Forcément chic, mince, blanche et urbaine la Parisienne ? Rokhaya Diallo déconstruit le mythe

DOCUMENTAIRE Chic sans effort, mince, blanche, urbaine… Dans le documentaire « La Parisienne démystifiée » diffusé lundi sur France 3, Rokhaya Diallo déconstruit ce mythe de la Parisienne

Dolores Bakèla
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Dans son nouveau documentaire, «La Parisienne démystifiée», Rokhaya Diallo interroge de nombreuses Parisiennes qui proposent une nouvelle vision du mythe de la Parisienne.
Dans son nouveau documentaire, «La Parisienne démystifiée», Rokhaya Diallo interroge de nombreuses Parisiennes qui proposent une nouvelle vision du mythe de la Parisienne. — Blachette/Rokhaya Diallo
  • Le documentaire La Parisienne démystifiée est diffusé lundi sur France 3.
  • Rokhaya Diallo y interroge de nombreuses Parisiennes qui proposent une nouvelle vision du mythe de la Parisienne.
  • « Je voulais aussi montrer les invisibles, celles et ceux qui travaillent dans la ville tôt le matin, ou tard le soir », pointe Rokhaya Diallo

Et si on déboulonnait le mythe de « La Parisienne » ? Dans La Parisienne Démystifiée, documentaire diffusé ce lundi soir sur France 3, Rokhaya Diallo se propose de démystifier ce concept publicitaire vendant l’archétype de LA femme française au monde entier. La réalisatrice s’interroge : d’où vient l’idée que la Parisienne ne peut pas être autre chose qu’une femme blanche, plutôt mince, plutôt bourgeoise ? « Le point de départ, ce sont mes interrogations. Je suis née et j’ai grandi à Paris​, mais je ne me reconnaissais pas dans l’image qu’on véhicule de cette figure », explique Rokhaya Diallo, souhaitant « plutôt ajouter une autre vision » à ce mythe.

Le film, projet qu’elle a en tête depuis qu’elle a travaillé pour la BD Paris d’amies en 2015, co-écrite avec Kim Consigny, est pensé comme un guide, où le chapitrage correspond aux différentes facettes de cette figure mythique. L’esprit BD est toujours grâce aux illustrations signées Blachette. « Le documentaire, c’est de la création, on l’oublie souvent. Je voulais quelque chose d’assez joli sur le plan esthétique pour mettre en scène la délicatesse et la joliesse qu’on associe à l’image de la Parisienne », explique celle qui a commencé sa carrière dans l’animation, un métier-passion avec lequel elle renoue ici.

Des Parisiennes aux mille visages

C’est l’occasion de la voir déambuler dans les rues de la capitale, à la rencontre de « femmes que j’admire » précise Rokhaya Diallo, qui incarnent ces citadines de la Ville Lumière qu’on voit peu. On retrouve l’autrice d’origine asiatique Grace Ly, avec qui elle co-anime le podcast Kiffe Ta Race sur Binge, la conseillère de Paris Alice Coffin, militante, lesbienne (et ancienne collaboratrice de 20 Minutes) ou encore Nathalie Garçon, créatrice œuvrant pour une mode moins jeuniste et moins grossophobe.

Elisa Rojas, avocate et militante sur les questions de handicap est aussi l’une des intervenantes. Née de parents chiliens, mais Parisienne pur jus, son interview aux marches du palais de justice montre à quel point le manque d’accessibilité, notamment des transports en commun, fait de Paris une ville dure quand on est handicapée « J’ai choisi aussi le Marais, parce que c’est un endroit historiquement qui accueille des minorités ; je m’y sens bien », explique Elisa Rojas qui pointe la « muséification » du quartier. Le documentaire tire aussi un fil historique. Il s’est tourné avant l’officialisation de la panthéonisation de Joséphine Baker, figure afro-américaine marquante mais aussi ambiguë de l’évolution de l’image de la Parisienne. « Première femme non blanche à incarner le mythe et donc à le renouveler mais qui surgit dans un spectacle La revue nègre mettant en scène une Afrique caricaturale alors qu’elle n’est pas africaine ».

Des livres qui démystifient la figure

Pour bien déconstruire le mythe, Rokhaya Diallo a fait appel dans ce documentaire à des regards de Parisiennes « de l’intérieur et de l’extérieur » comme Alice Pfeiffer, journaliste mode franco-britannique et autrice de Je ne suis pas parisienne. Pour elle, qui se définit comme blanche, queer, « feuj », et d’une famille bien française, ce mythe est « le récit d’une domination territoriale, celle de Paris sur le reste de la France, qui crée des stéréotypes et exotise des corps, générant une altérité propre à la hiérarchie coloniale. La Parisienne porte sur son corps toutes les dominations subies par la femme française ». D’où ce personnage figé dans une France d’avant les vagues d’immigration des années 1950-60, avec Brigitte Bardot et Catherine Deneuve comme seuls points d’horizon.

« Il faut avancer, s’exclame Lindsey Tramuta, journaliste et autrice américaine de La Nouvelle Parisienne, vivant à Paris depuis 15 ans. Les magazines comme British Vogue le font et même aux Etats-Unis, malgré les problèmes du pays, ça bouge. Ce ne sont pas les étrangers qui ont une image datée et surannée de Paris et des Parisiens et Parisiennes, c’est la France qui refuse de changer et d’actualiser sa narration. »

De la Parisienne aux Grandes Parisiennes ?

Difficile d’être parfaitement complet en 52 minutes. Prévues pour apparaître dans le documentaire, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis manquent à l’appel, mais elles sont remerciées au générique de fin. « Je voulais montrer les invisibles, celles et ceux qui travaillent dans la ville tôt le matin, ou tard le soir », pointe Rokhaya Diallo et qui sans toujours y vivre, sont aussi Paris. La question de ce que va devenir « La Parisienne », à l’heure du Grand Paris. Pour rappel, Aya Nakamura, qui a grandi à Aulnay-Sous-Bois et est l’artiste française la plus streamée dans le monde, inspire aujourd’hui créateurs de mode et artistes tout autour du monde.

Le documentaire est d’ailleurs produit par la boîte de production pilotée par Laurence Lascary, qui s’appelle De l’Autre Côté du Périph. Un dernier clin d’œil pour un sujet beaucoup moins frivole qu’il n’y paraît.