« Le seul moyen d’assimiler l’histoire c’est d’y mettre de l’humain, une âme », explique Mathieu Kassovitz

PASSEURS D'HISTOIRE (2/4) À l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « 20 Minutes » interroge des acteurs de la vulgarisation historique. Aujourd’hui, Mathieu Kassovitz nous parle des documentaires « Apocalypse » dont il est la voix

Benjamin Chapon
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Image tirée de la série documentaire Apocalypse, consacrée à la stratégie militaire d'Hitler
Image tirée de la série documentaire Apocalypse, consacrée à la stratégie militaire d'Hitler — FranceTV
  • Le festival des Rendez-vous de l’histoire se tient à Blois jusqu’au 10 octobre
  • 20 Minutes propose à cette occasion de rencontrer des acteurs médiatiques de la vulgarisation historique.
  • Aujourd’hui, Mathieu Kassovitz nous explique son travail de conteur sur la série documentaire à succès Apocalypse.

« Franchement je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir vous raconter… » Mathieu Kassovitz est bien moins prolixe en interview que dans la spectaculaire série documentaire Apocalypse dont il est la voix depuis les débuts, en 2009. « La réussite d’Apocalypse, c’est le fruit du travail de l’équipe de montage, des archivistes, et le travail gigantesque d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle. Mon rôle à moi est minuscule », insiste l’acteur. Pourtant, si Apocalypse est aujourd’hui la série documentaire française la plus vendue à l’étranger et que chacun de ses épisodes fait des cartons d’audience, quelque chose nous dit qu’elle le doit aussi à l’incarnation vocale de Mathieu Kassovitz qui a donné son ton au récit des épisodes de la Seconde Guerre mondiale.

Mathieu Kassovitz est la voix des documentaires Apocalypse
Mathieu Kassovitz est la voix des documentaires Apocalypse - GILLE GUSTINE/FTV

Alors que quatre nouveaux épisodes, Hitler attaque à l’Ouest puis Hitler attaque à l’Est, sont d’ores et déjà disponibles sur la plateforme France TV et seront diffusés sur France lundi 11 et 18 octobre, 20 Minutes a tout de même posé quelques questions à Mathieu Kassovitz.

Pour ces nouveaux épisodes, des images d’archives privées inédites ont été utilisées. Vos commentaires sur ces images donnent une chair émotionnelle à « Apocalypse ».

Le seul moyen d’assimiler les documentaires c’est d’y mettre de l’humain, une âme. Ce que raconte le commentaire est suffisamment fort pour que mon intervention soit minimale. Je mets une intensité, une émotion, mais c’est mesuré. Daniel Costelle me dirige dans ce placement. Je me suis aussi calqué sur les commentaires qu’il faisait lui-même dans ses précédents documentaires, j’ai gardé son ton. Il m’a transmis ce savoir.

Savez-vous pourquoi il vous avait choisi en 2009 ?

J’imagine qu’il avait besoin d’un nom un peu connu. Et puis je pense qu’il voulait quelqu’un qui ne soit pas trop… frivole.

Comment fait-on pour avoir une voix qui ne soit pas trop frivole ?

Facile, chaque soir un verre de lait au miel.

Ha ? Ce n’est pas une recette à base de cigarettes et de whisky ?

Oui, ça marche aussi (rires). Franchement, je dis ça sans fausse modestie, Apocalypse ça marcherait avec n’importe quelle voix.

Avez-vous déjà écouté l’une des très nombreuses versions étrangères de la série pour entendre les conteurs en espagnol, anglais ou coréen ?

Oui je les ai écoutés, ils sont tous nuls, je ne comprends pas pourquoi les gens ne font pas l’effort d’apprendre le français pour pouvoir profiter de ma voix (rires). Plus sérieusement, le succès d’Apocalypse à l’export montre bien que j’en suis un élément non essentiel. L’essentiel, c’est ce que ça raconte.

Pensez-vous, comme certains, qu’on puisse tirer des leçons de l’histoire ?

Il est toujours très utile de rappeler que Hitler, Mussolini et tous ces gens-là, ils ont été élus… Ça oui. Mais je ne crois pas aux leçons de l’histoire, parce que ça voudrait dire qu’on pourrait se cacher derrière une méconnaissance de l’histoire pour justifier de faire de la merde. Mais à l’heure où certains veulent réécrire l’histoire à des fins politiques c’est important d’être curieux.

A qui pensez-vous en disant cela ?

Dernièrement il y a ce présentateur télé d’extrême droite là…

Eric Zemmour ?

Oui, voilà. Il semble érudit en matière historique mais il utilise son érudition pour réformer l’histoire et servir son discours politique. C’est vraiment dégueulasse. Il fait une utilisation dangereuse de l’histoire malgré sa soi-disant intelligence. Et à l’inverse on peut prendre de bonnes décisions politiques en étant ignare en histoire.

Continuez-vous, à titre personnel, d’apprendre des choses à propos de la Seconde Guerre mondiale grâce à Apocalypse ?

Oui, bien sûr. Je trouve surtout que ces épisodes sur les batailles de Hitler à l’Ouest puis à l’Est permettent de comprendre comment l’historie a avancé, comment tout s’est joué et dans quelle succession d’événements. On apprend tout ça à l’école mais je pense qu’à 15 ou 16 ans tu ne peux pas tout comprendre, tout intégrer. C’est intéressant de revoir tout ça plus tard, une fois adulte, pour analyser les répercussions notamment.

Si on devait vous proposer de participer à un documentaire sur une période historique de votre choix, ce serait laquelle ?

J’adorerais faire un documentaire de 10 heures sur le 11 septembre. D’ailleurs on peut se demander où s’arrêtera la série Apocalypse. Parce qu’à partir de 1945, tout s’enchaîne. On pourrait imaginer une série de 40 heures sur 50 ans de guerres et de changements de paradigmes qui ont conduit au 11 septembre. C’est passionnant.

Et sur les périodes plus anciennes ? L’antiquité, le Moyen-Âge ?

Tout m’intéresse et il y a des choses à explorer partout, tout le temps. Mais sur ces périodes il y a moins d’images, et moi je bosse sur les images… Et puis je trouve primordial aujourd’hui, alors qu’on sait qu’on tue la planète, que l’économie nous détruit, d’être curieux de notre monde contemporain, de ne pas se cacher de la réalité du monde dans lequel on vit.