« La France a un incroyable talent » : « Tout s’est arrêté » quand Icee Drag On a eu le « golden buzzer »

PORTRAIT Avec sa reprise de « Born This Way », la drag-queen de 34 ans a emballé le jury, et notamment Marianne James qui l’a qualifiée directement pour la finale

Fabien Randanne
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Icee Drag On dans La France a un incroyable talent.
Icee Drag On dans La France a un incroyable talent. — Lou BRETON / M6
  • Icee Drag On a obtenu le « golden buzzer » de Marianne James lors du quatrième épisode de la seizième saison de La France a un incroyable talent diffusé sur M6 mercredi.
  • Icee Drag On est une drag-queen incarnée par Sébastien, 34 ans, depuis trois ans et demi.
  • L’artiste est une des figures de la scène drag parisienne. Elle a créé sa propre scène ouverte, la Drag On, et se produit plusieurs fois par semaine au Paradis Latin.

« Les personnes en charge du casting m’ont demandé si je savais jouer d’un instrument. J’ai répondu que pas vraiment, mais s’il le fallait je pouvais apprendre. » Un tuto YouTube et deux semaines plus tard, Icee Drag On s’est retrouvée sur la scène de La France a un incroyable talent, maîtrisant suffisamment quelques notes de piano pour créer son petit effet avec son interprétation de Born This Way de Lady Gaga.

L’apprentissage express a payé : comme les fidèles de l’émission l’ont vu mercredi soir sur M6, la drag-queen a été couverte d’éloges par le jury, à un point tel que Marianne James a appuyé sur le « golden buzzer » pour la qualifier automatiquement en finale.

« C’était tellement improbable pour moi »

« Tout s’est arrêté à ce moment-là, je ne savais plus qui j’étais, où j’étais, ni pourquoi j’étais là. C’était tellement improbable pour moi, je ne m’y attendais pas du tout. Je voulais juste ne pas être éliminée au premier tour et éviter les croix rouges », se remémore aujourd’hui l’artiste auprès de 20 Minutes.

A la ville, Icee Drag On se prénomme Sébastien. Ce Parisien d’adoption de 34 ans a créé son alter ego drag il y a trois ans et demi. A l’époque, il vient d’incarner « un travesti des années vingt » dans le spectacle La Boule rouge. Il a aussi découvert la désormais cultissime émission RuPaul’s Drag Race. Il décide alors de se lancer à son tour en donnant naissance à son « personnage artistique ».

Restait à trouver un nom. Son choix s’est porté sur « Icee pour l’eau, la glace et parce que c’est une marque américaine de granite. Et Drag On pour évoquer le mouvement du drag et faire un jeu de mots avec dragon. Je voulais être un peu dans l’univers Daenerys de Game of Thrones. »

Son immersion dans le milieu drag parisien en pleine ébullition « n’a pas toujours été évidente ». Et d’expliquer : « Il y a pas mal de concurrence, de la jalousie, mais heureusement aussi beaucoup de belles personnes, bienveillantes. Quand je suis arrivée, je ne connaissais personne, on m’a fait confiance. J’ai fait la scène ouverte de Patouchka Banana, puis je me suis dit que j’allais créer mes propres scènes. »

Directrice du Paradis Latin

Icee lance alors la Drag On, une soirée qui existe encore aujourd’hui et se tient régulièrement les mercredis à La Foisonnante (Paris 19e) ou Aqua e Farina (Paris 10e). Cet espace permet à des drag-queens débutantes de performer devant un public. « Je laisse la possibilité à tout le monde de faire de la scène. Bien sûr je regarde un peu sur Instagram ce que cela donne au niveau de l’esthétique. Il faut que ce soit un minimum travaillé, c’est ma seule exigence, affirme l’artiste. Il y a pas mal de drags qui ont fait la Drag On ces dernières années et qui aujourd’hui se débrouillent bien et se démarquent dans le paysage. »

Si les fidèles de la Drag On sont majoritairement jeunes et queers, Icee Drag On s’adresse à un plus large public au Paradis Latin. Elle vient d’entamer sa deuxième saison dans le célèbre cabaret de la capitale : « J’y fais deux à trois dates par semaines, en alternance avec une autre drag-queen, Venus FK, dans le rôle de la directrice. On accueille les gens, on va les voir, on discute, on est là pour passer un bon moment avec eux. Puis le spectacle commence et nous faisons alors le lien entre les numéros, comme des maîtresses de cérémonies. »

Eric Antoine le lui a dit : la France manque d’une drag-queen star. Icee pourrait-elle être celle-là ? « Pour le côté star, je ne pense pas que ça pourrait fonctionner comme aux Etats-Unis, répond-elle. Je ne sais pas si on est prêt à accueillir le drag de manière casual. Au Paradis Latin, parfois, certaines personnes nous regardent bizarrement ou font des réflexions. Par exemple, des gens ont dit à ma collègue, en la regardant de haut en bas : « Ah non, ça, ce n’est pas possible ». C’est dur à entendre ce genre de choses. » Parfois l’homophobie prend la forme d’une agression physique : « Un jour, j’étais avec une amie drag, on s’est garées à côté de l’endroit où on devait aller et, à peine sorties de la voiture, un homme à vélo nous a agressées avec une chaîne. Il voulait nous taper dessus, on ne s’est pas laissées faire. »

« Je préfère me taire et apprendre de ce que je vois »

Sébastien dit qu’au départ, il ne s’est pas lancé dans le drag « pour faire du militantisme » mais a « appris au fur et à mesure que le drag est très politique ». Icee Drag On se rend aux Marches des fiertés, participe au Sidragtion, une collecte au profit du Sidaction organisée par Minima Gesté et Enza Fragola, figures bien connues de la scène drag française. Et d’ajouter : « J’essaye de ne pas trop m’impliquer politiquement parce que je ne m’y connais pas assez, je n’ai pas envie de dire des bêtises, je préfère me taire et apprendre de ce que je vois. »

Pour faire œuvre de pédagogie et célébrer « l’univers du drag », l’artiste travaille avec un ami à la création d’un magazine, qui parlera aussi bien « de l’esthétique, de l’histoire, du vocabulaire spécifique ». La publication, qui a vocation à être vendue en kiosque, s’adressera aussi bien aux experts et expertes qu’au grand public. Un incroyable talent d’édition ?