« LCI a la responsabilité de proposer du contenu plutôt que d’attiser les haines et les peurs », affirme Fabien Namias

INTERVIEW EXCLUSIVE Fabien Namias, le directeur général adjoint de LCI présente, en exclusivité à « 20 Minutes », la grille de rentrée de la chaîne info du groupe TF1, marquée par un jeu de chaises musicales et l’arrivée de nouveaux visages

Propos recueillis par Fabien Randanne
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Fabien Namias (à g.), directeur général adjoint de LCI. A dr., de haut en bas, trois des visages stars de la chaîne info du groupe TF1 : Ruth Elkrief, Adrien Gindre et Elizabeth Martichoux.
Fabien Namias (à g.), directeur général adjoint de LCI. A dr., de haut en bas, trois des visages stars de la chaîne info du groupe TF1 : Ruth Elkrief, Adrien Gindre et Elizabeth Martichoux. — CHRISTOPHE CHEVALIN - TF1
  • Avec une part d’audience moyenne de 1,4 %, LCI a réalisé, sur la saison 2021-2022, son meilleur score depuis sa création. « C’est [en partie] le fruit de notre repositionnement et de la refonte de 80 % de la grille l’an passé », explique Fabien Namias, directeur général adjoint de la chaîne, à 20 Minutes.
  • Parmi les principaux changements dans la grille à la rentrée : Elizabeth Martichoux prend la tranche du 9h – midi ; Ruth Elkrief sera à l’antenne du lundi au jeudi en deux temps, d’abord de 17 à 18h, puis de 20 h à 21h. Julien Arnaud arrive sur la tranche 20h – 22 h, avec notamment une émission consacrée à l’actu internationale.

« On ne va pas changer ce qui a fonctionné, on va s’adapter », résume Fabien Namias, le directeur général adjoint de LCI qui présente, en exclusivité pour 20 Minutes, sa grille de rentrée. La chaîne info du groupe TF1 boucle sa saison 2021-2022 avec le sourire : elle a enregistré, en termes d’audiences, les meilleurs scores depuis sa création. « Le maître-mot, c’est la stabilité, pour fidéliser et maintenir la relation de confiance. Mais la stabilité ne veut pas dire l’immobilisme, il va y avoir des nouveautés sur toutes les tranches », prévient-il. Entrons dans le détail…

Avec 1.4 % de part d’audience en moyenne, LCI a réalisé sa meilleure saison historique. C’est donc la satisfaction qui domine ?

Bien sûr ! On progresse de 0,3 % par rapport à la saison précédente. De 12 % en nombre de téléspectateurs : c’est la plus forte progression des quatre chaînes d’info. C’est le fruit de notre repositionnement et de la refonte de 80 % de la grille l’an passé. Le plus déterminant a été notre mobilisation sur le conflit en Ukraine et les élections présidentielle et législatives qui ont permis à LCI d’affirmer son identité d’expertise, d’analyse. On prend le temps de comprendre les choses, d’expliquer, de mettre en perspective. Nous sommes la seule chaîne d’information à aller sur ce terrain-là quand d’autres privilégient le news permanent ou l’opinion et la polémique. LCI a accru sa durée d’écoute. C’est le signe d’une confiance du public et la reconnaissance de notre positionnement.

Dans le même temps, BFMTV est largement en tête côté chaînes d’info, avec une part d’audience moyenne de 3,3 % sur la saison. CNews est à 2,1 %. LCI a-t-elle l’ambition de les rattraper ? Combler l’écart est-il possible ?

Il y a une volonté de progresser. C’est ce qu’il s’est passé. Mon sujet n’est pas d’être la première, deuxième, troisième chaîne d’information. Evidemment, on a toujours vocation à être les meilleurs – quand on est exigeant professionnellement, c’est ce qu’on recherche. On souhaite fidéliser un public et progresser sans jamais renoncer à nos valeurs. Je préfère être à la place qui est la nôtre en faisant une chaîne de grande qualité plutôt que de gagner des parts de marché au détriment d’une exigence, d’une éthique, d’une forme d’honneur du journalisme. Je n’ai aucun jugement négatif à porter sur ce que font nos concurrents. Nous sommes tous des professionnels et nous avons tous une responsabilité qui est celle de produire une chaîne d’info en continu. Ce qui est apparu particulièrement au courant de la saison, c’est la différence entre ces offres et celle de LCI qui a investi le segment du premium, de l’exigence.

Les chaînes infos sont régulièrement pointées du doigt comme contribuant à la montée des populismes…

Je ne parle pas des autres chaînes, mais bien sûr qu’à LCI on a une responsabilité. Dans un pays divisé, fracturé, en majorité incertaine comme on le sait, dans un monde aussi brutal, la moindre des choses, comme on a la chance de s’adresser à des millions de gens chaque jour, c’est de leur proposer du contenu, des mécanismes de compréhension plutôt que de chercher à attiser les haines, les peurs et les passions. On ne gagne jamais durablement en jouant sur la haine ou la peur. Ni en politique, ni dans le journalisme.

En 2019, le CSA rappelait LCI à l’ordre pour avoir diffusé en direct l’intégralité du discours d’Eric Zemmour à la Convention de la droite. Cette saison, vous n’avez diffusé que des extraits du spot d’annonce de la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle… C’est un exemple de la responsabilité dont vous parlez ?

Tout à fait. On apprend à se connaître nous-mêmes et on apprend de ce que nous avons bien fait et moins bien fait. Plus le temps passe, plus on défend ce que les gens attendent de nous : ne surtout pas céder à la course à l’échalote permanente. Le week-end des 3 et 4 avril, nous avons retransmis les discours de tous les candidats et nous avons été la seule chaîne capable de les diffuser intégralement, sans distinction. On avait anticipé, appris à gérer le temps de parole. Le but n’est pas de savoir qui on diffuse ou non mais à quoi ça correspond, pourquoi on le fait et dans quelle démarche ça s’inscrit.

Si l’on parle du mercato télé, on sait déjà qu’Hélène Mannarino quitte « Les Matins LCI » pour succéder à Alessandra Sublet à la présentation de « C Canteloup », sur TF1…

Avec Thierry Thuillier [directeur de l’information du groupe TF1], il nous semblait qu’être le soir sur un produit qui aime à tourner en dérision le monde politique était difficilement compatible avec une matinale. Hélène Mannarino a fait ce choix de carrière, je lui tire mon chapeau. Au côté de Stéphane Etchevery, elle a largement contribué à l’amélioration significative des audiences de la matinale cette saison.

Stéphane Etchevery, lui, reste à la matinale ?

Il sera le pilier du dispositif. A la rentrée, ce sera Stéphane Etchevery et son équipe, entre 6h et 9h. Il y aura des nouveaux visages : Kady Adoum-Douass présentera les journaux, Margot Haddad assurera une chronique internationale, Virginie Leguay sera en charge d’un nouveau billet politique et Ange Noiret présentera la météo. L’interview politique, qui est un marqueur très fort pour nous, sera menée par le patron du service politique de TF1 et LCI, Adrien Gindre.

Elizabeth Martichoux, qui assurait cette interview jusque-là, bascule quant à elle sur la tranche 9 heures-midi…

C’est le grand mouvement de la saison. On a voulu bâtir autour d’elle une émission d’approfondissement, haut de gamme, qui ne cédera rien au buzz, à la polémique ou à l’opinion. Elle sera divisée en deux temps. De 9 heures à 11h, il s’agira de creuser, avec des experts, les grands sujets d’actualité du jour – trois maximum. Pour porter ces faits qui seront développés, on accueillera Narjisse Hadji, une journaliste [venue de BFM Paris] très talentueuse. De 11h à midi, Paul Larrouturou sera en plateau, avec un reportage qui pourra donner lieu à l’invitation d’une personnalité qui sera interviewée par Elizabeth Martichoux. Parmi les nouvelles recrues, on est aussi très fiers d’accueillir Paola Puerari, qui vient de France Inter et collabore régulièrement au 28 Minutes d’Arte. Elle est passionnée des questions de sociétés, elle livrera un billet chaque jour.

Quid de « LCI Midi » présenté par Claire Fournier et Julien Arnaud ?

On garde le découpage 12h-15h. La tranche est confiée cette année à Christophe Moulin, qui a œuvré sur la deuxième partie de la saison, lorsque Julien Arnaud est parti faire les remplacements au 13 heures de TF1. Il a réussi dans sa mission d’offrir un grand journal d’accueil faisant vivre l’actualité en direct. Il coprésentera l’émission par Anne Seften, qui officiait jusque-là le soir et le week-end. Claire Fournier, elle, revient à ses premières amours en devenant l’une des signatures éditorialistes économiques de la chaîne. Elle sera chaque jour dans l’émission d’Elizabeth Martichoux.

Bénédicte Le Chatelier reste sur la tranche de 15 à 18h ?

Oui. Entre 17h et 18h, elle portera un rendez-vous politique et sera rejointe par Ruth Elkrief. Autour d’elles, des éditorialistes viendront décrypter l’actualité politique.

Le « 24h Pujadas » est inamovible ?

C’est l’émission emblématique de la chaîne. En mai, on était la première chaîne info sur ce créneau du 18h-20h. David [Pujadas] travaille à des nouveautés avec son équipe. Ce que je peux vous dire, c’est qu’on retrouvera ses meilleurs chroniqueurs, Caroline Fourest et son pendant, Robert Ménard, qui aura un billet le mercredi.

Robert Ménard, maire de Béziers, est marqué à l’extrême droite…

Le propre de l’émission de David Pujadas, qui a l’expertise et la capacité d’encadrement et de maîtrise de l’antenne, c’est de donner la parole à toutes les opinions. Caroline Fourest n’a pas de mandat politique, mais on ne peut pas dire qu’elle a la langue dans sa poche. Robert Ménard est aujourd’hui un élu, son temps de parole sera décompté par les autorités compétentes. On y veille. Après, c’est un passé, une histoire, il a été journaliste, patron de Reporters sans frontières, il a été assez proche de l’extrême droite, aujourd’hui, il est en train d’évoluer. Il faut entendre différentes voix sur LCI. Du moment qu’elles s’exercent dans le cadre républicain, elles ont voix au chapitre.

Si Caroline Fourest est le « pendant » de Robert Ménard, c’est qu’elle est censée représenter des opinions de la gauche de l’échiquier. Or, elle ne fait pas l’unanimité à gauche…

Je ne cherche pas à faire l’unanimité, je cherche à donner l’antenne à des gens intéressants, différents et qui se complètent. Quel est le rapport entre une Fourest, un Ménard, un [Luc] Ferry, un [Daniel] Cohn-Bendit [ces deux derniers débattent dans En toute franchise] ? Sur le papier, pas grand-chose. Mais ils ont en commun une grande expérience, une grande légitimité, une grande intelligence et une grande capacité à exposer des idées avec clarté. Ils pensent différemment mais enrichissent l’antenne par des parcours, des orientations, des choix différents. Cette addition de talents, tant qu’elle s’exerce dans un cadre républicain, fait que la chaîne peut continuer à croître et à s’adresser à tout le monde sans sectarisme.

La saison passée, Ruth Elkrief incarnait la tranche 20h-22h avec « Ruth Elkrief 2022 », centrée sur la présidentielle. Que devient ce rendez-vous ?

Julien Arnaud arrive sur ce créneau. De 20h à 21h, l’émission sera dédiée à la politique. Ruth Elkrief y tiendra le rôle central de l’analyse jusqu’à 20h30. Puis de 20h30 à 21h, elle interrogera un grand invité, politique ou autre, seule. De 21h à 22h, on retrouvera Julien pour une émission entièrement dédiée à l’international. Autour de lui : Pierre Servent, Didier François, Catherine Jentile, Samantha de Bendern, entre autres… Je vous annonce aussi que Thomas Misrachi, qui nous a rejoints l’année dernière et a réalisé des reportages exceptionnels en Ukraine, intègre la rédaction de TF1 comme grand reporter. On le retrouvera régulièrement sur LCI.

Le titre de l’émission de la tranche 20h-22h fera-t-il toujours allusion au nom de Ruth Elkrief ?

C’est une évidence. Sur la première heure, elle sera l’un des maillons essentiels. Je ne crois pas aux tranches d’une heure. On voulait que le rythme soit homogène, porté par un des meilleurs présentateurs qui existe, Julien Arnaud. On ne pensait pas faire deux heures de politique parce qu’on en fait par ailleurs déjà pas mal dans la journée. Mais puisque vous posez la question, oui, le nom de Ruth Elkrief est central.

Ce sera donc « Arnaud – Elkrief » ?

Pour tout vous dire, je n’ai pas encore le titre. Vous me posez une colle.

Eric Brunet et Julie Hammett rempilent pour « Brunet & Cie » ?

Oui, ce binôme fait merveille. Encore hier [mardi] soir, nous étions la première chaîne d’info entre 22h et minuit. L’audience a été multipliée par plus de 2 en un an. C’est un carton, le seule late show d’info qui existe. On est très attachés à cette émission.

Passons à la grille du week-end… Qui reste, qui part ?

Le vendredi, Marie-Aline Méliyi assurera la tranche de 15 à 18h. Amélie Carrouër, celle du 18-20h - on lui a aussi confié les destinées de la chaîne pour Le Grand Jury LCI – RTL du dimanche midi. Les 20h – minuit seront portés par Darius Rochebin, qui a sur la tranche le succès qu’on sait. Il coprésentera avec Alexia Mayer, venue de TF1.

Quid de la matinale d’Anne-Chloé Bottet et Christophe Beaugrand ?

Nicolas Domenach quitte la matinale semaine pour porter le billet politique des matinales du week-end. Ensuite, Damien Givelet reste sur le 10h-midi, mais on va apporter un certain nombre de modifications. C’est en cours de réflexion. Et puis, on confie le 12h-15h du week-end à Solenn Riou qui nous avait rejoints pour une chronique dans la matinale et a fait des reportages merveilleux en Ukraine. Elle est courageuse et prouve que le talent n’attend pas le nombre des années. François Lenglet, lui, reste sur la grille le dimanche, avec un grand invité.