« The Voice All Stars » : L’art délicat de ne pas se retourner sur un candidat aux auditions à l’aveugle

TELECROCHET Les cinq coachs de la saison anniversaire de « The Voice » ont chacun et chacune leur manière de se prêter à un exercice périlleux : expliquer pourquoi ils et elles ne se sont pas retournés sur un candidat

Fabien Randanne
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Frédéric Longbois sur le plateau de The Voice All Stars.
Frédéric Longbois sur le plateau de The Voice All Stars. — Lionel Guericolas / TV / Bureau233
  • La saison « all stars » de The Voice est actuellement diffusée les samedis soir, à 21h05, sur TF1.
  • Une cinquantaine de candidats ont accepté de retenter leur chance aux auditions à l’aveugle. Mais il n’y a que trente places pour l’étape d’après.
  • Econduire des talents ayant déjà fait un beau parcours dans une précédente édition de The Voice ou The Voice Kids ? Zazie en a eu des insomnies tandis que Florent Pagny s’est montré pragmatique.

C’est mathématique et l’équation de The Voice All Stars est implacable. Convier une cinquantaine de talents emblématiques des dix saisons de The Voice à retenter leur chance aux auditions à l’aveugle, avec seulement trente places disponibles pour l’étape suivante, implique d’en laisser une vingtaine sur le carreau.

Cela signifie aussi que celles et ceux qui avaient franchi par le passé avec succès la première épreuve du télécrochet de TF1 feraient moins bien que lors de leur première participation. Et pour les cinq coachs qui n’ont pas retourné leurs fauteuils, cela suppose de déployer des talents de diplomatie.

« J’avais peur de l’humiliation »

Florent Pagny est pragmatique : « On sait qu’on ne peut pas se retourner sur tout le monde ». Mais il rappelle que « le cahier des charges de ce programme est la bienveillance ». Malgré tout, Zazie a failli refuser cette responsabilité. « J’avais peur de l’humiliation. Au début, je n’en dormais pas. Après, on prend du recul pour se préserver de l’affectivité », explique-t-elle. Mika, lui aussi, a eu des doutes : « Je n’étais pas convaincu tout de suite, je ne comprenais pas comment ça allait fonctionner » . Pour lui, le fait que d’anciens candidats et candidates se prêtent à nouveau au jeu, « c’est fantastique, mais cela demande du courage ».

Selon Matthieu Grelier, le producteur de l’émission, tous les talents contactés ont accepté de revenir. Autrement dit, aucun n’a refusé de faire son retour. « Ils étaient préparés à l’échec. Ce n’était pas "si je perds j’ai tout perdu" », avance Patrick Fiori qui souligne que ce « all stars réunit les meilleurs des meilleurs ». Figurer au casting serait donc déjà une victoire en soi. Sur le papier, l’honneur est sauf, mais cela peut être plus difficile à vivre une fois les caméras allumées. Charge alors aux coachs de trouver les bons mots.

« Je sais que tu as fait trois albums, que cette clé a ouvert une porte sur une carrière conséquente. Tu remplis des salles depuis des années », s’est ainsi justifié Mika face à Luc Arbogast dans la première émission de la saison diffusée samedi. C’est un peu l’équivalent télécrochet du « Tu as trop de qualités, tu es trop bien pour moi » lâché lors d’une rupture amoureuse. Florent Pagny, lui, a laissé entendre qu’il ne saurait pas trop quoi faire dans la suite de cette saison avec le contre-ténor à la touche médiévale. « Ton univers est tellement défini qu’on te reconnaît tout de suite et on se dit : "Qu’est-ce qu’on va aller faire mumuse à aller chercher des titres pour faire des concours de voix alors que ton chemin est parfaitement défini avec cette voix grave et cette voix de tête qui monte très haut ?" »

« Continue à travailler, n’aie pas peur du ridicule »

Marie, 16 ans, ex-The Voice Kids, a également été éconduite lors de la première. Zazie a misé sur le conseil de pro. L’adolescente confie ne pas avoir encore assez confiance en elle pour chanter des morceaux qu’elle a écrits et composé ? « Il faut essayer, tu ne seras jamais ridicule car tu as cette capacité d’interprète, l’a encouragée la chanteuse de Rue de la paix. Continue à travailler, n’aie pas peur du ridicule, même si tu utilises des mots simples. » Mettre en avant la marge de progression en même temps que saluer le talent précoce : le combo est efficace pour que la jeune fille reparte avec le sourire.

Parfois – c’est plus rare - un candidat enlève lui-même l’épine du pied des coachs. « Ecoutez : bonne saison, amusez-vous surtout ! Soyez heureux et continuez à rester vivants comme vous êtes ! », leur a lancé Frédéric Longbois, avec l’élégance de ceux qui arrivent à garder leur contenance – y compris lorsque deux ananas en plastique lévitent au-dessus de ses épaules. Le fantasque demi-finaliste de la saison 7 n’ira pas plus loin, mais il aura fait sa visite de gala et glané des félicitations pour sa joie de vivre.

« Il y en a beaucoup qu’on n’a pas pris et qui nous disaient merci beaucoup ! », s’étonne rétrospectivement Zazie. Mika avance une explication : « Ils connaissent la mécanique, ils ont une posture émotionnelle différente. Même dans leurs discours. Il y a une discussion, ils savent comment répondre. » Patrick Fiori, lui se demande s’il y a vraiment eu des déçus. Et de rappeler que si quitter l’édition anniversaire dès le premier soir peut passer pour une contre-performance, avec cette nouvelle mise en lumière, « ils ne sont pas à l’abri d’un succès ». Qui perd gagne un peu ?