« L’amour est dans le pré » : « Karine Le Marchand arrivera à cheval à notre mariage », confie Mathieu qui épouse Alexandre samedi

INTERVIEW Mathieu et Alexandre, l’un des couples phares de la dernière saison de l’émission de M6, ont répondu aux questions de « 20 Minutes » quelques jours avant leur mariage qui se déroule dans le Gard ce samedi

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Alexandre et Mathieu, à l'automne 2020, lors du tournage du bilan de la saison 15 de L'Amour est dans le pré.
Alexandre et Mathieu, à l'automne 2020, lors du tournage du bilan de la saison 15 de L'Amour est dans le pré. — Cécile Rogue / M6
  • Mathieu et Alexandre se sont rencontrés l’an passé dans le cadre de L’amour est dans le pré. Ils se marient samedi.
  • « C’est très étrange de préparer son mariage et en même temps de préparer la mort de mon papa. Je passe par des hauts et des bas, même si je sais que la journée se passera bien, sera superbe, avec plein d’émotion », confie Mathieu à 20 Minutes.
  • « Ce sera un mariage qui nous ressemblera : simple, dans le thème du folklore de la Camargue », avance Alexandre.

La demande en mariage, diffusée sur M6 en décembre, avait ému aux larmes les fidèles de L'amour est dans le pré. Mathieu et Alexandre se diront officiellement oui samedi, en Camargue où ils filent le parfait amour. La plupart des agriculteurs de la quinzième saison de l’émission feront le déplacement, ainsi que Pierre et Frédérique, couple emblématique de la saison 7, Emeric et Aurelia (saison 13). Karine Le Marchand sera aussi du voyage. L’animatrice officiera même lors de la cérémonie laïque… 20 Minutes a joint Mathieu et Alexandre quelques jours avant la noce…

Mathieu, en février 2020, nous nous rencontrions en marge du Salon de l’agriculture à Paris pour discuter de ce que vous attendiez de votre participation à « L’amour est dans le pré ». Vous vous seriez imaginé sur le point de vous marier moins d’un an et demi plus tard ?

Mathieu : Jamais. Je voulais trouver quelqu’un mais pas me marier. Pour moi, le mariage c’était tellement inaccessible et lointain. Aujourd’hui, ça fait un an que j’ai fait le speed-dating avec Alexandre. Tout ce chemin parcouru depuis, ce qu’on a vécu à 250 à l’heure, c’est extraordinaire.

Alexandre : Pour moi, il n’était pas question non plus de mariage. Rencontrer quelqu’un et pouvoir construire quelque chose avec lui me semblait compliqué et au final, voilà où on en est aujourd’hui.

Qu’avez-vous prévu de particulier pour cette journée de samedi ?

A. : La préparation a été un peu compliquée, Mathieu a eu des problèmes d’ordre familial. On attend cette fête avec impatience, mais il y aura certaines personnes qui ne seront pas présentes…

M. : Mes parents ne peuvent pas venir. Mon père est en train de mourir de la maladie dont je suis le digne héritier [la maladie de Cadasil, une pathologie génétique rare]. On attend que ça s’arrête. Il est dans le coma depuis deux mois. Ma mère, elle, est hospitalisée. Elle ne pourra pas participer à cette journée, donc ça me fout les boules. C’est elle qui devait m’amener à l’autel. Ce sera Karine [Le Marchand] qui le fera.

Cela ne doit pas être évident…

M. : Oui, c’est très étrange de préparer son mariage et en même temps de préparer la mort de mon papa. Je passe par des hauts et des bas, même si je sais que la journée se passera bien, sera superbe, avec plein d’émotion. (Un temps) La journée va être bien, on arrivera vers 10h à la mairie, à cheval – Karine sera à cheval aussi. On fera le mariage dans le patio de la mairie. On partira ensuite, toujours à cheval et avec le cortège derrière, jusqu’à la manade, quatre kilomètres plus loin. Les gendarmes nous escorteront. Une fois sur place, on fera une cérémonie laïque.

A. : Karine Le Marchand officiera et on fera chacun un discours.

M. : On n’a pas trouvé de traiteur qui nous satisfaisait alors on a fait construire un énorme barbecue de 3m50 sur 1m50 et commandé 60 kg de viande. On se fera une bouffe en mode campagne.

A. : Ce sera un mariage qui nous ressemblera : simple, dans le thème du folklore de la Camargue.

Cela va être l’évènement people du coin…

A. : Oui, on a tenu la date secrète jusqu’au dernier moment.

M. : On avait annoncé la date du 12 juin dans TPMP. La production de L’amour est dans le pré nous a ensuite appelés en disant qu’on était malades de l’avoir dit. Effectivement, le maire nous a demandé de décaler car il craignait que 2.000 personnes débarquent.

Les droits des personnes LGBT vous tiennent à cœur. La semaine dernière, vous vous êtes entretenus avec Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de la diversité. Comment cela s’est-il passé ?

M. : C’était un très bel entretien qui a duré quarante minutes. On a parlé des thérapies de conversion, de la PMA, de la GPA [gestation pour autrui], de l’homophobie. C’était un échange assez franc. On voit que cette femme vient du monde de l’entreprise, il n’y avait pas cette langue de bois du politicien classique de l’ENA. Elle nous a dit une chose importante : « La machine est en route ». Elle est, à titre personnel, pour la GPA et favorable à l’ouverture d’un débat. La machine est lancée, elle ne s’arrêtera pas. C’est le tempo qu’on ne maîtrise pas. Un sondage Ifop récent montre que 53 % des Français approuvent la GPA. Deux ans avant le vote de la loi «mariage pour tous», 58 % des Français étaient favorables à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Et on sait que le « mariage pour tous » s’est fait. Sur la GPA, il y a toute une question éthique qui se pose, mais je pense que la société est en train de se transformer depuis quelques mois, je sens que c’est en train de changer.

Vous avez participé à un clip contre les Lgbt-phobies, initié par le ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la diversité. Ce spot, après avoir évoqué les insultes et les parcours de personnes concernées, inclut l’hétérosexualité…

M. : Je le trouve pas mal. On a parlé du lexique avec la ministre. Je l’ai interpellée sur le fait qu’aujourd’hui, les mots qu’on emploie ont une grande importance. On a reçu tellement de messages qu’on aurait pu faire un bouquin : des centaines et des centaines de gens nous disent ne plus être homophobes parce qu’ils nous ont vus sur M6. C’est impressionnant. Le terme « lutte contre l’homophobie » n’est plus de notre temps car cela oppose les hétéros aux homos et, comme dans toute opposition, il y a toujours un gagnant et un perdant. Je suis plus enclin à parler de « lutte pour l’amour universel ». Je suis convaincu qu’en intégrant les homophobes dans cette lutte, en les prenant par la main, en allant les chercher, on arrivera beaucoup plus vite au résultat. Aujourd’hui, ça stagne. Il y a toujours autant d’homophobes, ça fait vingt ans qu’on lutte de la même façon, à mon sens, il faut changer la façon de lutter.

Par exemple ?

M. : Avec Alex, on partira cinq mois, de novembre à mars, aux Antilles, avec l’appui du ministère d’Elisabeth Moreno, pour aider les associations LGBT sur place et j’ai proposé une sorte de projet filmé : on voudrait être en immersion pendant une semaine, quinze jours, un mois, avec des homophobes. On est persuadés qu’au bout de cette période, on s’embrassera tous en se disant qu’on s’aime. Je veux arriver à prouver que 80 % des homophobes le sont juste par méconnaissance ou en raison d’une crainte injustifiée. Une boîte de prod martiniquaise ainsi qu’une journaliste sont très intéressées par ce projet. Je veux rassembler les gens. Si on réussit cette expérience et qu’on arrive à le diffuser, beaucoup d’homophobes s’identifieront à ces homophobes en se disant « Finalement, eux ne le sont plus, moi, pourquoi je le reste ? »

Y a-t-il un point que nous n’aurions pas abordé et dont vous souhaiteriez parler ?

M. : Dans un an, on commence les démarches pour une GPA. Alexandre et moi, on va tout filmer pour montrer le côté absurde de la situation mais aussi le bonheur que ça apporte, la capacité de bien faire. On parle beaucoup de la GPA, il y a des livres sur le sujet, mais on n’a pas assez de visuels. Ce sont les images qui marquent. C’est plus intrusif, mais les réseaux sont aussi un outil efficace pour communiquer, donc on s’en servira.