« Danse avec les stars » : Comment les danseurs professionnels créent-ils leur chorégraphie ?

PAS A PAS Coachs, professeurs et chorégraphes, les danseuses et danseurs professionnels de « DALS » n’ont pas le temps de souffler

Clément Rodriguez
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Elsa Bois et Michou sur le parquet de « Danse avec les stars »
Elsa Bois et Michou sur le parquet de « Danse avec les stars » — Laurent VU/TF1
  • Depuis la rentrée, les équipes de TF1 et de la production de Danse avec les stars travaillent dur pour proposer une émission en direct chaque vendredi soir.
  • Sous le feu des projecteurs, les danseuses et danseurs professionnels ont également la pression : c’est sur leur chorégraphie que tout repose.
  • Elsa Bois, Inès Vandamme et Samuel Teixier dévoilent à 20 Minutes les secrets de leur préparation avant de poser le pied sur le parquet.

Lorsqu’on croise les danseuses et les danseurs dans les couloirs du studio 217 le jeudi, ce n’est pas une jolie tenue à paillettes que chacun porte. En cette journée intensive de répétitions, le dress code exige plutôt de mettre un survêtement et d’éviter les chaussures à talons. Entre les essayages des costumes un peu plus tard et les premiers tests sur le parquet de Danse avec les stars, la journée est longue. Pourtant, alors qu’ils sont concentrés sur le prime du lendemain, une musique reste en tête des danseurs et des danseuses : celle de la semaine suivante.

Sans même savoir s’ils seront qualifiés ou pas pour la suite de la compétition, les coachs des célébrités reçoivent, tous les mercredis, les trois éléments primordiaux pour leur travail chorégraphique du vendredi d’après : le titre de la chanson, le style de danse et la scénographie. Ce dernier point, pierre angulaire de toute l’émission, est géré par Hakim Ghorab et Kevin Vivès qui imaginent à 360 degrés les tableaux du programme animé par Camille Combal. « On doit réfléchir à l’environnement qui se sépare en lumière, en déco, en graphisme, en projection au sol, en stylisme et en préréalisation », liste Hakim Ghorab.

La scénographie est le point de départ de tous les danseurs et toutes les danseuses professionnelles. Avant qu’ils construisent leurs premiers pas, ils doivent s’appuyer sur toutes les indications précises de l’évolution de leur chorégraphie. Dans le cadre du dernier prime, par exemple, ce sont Hakim Ghorab et Kevin Vivès qui ont indiqué à Christophe Licata que Dita Von Teese démarrerait sa prestation assise sur une chaise au centre du parquet. Toutes ces consignes sont notées dans le storyboard, un document considéré comme la bible de l’émission, adressé aux équipes le samedi.

Un « puzzle » à construire à deux

Une fois ces informations enregistrées, le travail chorégraphique démarre. Et pour cela, chacun a sa petite méthode. « Je mentalise le parquet, je vois Chris Marques avec des vestes improbables, je vois des lumières, la hot seat et je me demande ce qui pourrait être impactant et mettre en valeur ma célébrité », raconte Inès Vandamme qui imagine ce à quoi pourrait ressembler sa prestation dans sa tête avant d’essayer des mouvements devant son miroir une ou deux heures plus tard.

Elsa Bois, qui fait équipe avec Michou cette année, s’imprègne d’abord de la musique. Cela lui permet de sentir les parties où mettre l’accent et de placer les moments importants de la chorégraphie comme les portés ou les parties très techniques. « ​​Mais il n’y a pas vraiment de structure, dit-elle. Des fois, je commence du début et je progresse jusqu’à la fin. Des fois, je commence par une partie parce que j’ai envie d’un truc très précis et je construis autour. »

Le précédent prime à peine terminé la veille, les danseurs et danseuses retrouvent donc leur partenaire dès le samedi en salle de répétitions. A ce moment-là, Samuel Texier connaît toutes ses séquences, ses portés et ses pas, « donc je fais le puzzle avec Wejdene » afin d’affiner leur chorégraphie ensemble. Comme Elsa Bois, celui qui a été éliminé la semaine dernière décidait de tous ses pas et de ses portés propices au type de danse avant de les adapter sur-mesure à la chanteuse de Anissa.

Le samedi se lance donc le processus de mise en place du travail à venir pour la semaine tandis que la journée du dimanche laisse la possibilité de remanier un petit peu les choses. « Le but, c’est que toute la choré soit créée et apprise par la célébrité le lundi soir », témoigne Inès Vandamme qui participait à la compétition avec Jean-Baptiste Maunier. Même si les pas sont flous dans la tête des célébrités, les danseurs et danseuses partent du principe que les stars du show peuvent s’endormir dans la nuit de lundi à mardi en connaissant tous leurs déplacements.

« Danse avec les stars », ça se révise

Les quinze premières secondes de chacune des chorégraphies sont impulsées par la direction artistique qui demandera aux célébrités de se placer sur la scène, sur les escaliers ou sur le parquet. Une fois que le début de la prestation est lancé, c’est au tour des danseurs et des danseurs de jouer. « Selon les types de danse, on est certains de vouloir placer des pas techniques. Cela permet, sur une choré de deux minutes, d’avoir bien 35 secondes de créées rien qu’avec des pas techniques », explique Inès Vandamme. Charge à elles et eux de créer la liaison entre technique et artistique.

Afin de faciliter la construction de ses pas, Elsa Bois a travaillé cet été avec sa coach Diana Ribas qui l’a aidée à imaginer « des blocs de chorégraphies », à savoir des parties techniques et dansées que la partenaire de Michou vient placer en fonction de l’intensité de la musique. « C’est comme les figures imposées », résume-t-elle en évoquant les largeurs, les longueurs et les diagonales auxquelles elle a réfléchi avant que la saison ne démarre. « Les figures, je les utilise, je les lie entre elles et au final, ça crée une chorégraphie », ajoute-t-elle.

Samuel Texier a lui aussi préparé son arrivée dans Danse avec les stars. Outre une préparation physique pour tenir le rythme, le jeune homme a répété des séquences de pas, que ce soit en danse latine ou en danse standard, « comme si je révisais avant de passer le bac », sourit-il. Cette préparation a facilité sa collaboration avec Wejdene et lui a permis de ne pas perdre de temps. « J’ai fait ma leçon et maintenant, quand j’ai un exercice à faire, je vais piocher dans ma leçon », compare-t-il.

Attention au hors sujet !

À l’image de tout apprentissage, les célébrités et leur partenaire ne sont pas toujours à l’abri d’un hors sujet. Lors du troisième prime, Chris Marques a tiqué à la fin de la prestation de Tayc et Fauve Hautot : « on vient de voir une performance géniale mais j’ai un souci, c’est que c’est une rumba qu’il fallait faire. Et il avait très très peu de rumba dansée en termes de contenu », lançait le juge intransigeant.

« J’essaye de faire vraiment attention mais c’est vrai que c’est quelque chose qui me fait un peu peur, qu’on me dise que ce n’est pas assez dansé », répond Elsa Bois lorsqu’on lui demande si elle craint de devoir affronter une critique similaire. « Si on ne met pas certains pas techniques, on va faire un hors sujet », concède Inès Vandamme. Présenter un chacha sans lock step et sans figure New York sur le parquet de Danse avec les stars, ce serait donc comme rendre une copie de philosophie à propos de la justice sans mentionner l’allégorie de la caverne de Platon.

Cette saison, les danseuses et danseurs sont tout de même rassurés par la présence d’Emmanuelle Berne, ancienne participante de l’émission et désormais directrice de la chorégraphie, qui vient dans les salles de danse pour voir les chorégraphies et donner ses conseils. Objectif : rester dans les clous du style de danse imposé. Si le cahier des charges n’est pas respecté, les pros de DALS risquent bien de valser du parquet à leur canapé sans passer par la case face à face.