Présidentielle 2022 : « Une partie de la défiance envers les médias est méritée », estime David Pujadas

INTERVIEW Le journaliste anime, avec Ruth Elkrief, « Mission Convaincre » ce lundi sur LCI, une émission dans laquelle la parole est donnée à six abstentionnistes

Propos recueillis par Clément Rodriguez
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David Pujadas a fait son retour sur LCI en août 2017
David Pujadas a fait son retour sur LCI en août 2017 — CHRISTOPHE CHEVALIN/LCI
  • À moins de trois mois de l’élection présidentielle, LCI lance Mission Convaincre, un nouveau programme présenté par David Pujadas et Ruth Elkrief.
  • Originalité de l’émission : elle fait intervenir six abstentionnistes face aux candidats et candidates.
  • « Je crois profondément au travail et à la légitimité de la presse. Mais il y aura d’autres moments intéressants à observer dans ce dialogue direct », confie David Pujadas à 20 Minutes.

La course à la présidentielle a démarré pour LCI. Après une émission consacrée  aux jeunes représentants des principaux partis la semaine dernière, la chaîne d’info en continu propose ce lundi soir, à 20h45, un nouveau programme porté par  David Pujadas et Ruth Elkrief. Dans Mission Convaincre, les candidats et candidates à l’élection présidentielle seront interrogés sur leur programme par les deux journalistes puis feront face à un panel de six abstentionnistes.  Valérie Pécresse est la première à se prêter au jeu puis suivront Eric Zemmour, Marine Le Pen et Yannick Jadot tout au long du mois de février. David Pujadas présente à 20 Minutes les contours de ce rendez-vous.

Pourquoi avoir choisi de consacrer une partie de l’émission aux abstentionnistes ?

On a eu envie d’avoir une forme d’engagement civique. Quand on parle de la désaffection des Français pour la politique, je pense que ça concerne aussi les médias, et notamment leur propension trop fréquente à s’intéresser aux petites phrases et pas à l’essentiel de ce que doit être la délibération démocratique, c’est-à-dire les grandes orientations que doit prendre la France. On a envie de tenter, à notre petite échelle, d’intéresser les Français à la politique. On a eu l’idée de ce panel de fâchés, d’abstentionnistes, d’éloignés de la politique, qui reviendra d’émission en émission. Ils verront défiler tous les candidats et deviendront des personnages familiers pour les téléspectateurs.

Comment avez-vous sélectionné le panel de Français ?

On a travaillé avec l’IFOP et nos programmatrices qui travaillent sur La Grande Confrontation depuis quatre ans où il y a régulièrement des citoyens qui viennent témoigner. Il y a un entrepreneur, une retraitée, un jeune diplômé d’école d’ingénieurs… Ils sont six de tous les profils et toutes les régions. Ils deviendront des figures familières auxquelles on s’identifiera et les politiques seront confrontés à eux pour tenter de les convaincre de s’intéresser au jeu démocratique et répondre à toutes les critiques qu’ils leur feront. On s’est débrouillés pour avoir la parité hommes-femmes, de la diversité socioprofessionnelle, d’origines. On a aussi essayé d’avoir un panel équilibré dans les motivations, les tempéraments politiques.

A quoi l’émission va-t-elle ressembler ?

Les Français vont écouter l’invité pendant une heure puis viendront faire leurs remarques, interroger à leur tour l’invité. Avant, Ruth et moi allons interroger l’invité sur son programme. Avec Valérie Pécresse, il y aura une partie économie, internationale, régalienne, immigration, sécurité et sujets de société. L’émission va démarrer sur un « Qui êtes-vous ? » de Minteh N’Fanteh, un exercice qui relève du personnel, du tempérament. Une autre petite partie sera incarnée par Paul Larrouturou qui fait L’instant Pol dans l’émission de Ruth. Il sera auprès de Français qui vont dialoguer avec Valérie Pécresse sur un thème précis. Derrière, est-ce qu’elle aura convaincu le panel d’éloignés de la politique ? Ce sera l’enjeu pour conclure l’émission.

Dans un contexte où on entend beaucoup les candidats un peu partout, vous pensez qu’il faut surtout laisser les Français s’exprimer ?

En tout cas, je pense qu’ils ont leur place. Ce ne sont pas n’importe quels Français, ce sont des abstentionnistes, des sceptiques de la politique ; ils représentent en cela une frange de plus en plus importante, semble-t-il. Donc ils ont une place dans la campagne. Est-ce qu’ils doivent avoir toute la place ? Je ne pense pas. C’est très bien qu’il y ait des Français dans leurs réflexions les plus immédiates mais il faut qu’il y ait aussi une part d’expertise que Ruth et moi incarnons. Ne faire une émission qu’avec des Français, peut-être pas. Mais une part a cette spontanéité irremplaçable qui met les politiques dans des situations que les journalistes ne peuvent pas créer. Je ne suis pas du tout pour l’effacement des journalistes, je crois profondément au travail et à la légitimité de la presse. Mais il y aura d’autres moments intéressants à observer dans ce dialogue direct.

Faire intervenir des Français est-il un moyen de tempérer la méfiance envers les journalistes ?

Je pense qu’une partie de la défiance est méritée, les médias ronronnent souvent, ils reprennent en boucle les mêmes idées, les mêmes questions. Il y a toute une catégorie de confrères qui naviguent entre eux, qui font des émissions pour eux-mêmes, qui sont avant tout soucieux des questions plus que des réponses. En revanche, une partie de cette défiance est imméritée : plein de journalistes font bien leur boulot. Une partie de cette défiance est d’autant plus imméritée qu’elle n’est due qu’au fait que la presse est associée aux institutions. Les médias font partie de cette grande eau du bain qu’une catégorie de personnes rejette. Là, c’est injustifié. Une partie du sort réservé aux journalistes est sans doute méritée – l’endogamie, le panurgisme – et une partie ressort simplement d’une forme de rejet global de toutes les institutions.

Les candidats ne risquent-ils pas de se confronter à des gens qui campent sur leur position, quitte à se conclure sur un dialogue de sourds ?

C’est la glorieuse incertitude du sport. Je n’en sais strictement rien ! J’espère qu’un dialogue intéressant va se nouer. Je pense qu’une partie de ces gens peut être ramenée vers la délibération démocratique. Mais si ça se trouve, ce n’est pas le cas. Encore faut-il que les politiques sachent trouver les mots, c’est une partie dont on n’a pas toutes les clés. Je ne dis pas que j’espère que tout notre panel va voter pour l’un ou l’autre, j’espère simplement qu’ils vont dire que c’était intéressant, qu’ils ont eu des réponses à leurs questions.