« The Voice » : On a vécu les auditions à l’aveugle en coulisse avec le directeur de casting Bruno Berberes

REPORTAGE Le télécrochet de TF1, dont la saison 11 commence ce samedi à 21h10, a autorisé « 20 Minutes » à se glisser derrière les décors lors d’un enregistrement, fin décembre

Fabien Randanne
— 
Le plateau de la saison 11 de The Voice, du point de vue d'un candidat ou d'une candidate s'apprêtant à entrer en scène.
Le plateau de la saison 11 de The Voice, du point de vue d'un candidat ou d'une candidate s'apprêtant à entrer en scène. — Fabien Randanne / 20 Minutes
  • La diffusion de la nouvelle saison de The Voice, la onzième, commence samedi 12 février 2022 à 21h10 sur TF1.
  • Fin décembre, 20 Minutes a eu l’opportunité de suivre côté coulisses le tournage d’une session des auditions à l’aveugle, en compagnie du directeur de casting du télécrochet, Bruno Berberes.
  • « Même après onze saisons, quand tu es en train de préparer ta cuisine, tu ne sais jamais si ce que tu vas servir plaira », a confié Bruno Berberes.

Je n’étais pas au courant du code vestimentaire. Dans les coulisses de The Voice, les vêtements noirs sont de rigueur. Lors de la diffusion à la télé, celles et ceux qui s’affairent à l'arrière de la scène apparaissent comme des silhouettes discrètes, effectuant leurs tâches primordiales dans l’ombre. Alors quand, ce 21 décembre, j’arrive aux studios du Lendit, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en jean bleu et sweat à capuche gris clair, j’ai la sensation de détonner vulgairement. 

Bruno Berberes, le directeur de casting de l’émission, ne me fait cependant aucune remarque. Je le retrouve en début d’après-midi, derrière le décor. C’est le troisième jour de tournage des auditions à l’aveugle de la saison 11 – lancée ce samedi à 21h10 sur TF1. Il a les yeux rivés sur l’écran retransmettant la performance en cours d’un candidat. « J’essaie de comprendre pourquoi ça se retournera ou pas. Là, il y a des faussetés. Il y va trop fort », se désole celui qui dit connaître « par cœur » les 125 talents qu’il a sélectionnés cette année avec son équipe : « A force, j’arrive à décoder les expressions de leurs visages. Ce qui me fait mal, c’est quand je vois dans leur regard qu’ils ne sont pas bien. »

Bruno Berberes livre ses derniers conseils à une candidate de The Voice dans les coulisses des auditions à l'aveugle de la saison 11.
Bruno Berberes livre ses derniers conseils à une candidate de The Voice dans les coulisses des auditions à l'aveugle de la saison 11. - Fabien Randanne / 20 Minutes

A l’œuvre depuis la toute première saison, Bruno Berberes parcourt la France et la Navarre pendant des mois. Pour cette édition, pas moins de 90 dates de casting étaient à son programme. « Même à la onzième saison, quand tu es en train de préparer ta cuisine, tu ne sais jamais si ce que tu vas servir plaira », avance-t-il. Alors, il observe… « En coulisses, je regarde tout le monde. Si je vois la personne qui fait le ménage ou un cadreur s’arrêter lors de la performance d’un talent, j’ai la confirmation qu’il se passe bien quelque chose. »

« Je me méfie toujours des répétitions où tout se passe bien »

Pendant toute la durée du tournage des auditions à l’aveugle, le directeur de casting fait des allers et retours entre les coulisses du plateau et la salle adjacente où les candidates et candidats attendent que ce soit leur tour. Ceux-ci sont convoqués par petits groupes, pour ne pas avoir trop de temps à patienter. J’y rencontre Damien Silvert, l’un des coachs vocaux de The Voice. Lui, suit les talents dès les premières auditions, trois ou quatre mois en amont. « Cela permet de bien connaître leurs voix et de les accompagner jusqu’à l’enregistrement. Aujourd’hui, c’est le jour J. On a fait un échauffement vocal ce matin, et là, on se revoit une seconde fois pour discuter et déstresser. Certains ont besoin de se rassurer niveau technique. »

Pendant que nous discutons, des notes de piano se font entendre. Une candidate s’est mise à en jouer. « Ne chantez pas trop ! Gardez votre énergie ! », lui conseille Bruno Berberes avant de narrer une série d’anecdotes amusantes sur l’émission. Quelques instants plus tard, il me chuchote : « Je leur parle de tout et de rien pour les déstresser. Parce que, pour eux, c’est six mois de travail qui aboutissent à ces deux minutes où tout se joue. Il faut être pleinement lors du passage sur le plateau. Pas avant, ni après. Je me méfie toujours des répétitions où tout se passe bien. »

S’il dit six mois, c’est parce qu’avant d’arriver aux auditions à l’aveugle, les talents doivent passer plusieurs étapes : une première audition face à la production de The Voice, puis une prise de tonalité permettant de se décider sur une chanson à défendre, une session de répétitions avec les musiciens… A chacune de ces étapes, des candidats sont écartés. Fouler le plateau du télécrochet est donc en soi un satisfecit.

« Ah attention, Bruno s’est assis dans l’escalier ! »

Retour côté coulisses. « Elle, je l’ai repérée dans un concours de chant à Montélimar, me glisse Bruno Berberes en désignant une jeune femme qui s’apprête à passer sur scène. Ce qu’on va voir sur le plateau, c’est ce que j’ai vu là-bas. Quand c’est calé à ce point, on ne touche pas au choix de la chanson. » Un peu plus tard, il attire mon attention sur une autre participante. Elle a rejoint le casting à la dernière minute et ce cas de figure se présente tous les ans. « On l’a trouvée il y a quinze jours sur les réseaux sociaux. Jusqu’au dernier moment nous sommes en quête de candidats potentiels », explique le directeur de casting, précisant qu’être convoqué in extremis est un avantage, car cela évite le stress des différentes étapes de sélection, et un inconvénient étant donné que le temps de préparation est limité.

Bruno Berberes, directeur de casting de The Voice, dans les coulisses de la saison 11.
Bruno Berberes, directeur de casting de The Voice, dans les coulisses de la saison 11. - Fabien Randanne / 20 Minutes

« Ah attention, Bruno s’est assis dans l’escalier ! », alerte une voix anonyme échappée d’un masque noir. Une manière de dire qu’il gêne le passage ? Pas du tout. « En général, quand je m’installe ici, c’est qu’il y a un truc », explique Berberes. Dans ce coin, juste derrière la scène, à deux pas du mur d’écrans qui se meut pour que les candidats accèdent au plateau, est posé un combo, c’est-à-dire, un retour écran permettant de suivre au mieux une prestation. « Elle, j’y crois beaucoup. Elle a choisi une chanson de Pomme, qui n’est pas dans la performance vocale », me dit-il, avant de se concentrer sur l’audition. Il a eu du flair : le talent en question emballe les coachs.

« Il y en a à qui je dis que j’aimerais les revoir aux auditions dans un an »

Et quand, au contraire, les fauteuils rouges restent hermétiques à une voix, que se passe-t-il ? Bruno Berberes joue les guides et me conduit à l’autre bout des coulisses, jusqu'à un petit espace situé quelques pas derrière les sièges des coachs. C'est par là que passent les éconduits. « Manon vient à la rencontre des candidats. Elle m’appelle si ça ne va pas et je leur fais un débrief à chaud, m’informe-t-il. J’appelle certains pour en discuter après avoir laissé passer quelques jours. Pour d’autres, ce n’est pas nécessaire, ils ont compris d’eux-mêmes où ils se sont plantés. Et puis il y en a à qui je dis que j’aimerais les revoir aux auditions dans un an ou deux. C’est le cas de Marghe, par exemple, qui a fait quatre tentatives avant de remporter la saison 10. »

Cette année, certains talents malheureux auront droit à une deuxième chance : Nolwenn Leroy a eu la charge de repêcher quatre d’entre eux pour l’étape suivante, celle des battles. Cette coach surprise n’était pas dans les coulisses ce jour-là. A moins que, masquée et vêtue de noir, je ne l’aie pas reconnue.