France 2 : « J'ai envie de délocaliser régulièrement le "13 heures" », annonce Julian Bugier

INTERVIEW Présentateur titulaire du journal de la mi-journée de la deuxième chaîne depuis janvier, Julian Bugier établit pour « 20 Minutes » un premier bilan et révèle ses futurs projets

Propos recueillis par Fabien Randanne
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Julian Bugier au siège de France Télévisions, fin 2020.
Julian Bugier au siège de France Télévisions, fin 2020. — Corentin FOLHEN - FTV
  • Julian Bugier est le présentateur titulaire du 13 heures de France 2 depuis le 4 janvier.
  • Si le 13 heures de TF1 présenté par Marie-Sophie Lacarrau fait la course en tête avec 1,9 millions de téléspectateurs de plus, l’audience du JT de la deuxième chaîne est en progression.
  • « Réussir à installer un rendez-vous en si peu de temps, même s’il faut toujours rester modeste, c’est que le pari est déjà en partie gagné », avance Julian Bugier à 20 Minutes.

Lorsqu’on le rencontre dans son bureau au siège de France Télévisions, Julian Bugier nous accueille au bord de l’extinction de voix, ce dont il s’excuse. Le lendemain, aphone, il ne sera pas en mesure de prendre l'antenne. Mais ce jeudi là, il nous accueille avec le sourire. A la tête du 13 heures de France 2 en tant que présentateur officiel depuis janvier, il a de quoi être satisfait. En septembre, la part d’audience de son journal télévisé a atteint 21,8 % pour 2,45 millions de téléspectateurs et téléspectatrices en moyenne. Soit deux points de plus par rapport à septembre 2020. Bien sûr, le 13 heures de TF1 fait mieux, avec environ 1,9 million de fidèles supplémentaires, mais la dynamique est bonne. Le journaliste de la deuxième chaîne a réalisé en septembre ses meilleures semaines d’audience depuis le début de l’année. Il assure ne pas se focaliser sur le JT de Marie-Sophie Lacarrau, dit rester « sur son couloir » et se concentrer sur ses projets. Ces prochains mois, il délocalisera régulièrement son plateau en France et présentera une émission en prime time pour mettre en valeur les initiatives des Français et Françaises.

Vous êtes titulaire du « 13 heures » depuis neuf mois. Quel premier bilan en tirez-vous ?

Le bilan est super positif. Les retours du public sont bons et je m’éclate. J’avais sous estimé le plaisir que je prendrais à faire ce journal, à construire une relation avec les téléspectateurs. C’est vraiment un gros kif. Une équipe soudée est arrivée avec moi à la tête du 13 heures, elle donne une énergie nouvelle. On a clarifié la ligne éditoriale, installé des rubriques… Réussir à installer un rendez-vous en si peu de temps, même s’il faut toujours rester modeste, c’est que le pari est déjà en partie gagné. On a des audiences encourageantes puisqu’on a resserré l’écart avec le principal concurrent, même s’il reste important.

Comment expliquez-vous cette progression des audiences ?

Le marché a été chamboulé. L’offre de 13 heures a été perturbée, il est assez rare que, dans le même temps, les incarnations des deux journaux concurrents changent. Jean-Pierre Pernaut, un monument de la télévision, est parti. Les téléspectateurs passent d’une chaîne à l’autre, cherchent, regardent les propositions des uns et des autres. Un nouvel équilibre est en train de se créer. Après deux années assez bousculées avec le Covid-19 et une consommation de télévision un peu différente, on a quasiment un retour à la normale depuis la rentrée. On est donc d’autant plus satisfaits de ces bonnes performances parce que cela veut dire que la tendance sera a priori pérenne.

Est-ce que ce resserrement avec le « 13 heures » de TF1…

Il faut rester modeste. Et puis ce n’est pas la finalité non plus. Quand on est dans le service public, on est là pour être écouté par le plus grand nombre. Cela fait même partie de notre cahier des charges : faire une télévision informative, populaire. La finalité est de délivrer une information juste avec une ligne éditoriale qui nous singularise, positionnée sur l’info et ensuite le magazine et non l’inverse.

Ce duel avec TF1 est donc plutôt, une marotte de journaliste médias ?

Il y a une concurrence historique. C’est normal. La télévision est très fragmentée aujourd’hui, il y a une concurrence très forte avec les chaînes infos, la multiplication des supports sur les réseaux sociaux…

Lorsque vous avez pris vos fonctions, Marie-Sophie Lacarrau et vous insistiez sur le fait que vous n’étiez pas rivaux. Vous vous étiez envoyé des SMS pour vous encourager. Vous continuez à échanger ?

On ne s’est pas fait de petits textos depuis la rentrée, mais on le fera volontiers. Je répète ce que j’ai toujours dit : Marie-Sophie Lacarrau est une super fille, brillante, qui a toujours été une bonne camarade ici en interne, ce qui n’est pas toujours le cas. Elle est sincère et j’aime bien ça moi, les gens qui ne trichent pas. On s’entend très bien. Elle a changé de maison, je le regrette parce qu’on prenait plaisir à travailler ensemble, par exemple sur le 14-Juillet. Mais il n’y a pas de rivalité.

Vous scrutez un peu son journal ?

Pas vraiment. Je ne veux pas que cela nous influence. Donc je reste sur mon couloir, avec la curiosité qui est la nôtre. J’y mets aussi de l’humeur, un journal ça s’incarne. Il faut y mettre de soi, être soi-même et le plus spontané possible. C’est un truc que j’ai appris à faire depuis que je suis au 13 heures.

D’où le « miam miam, la galette » ? Cette phrase vous poursuit un peu, c’est une malédiction ou au contraire, un atout ?

(Il rit) Au contraire, c’est marrant. Je m’amuse à le refaire en le déclinant. Cela fait sourire ceux qui ont repéré le gimmick. Il faut s’amuser de tout ça. Un journal, c’est comme la vie, il peut y avoir des accidents, des bêtises, des bugs, du naturel… Il faut que ça vive. J’aime beaucoup les échanges, c’est pour cela qu’on a créé ce club du 13 heures avec des chroniqueurs réguliers venant incarner leur matière. C’est quelque chose à laquelle je crois. J’ai grandi avec une télévision incarnée par des spécialistes, c’était la valeur ajoutée du service public. Cela ajoute de la convivialité. Aujourd’hui, on peut jouer sur ce ressort-là pour raconter l’info dans un 13 heures.

Y a-t-il moins de pression au « 13 heures » ? Faire « des coups » semble moins un passage obligé, contrairement au « 20 heures »…

La pression est d’être sur l’info et de ne pas se rater. Il faut aussi sentir l’humeur de la société. En ce moment, vous voyez la problématique autour de l’inflation des tarifs de l’énergie. Cela touche tout le monde. On se souvient que le prix du carburant a été le point de départ de la crise des « gilets jaunes ». C’est une information qu’il faut traiter avec une mise en perspective. Comme le journal de la mi-journée a vocation à être plus proche du territoire et en prise directe avec le public, il faut que ça ressorte. C’est là-dessus qu’il ne faut pas se louper. On ne doit pas donner le sentiment d’être déconnecté des réalités. Pour renforcer ces liens avec le public, j’ai envie de délocaliser régulièrement le journal.

C’est-à-dire ?

On va lancer une grande opération cette saison avec plusieurs délocalisations. La première est prévue mi-octobre. C’est une prise de risque pour nous, mais j’ai envie de le prendre. Ce sera une manière de traiter de la campagne présidentielle à l’aune des préoccupations des Français, sans attendre que les propositions viennent d’en haut. On va aller à la rencontre des Français, si possible une fois par mois. On sera en plateau au milieu des gens et on racontera les préoccupations nationales par le prisme local, celui de la région dans laquelle on se trouvera. Par exemple, il n’est pas impossible qu’on se dirige pour la première en Seine-Maritime. Ce département coche beaucoup de problématiques que l’on retrouve au niveau national : une baisse des revenus moyens des foyers de classe moyenne, le coût de l’énergie, les problématiques autour du pouvoir d’achat… J’ai envie d’un journal qui bouge, qui est capable de sortir, de se décloisonner, qui est en mouvement.

Aborder la campagne par le biais local, c’est donc l’aspiration du « 13 heures ». Cette semaine, vous n’avez pas évoqué les résultats de la primaire écologiste, ce n’est pas un sujet « 13 heures » ?

Si, c’est un sujet « 13 heures », d’autant qu’on a fait le portrait de Sandrine Rousseau avant que tout le monde en parle… Simplement, on veut aussi pouvoir faire émerger des problématiques locales et des initiatives. J’en ai un peu plein le dos de cette approche systématiquement décliniste de la France. Bien sûr qu’il y a des problèmes – et on en parle – mais il faut aussi montrer ce qui va bien parce qu’il y a plein de gens qui se bougent et font des choses formidables. C’est la raison pour laquelle cela fait plusieurs années je bosse sur un projet qui va voir le jour prochainement.

Cela ressemblera à quoi ?

Le dispositif est encore en calage. Ce sera un prime de deux heures qui arrivera à l’antenne normalement dans la première quinzaine de novembre. Cette grande émission reprendra l’un des marqueurs forts du 13 heures : « Une idée pour la France », qui met en avant des initiatives locales ou plus nationales mais qui émanent des citoyens. L’idée est de montrer que des choses incroyables se passent en France avec des gens qui font des trucs formidables. Donnons-leur une vitrine médiatique pour que leurs idées puissent être exposées et, pourquoi pas, reprises par les politiques.

Cette proximité, c’est la clé, selon vous, pour remédier à la défiance d’une partie du public envers les médias ?

C’est un contrat de confiance qu’on a avec les gens. Mais je m’inscris un peu en faux sur la défiance. Comme souvent, le peuple français est assez paradoxal : il y a une défiance vis-à-vis des politiques, des journalistes, envers tout ce qui incarne la chose publique et, dans le même temps, on a vu pendant la crise sanitaire que les médias mainstream ont eu un regain d’audience incroyable car le public avait besoin d’informations justes et précises. Il y avait un besoin de se retourner vers ceux qui incarnent quand même, encore, et heureusement, une information rigoureuse.

On s’attend à une campagne présidentielle très crispée. Est-ce que les polémiques quotidiennes, les petites phrases, sont des choses avec lesquelles vous voulez prendre de la distance, ou est-ce que cela fait partie des sujets à traiter ?

La boussole, c’est le fait politique. La victoire de Yannick Jadot [à la primaire écologiste], c’est un fait politique. La montée dans les sondages d’Eric Zemmour, est-ce que c’est un fait politique ? Aujourd’hui, il n’est pas candidat à la présidentielle. Une journaliste disait : « Quand il y a plus de caméras que de manifestants, qui crée l’événement ? » Quand Zemmour sera candidat, ça deviendra un fait politique. Dans notre ligne éditoriale, on aura toujours en ligne de mire « Les faits, rien que les faits ».