« Koh-Lanta » : Un aventurier mis en examen dans l'incendie de Gabian, les victimes « choquées »

POMPIER En août 2016, un jeune sapeur-pompier avait trouvé la mort dans un incendie, à Gabian, et trois autres avaient été grièvement blessés

Nicolas Bonzom
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Lors des funérailles du jeune sapeur-pompier, décédé à Gabian, en 2016.
Lors des funérailles du jeune sapeur-pompier, décédé à Gabian, en 2016. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • « Le Canard enchaîné » a révélé que l'un des candidats de « Koh-Lanta » était mis en examen dans le cadre de l'enquête sur l'incendie de Gabian, en août 2016.
  • Un jeune sapeur-pompier est mort, et trois autres ont été grièvement blessés.
  • « Les victimes sont choquées », confie Luc Abratkiewicz, l'avocat des victimes.

Cinq ans et demi après le drame de l'incendie de Gabian (Hérault), qui a coûté la vie à un sapeur-pompier et en a grièvement blessé trois autres, dans une forêt du nord du département, les victimes ont constaté que l’une des personnes mises en examen dans le cadre de l’enquête figurait au casting du prochain Koh-Lanta, qui doit débuter le 22 février prochain, sur  TF1. C’est Le Canard Enchaîné qui a révélé cette information, dans sa dernière édition. Il s'agit d'un sapeur-pompier du SDIS de l'Hérault. Il a été mis en cause dans cette affaire, avec d'autres responsables hiérarchiques.

« Les victimes sont choquées, et se sentent, une fois de plus, méprisées par le SDIS » [Service d’incendie et de secours], confie à 20 Minutes Luc Abratkiewicz, l’avocat de la famille du sapeur-pompier qui a perdu la vie à Gabian, et de deux de ses collègues, qui ont été blessés. Elles « sont dans une épreuve depuis très longtemps, elles attendent la fin de l’instruction, qui est longue, qui est prévue pour la fin de l’année. Pendant ce temps-là, on met en avant un des cadres dans un jeu de téléréalité. La présomption d’innocence n’empêche pas de respecter et de se montrer digne face aux victimes. »

« Comment la hiérarchie » a-t-elle pu le laisser y participer, s’interroge une victime

Jointe par 20 Minutes, l’une des victimes de l’incendie de Gabian, s’interroge sur « comment la hiérarchie [du SDIS], sachant les faits, a autorisé cette personne » à participer à Koh-Lanta. « Je comprends que c’est pour défendre l’image des sapeurs-pompiers, mais la moindre des choses, c’est de protéger son agent, et de lui dire que cette affaire-là est en cours, on n’est pas pour que tu participes, mais une fois que l’affaire sera jugée, évidemment, avec plaisir, que l’on t’encouragera », note-t-elle.

Dans un communiqué, le SDIS de l’Hérault précise que la « mise en examen de l’officier dans cette affaire intervient au titre de ses anciennes fonctions de chef du service formation et ne constitue pas dans l’attente de la poursuite de la procédure judiciaire une faute de l’agent qui reste présumé innocent ». La direction des sapeurs-pompiers rappelle que son agent « a participé à cette émission à titre personnel et sur sa période de congés annuels en utilisant son compte épargne temps, au même titre que tout autre agent qui en fait la demande pour s’engager sur des défis sportifs, culturels ou des projets personnels. » Et le SDIS assure qu’elle ne lui a pas demandé de faire l’émission.

La société de production n’était pas au courant, assure-t-elle

Au Canard enchaîné, Adventure Line Productions (ALP), la société qui produit Koh-Lanta, a assuré qu’elle ignorait cette mise en examen. « L’information le concernant n’était pas publique et elle est couverte par le secret de l’instruction », assure ALP. Le candidat a « indiqué qu’il ne faisait l’objet d’aucune condamnation et nous a transmis un extrait de son casier judiciaire. Sa mise en examen ne remet pas en cause ces éléments puisqu’il est à ce stade de la procédure juridiquement présumé innocent. »

20 Minutes a sollicité le candidat héraultais, par l’intermédiaire de la société de production, qui indique qu’il ne s’exprimera pas, étant soumis au secret de l’instruction.

« Etre mis en examen, c'est être présumé innocent, a rappelé Ludovic Para, l'avocat de l'aventurier, mercredi soir, sur le plateau de Touche pas à mon poste (C8). Le problème, c'est qu'il y a une espèce de tribunal médiatique qui essaie de se substituer à la justice (...) Sur les lieux [à Gabian], il n'y était pas. » Selon l'avocat, le sapeur-pompier est « mis en cause dans ce dossier parce qu'il était le responsable de la formation », comme d'autres responsables hiérarchiques. Et s'il n'a pas dit à la société de production qu'il est sous le coup d'une mise en examen, c'est parce « qu'on ne lui a pas posé la question. Pourquoi l'aurait-il dit ? Etre mis en examen, c'est être présumé innocent. »