Netflix : Après le succès de la saison 1, la série sur la Formule 1 « Drive to Survive », critiquée pour son ultra scénarisation

F1 Après avoir attiré de nombreux nouveaux fans vers la Formule 1, la série de Netflix, Drive to Survive, suscite certaines critiques au moment de la sortie de la 4e saison

Adrien Max
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Le duel entre Lewis Hamilton sur Mercedes, et Max Verstappen, sur Red Bull, lors de la saison 2021 de Formule 1.
Le duel entre Lewis Hamilton sur Mercedes, et Max Verstappen, sur Red Bull, lors de la saison 2021 de Formule 1. — Giuseppe Cacace / AFP
  • La saison 4 de Drive to Survive, la série de Netflix sur la Formule 1 sort ce vendredi.
  • Après avoir attiré de nombreux fans, notamment américains, vers la discipline, la série reçoit ses premières critiques.
  • En cause, une scénarisation poussée à son extrême pour créer de la tension, au détriment de la crédibilité de la série.

Deux grossières erreurs en dix secondes, dans une bande-annonce de moins d’une minute. Une première image d’Alex Albon, pilote Redbull en 2020, pour illustrer Max Verstappen, le champion du Monde 2021, puis une de la Mercedes pour illustrer Lewis Hamilton, sauf qu’il s’agit de son coéquipier Valteri Bottas. Les fans de Formule 1 n’en demandaient pas tant pour critiquer la nouvelle saison, la quatrième, de la série de Drive to Survive, qui sort ce vendredi sur  Netflix.

Des critiques déjà formulées par certains membres de paddock à l’encontre de Drive to Survive, comme Toto Wolff, le patron de Mercedes. « Ils donnent une tournure au récit. Ils assemblent des scènes qui n’ont pas eu lieu. Je suppose que les fans se diront que c’est différent de ce qui s’est réellement passé », a-t-il regretté à Bloomberg. Quand le champion du Monde 2021, Max Verstappen, a tout simplement refusé de participer à cette nouvelle saison. La raison ? « Ils inventent beaucoup de choses ».

« Des petites erreurs de montage »

Ce reproche d’une scénarisation à outrance revient souvent, depuis les saisons 2 et 3. « Des petites erreurs de montage, on te met une radio on board à un moment alors que tu sais que ça s’est passé à un autre. Ils mélangent les images de Grand Prix, Monza et Spa sont mélangés pour parler d’une même course, sans parler des erreurs dans le trailer de la 4e saison », liste Clément, de Multi 21, une rédaction de sept passionnés de sports automobiles.


Depuis la sortie de la saison 2, puis 3, ils sont un peu moins, chaque saison, à suivre la série chez Multi 21. Et certains ne regarderont tout simplement pas ce 4e opus, alors qu’ils avaient pourtant très apprécié la saison inaugurale. « Elle a suscité beaucoup de curiosité au départ chez nous, et on a vraiment été conquis par cette première saison. L’intrigue avec Ricciardo, le moteur Renault avec Redbull, les dessous de certaines histoires… Il y avait d’un côté ce qu’il se passait en piste, et de l’autre les choix de carrière des pilotes, leur entraînement, la gestion des écuries. C’était un excellent complément », considère Clément.

« Je me suis même surpris à mater les qualifications »

La série, Pilotes de leur destin, dans sa version française, et dont la première saison a été diffusée en mars 2019, a indéniablement drainé une multitude de nouveaux fans vers la Formule 1. Aux Etats-Unis, le principal marché visé, mais aussi en France. « J’avais des vieux souvenirs d’enfance quand je voyais mon père regarder les Grand Prix, mais je ne m’y étais jamais intéressé. Pour moi, c’était des voitures qui tournent en rond et ça ne me parlait pas du tout. Jusqu’à ce que je voie des bonnes critiques sur Twitter, et que je regarde. Et j’ai kiffé ! », témoigne Titouan, 31 ans.

La série a sonné comme un retour aux sources pour Baptiste, 37 ans. « J’étais fan de F1 quand j’étais petit, d’Alain Prost chez Ferrari. On partait en tente suivre le Grand Prix de Magny-Cours avec des copains. Et puis je me suis rangé, je n’avais pas Canal+ pour suivre les Grand Prix. Jusqu’à ce que je regarde la série », relate-t-il. Depuis, il s’est remis à suivre la F1 : « j’ai regardé des chaînes YouTube sur le sujet, et je me suis même surpris à mater les qualifications ». Titouan regarde lui la série « autant pour les débats sur Reddit [un réseau social], que pour le sport en lui-même ».

« Ça perd en crédibilité »

Comme pour la rédaction de Multi 21, les deux nouveaux fans ont aimé « la dramatisation » et le côté « chevalier des temps modernes » de la première saison. Mais depuis les saisons suivantes, Baptiste a également perçu « beaucoup de trucs tirés en épingle » : « Une saison, tu vois la complicité entre Norris et Sainz, comme le duo le plus solide du paddock et la saison d’après ils se détestent. C’est un peu tirer sur la corde. Il y a quelques trucs ultra-exacerbés, comme le départ de Vettel de Ferrari ». Au point de désormais regarder la série en se demandant « qu’est-ce qu’ils vont encore nous raconter ? ».

Depuis qu’il s’est mis à la F1 après avoir regardé Drive to Survive, Titouan « chasse les incohérences, les petits oublis et ça apporte une part de fun supplémentaire ». Et adore s’amuser de cette ultrascénarisation : « Après avoir compris que c’était scénarisé, j’ai fait l’erreur, comme toute personne qui se met à un hobbie, d’aller sur la page F1 de Reddit. J’adore ce snobisme absolu de la part des connaisseurs qui suivent la F1 depuis les années 70, envers ceux, comme moi, qui s’intéressent à ce sport depuis la série. »

Pour Clément, de Multi 21, Netflix a été pris à son propre jeu dans cette scénarisation à outrance, après l’énorme succès de la saison 1. « C’est tout le problème des séries sur le sport, chaque saison est très différente de la précédente. En 2020, il y a une grosse domination de Hamilton, ils ont dû créer de la tension en faisant un peu des copier-coller de la saison 1. Ils veulent sûrement combler un manque, mais ça perd en crédibilité », estime-t-il. Et si l’argument d’attirer de nouveaux publics est souvent mis en avant pour justifier cette scénarisation, puristes comme novices ont le droit à une série, qui se veut documentaire, de qualité.