« A la folie » sur M6 : Une fiction sur « l’emprise » pour « secouer le cocotier » au sujet des violences faites aux femmes

SOCIETE « A la folie », réalisé par Andréa Bescond et Eric Métayer et diffusé dès 21h10 ce mardi sur M6, traite du phénomène d’emprise dans le couple

Fabien Randanne
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Alexis Michalik et Marie Gillain incarnent les personnages principaux de A la folie.
Alexis Michalik et Marie Gillain incarnent les personnages principaux de A la folie. — Ade ADJOU/M6
  • M6 diffuse ce mardi, à 21h10, A la folie, une fiction réalisée par Andréa Bescond et Eric Métayer, avec Marie Gillain et Alexis Michalik dans les rôles principaux.
  • « Eleonore Bauer, qui a écrit le scénario avec Guillaume Labbé, a du recul sur sa propre histoire. Elle décrit bien le phénomène d’emprise, les étapes du mécanisme du pervers narcissique », explique Andréa Bescond à 20 Minutes.
  • Andréa Bescond et Eric Métayer ont la volonté de faire « des œuvres utiles » et de « secouer le cocotier », en cohérence avec leur engagement militant contre les violences.

Un apéritif en plein air. Une bande d’amis. Soudain, l’un d’eux, Damien, s’écroule au sol. Anna, sa compagne, lui a planté une lame dans le cou. Si l’on se permet de révéler ici la scène choc qui ouvre A la folie, fiction en deux parties diffusée dès 21h10 ce mardi sur M6, c’est qu’elle n’est pas le point culminant de l’intrigue. Tout l’intérêt réside dans la question : Comment expliquer un tel geste ?

Le scénario remonte alors le temps jusqu’au soir où le couple s’est rencontré, puis raconte ce qui ressemble à une histoire d’amour mais n’en est pas une. Le récit a l’allure d'« une comédie romantique baignée de petites humiliations et de réflexions pourries », dixit la coréalisatrice Andréa Bescond. Elle précise son propos : « Eleonore Bauer, qui a écrit le scénario avec Guillaume Labbé, a du recul sur sa propre histoire. Elle décrit bien le phénomène d’emprise, les étapes du mécanisme du pervers narcissique. »

« Décortiquer les mécanismes »

Marie Gillain incarne Anna, une photographe bien dans sa peau et dans sa vie, qui s’entend parfaitement avec le père de son fils de 15 ans dont elle est séparée. Une femme loin du stéréotype de l’héroïne frêle et vulnérable. Puis, elle rencontre Damien et noue une relation avec lui. Les vexations sous couvert d’humour, les interdictions déguisées en recommandations bienveillantes, les injonctions contradictoires et la violence de cet homme à son égard la broient à petit feu.

« A la folie montre comment on peut arriver à détruire quelqu’un qui est fort, qui a une position », avance le coréalisateur Eric Métayer notant que ce que vit ce personnage fait écho aux nombreux exemples de violences faites aux femmes dont regorgent les rubriques faits divers. « Il est important de décortiquer ces mécanismes pour les rendre accessibles au grand public, reprend Andréa Bescond. Aujourd’hui, en réaction à ces affaires, il y en a encore qui disent "Pourquoi elle ne l’a pas quitté ?" »

La relation entre Damien et Anna est dépeinte avec didactisme dans A la folie sans tomber dans la fiction dossier. Elle permet de montrer les formes insidieuses, qui n’alertent pas forcément l’entourage des victimes, du phénomène d’emprise. « Par rapport au scénario original, on a ajouté une séquence avec l’avocate jouée par Nicole Ferroni qui s’exprime sur les réseaux sociaux pour faire comprendre les failles du système juridique avec 80 % de classements sans suite », indique la réalisatrice.

« Il n’y a pas de volonté politique concrète »

Enfant, Andréa Bescond a été victime d’un pédocriminel. Adulte, elle a livré son témoignage à travers le spectacle Les Chatouilles, qu’elle a porté à l’écran en 2018 avec Eric Métayer. Tous deux expriment la volonté de faire « des œuvres utiles » et de « secouer le cocotier », en cohérence avec leur engagement militant contre les violences.

« On parle aux ministres, on leur dit qu’ils ont un modèle extraordinaire en Espagne où depuis dix ans, les féminicides ont reculé de 50 %. Mais, pour y arriver, il faut un budget d’un milliard d’euros, il faut 30.000 bracelets électroniques qui ne soient pas ceux, pourris, qu’on a en France que les mecs peuvent casser comme ça, comme dans l’affaire Chahinez. Faire des Grenelle et des commissions, c’est une blague. Il n’y a pas de volonté politique concrète », se désole-t-elle. A la folie fait aussi cet amer constat en nous laissant interdits sur une ultime scène que l’on ne racontera pas ici.