une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 23 novembre 2019, à Paris.
Alexandra Lamy, entourée d'Anne Marivin et Nadège Beausson-Diagne, dans une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 23 novembre 2019, à Paris. - Alain JOCARD / AFP

La réalisatrice espère, « sans aucune prétention », faire bouger les choses. Depuis plusieurs mois, elle montre Touchées dans des lycées ou dans les locaux de diverses associations. Elle envisage aussi de sillonner la France en minibus pour « faire de la prévention auprès des jeunes ». « Ce film est un support pédagogique. Il y a des assos qui nous disent : "On a eu des victimes qui ont pu exprimer des choses alors que ça fait des mois qu’on travaille avec elles et qu’elles ne parlent pas. Là, d’un coup, en voyant Touchées, elles disent : "Je suis comme Tamara, je me scarifie"." C’est plus facile de dire que l’on se retrouve dans tel ou tel personnage que de raconter ce que l’on vit. »

« La reconstruction est possible »

Certaines séances de questions-réponses suivant les projections publiques durent facilement plus d’une heure. « Des femmes nous remercient, affirment que ça leur donne de l’espoir, même si je n’aime pas ce mot-là, avance Alexandra Lamy. Aujourd’hui, la parole se libère, c’est super, mais est-ce qu’on peut se reconstruire ? Je voulais montrer que oui, c’est possible. Si un jour vous poussez une porte, il y aura des gens qui seront là pour vous aider, vous accompagner. »

Elle remarque aussi que, systématiquement, lors des rencontres avec le public, « les premières personnes qui prennent la parole, ce sont des hommes. » Elle admet craindre qu’ils pensent qu’il s’agit d’un « film de femmes ». Elle constate que leurs réactions sont toutes autres.

« Je ne suis pas en train de dire que tous les hommes sont des salauds, je ne leur fais pas un procès, donc je pense que ça fait du bien aussi, analyse-t-elle. Le sujet parle personnellement à certains parce que des victimes d’attouchements, de violences, il y en a chez les hommes. D’autres sont émus par la sororité ou le processus de reconstruction. Certains nous disent qu’ils ne se rendaient pas compte de ce que signifiait subir des violences et que cela prend du temps pour s’en sortir. Je ne dis pas que c’est un film extraordinaire, mais les discussions qu’ils suscitent sont longues. » A votre tour d’être touchés et d’en parler.

Un clin d’œil en Chouchou ?

TF1 a annoncé, au début de l’été, une émission spéciale en hommage au phénomène que fut Un gars, une fille. Cette pastille comique, diffusée entre 1999 et 2003 sur France 2, a été un tremplin pour Jean Dujardin et Alexandra Lamy, les deux interprètes principaux. Est-il prévu qu’Alexandra Lamy apparaisse dans le prime de la première chaîne ? « Non, pas du tout. Je n’étais même pas au courant de ce projet, au départ, déclare-t-elle à 20 Minutes. Un gars, une fille ça a été le lancement de ma carrière. J’en suis heureuse. Avoir, dans son parcours, une série culte, se dire qu’on a fait au moins ça, eh bien c’est pas mal. »