« Le doc Quotidien » : TMC veut prouver que les ados sont « moins cons qu’ils en ont l’air »

OK BOOMER Après avoir passé « un an chez les vieux », le réalisateur Emmanuel Le Ber s’est intéressé aux adolescents et adolescentes

Clément Rodriguez

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« Alors, ça farte ? » n'est pas une phrase que vous entendrez dans ce doc
« Alors, ça farte ? » n'est pas une phrase que vous entendrez dans ce doc — Bangumi
  • TMC propose ce mardi soir, à 21h15, un documentaire intitulé Un an chez les ados : pourquoi ils sont moins cons qu’ils en ont l’air.
  • Le reportage se veut être le portrait d’une génération qui oscille entre petits tracas du quotidien et militantisme.
  • « Je veux que ce soit un film qui témoigne de ce qu’est l’adolescence dans ses sempiternelles questions, dans ce qu’elle a de cliché et ce qu’elle a de nouveau en 2021 », témoigne le réalisateur Emmanuel Le Ber pour 20 Minutes.

Il est passé des taches de vieillesse aux boutons d’acné. Il y a deux ans, le réalisateur Emmanuel Le Ber se plongeait dans l’univers des « vieux » pour raconter la façon dont « ils sont devenus plus cool que les jeunes ». Le résultat de son immersion a été un succès, à tel point que le producteur Laurent Bon lui a demandé de réitérer l’exercice, mais cette fois-ci auprès d’une population moins ridée et plus adepte des grasses mats et de Snapchat :  les ados.

Tour à tour, des jeunes âgés de 12 à 19 ans prennent la parole sur les sujets ancrés dans leur quotidien comme les cours, les révisions, les réseaux sociaux, l’amour, la première fois et même le militantisme. C’est d’ailleurs pour montrer « qu’ils sont beaucoup moins cons qu’ils n’en ont l’air » que le réalisateur leur a tendu son micro. « C’est un peu nous les cons parce qu’on a l’impression qu’ils sont scotchés sur leur téléphone mais ils s’adaptent, ils se servent des générations passées pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, témoigne Emmanuel Le Ber pour 20 Minutes. On peut parler à leur place mais si on les écoute, ce sont eux qui nous donnent une leçon. »

Des ados friands de témoigner

Gérer les cours « badants », éviter d’avoir trop le « seum » quand on se fait « recal » par une fille… Ces questions-là sont abordées dans le documentaire, et si vous n’avez rien compris à la phrase précédente, alors vous devriez vous brancher sur TMC ce mardi soir. Face aux incompréhensions mutuelles, le réalisateur a souhaité faire de son film « un manuel de survie pour parents en pays adolescent. »

Pour cela, il a casté son panel de jeunes via des petites annonces postées sur les réseaux sociaux. « Cherche ado entre 13 et 18 ans voulant s’exprimer sur leur expérience d’adolescent. » Les futurs témoins se sont bousculés au portillon pour raconter leur vie et les équipes du documentaire ont ensuite fait leur choix, en fonction de l’âge, de la catégorie sociale et de la personnalité de chacune et chacun. Certains et certaines ont même accepté d’être suivis chez eux dans le but non pas de faire une galerie de portraits « mais plutôt le portrait d’une génération. »

« Spontanément, ils se sont exprimés, je n’ai rien forcé, je n’ai pas eu besoin de les travailler, indique Emmanuel Le Ber. Je pense qu’ils ont quelque chose à dire malgré leur jeune âge. Ils en ont marre d’être un petit peu mis sur le côté. La société en elle-même est fascinée par l’adolescent, même si elle le critique et qu’elle le juge. » Ainsi, le documentaire s’intéresse au dialogue intergénérationnel et donne de temps en temps la parole aux parents, qu’on sent parfois un peu dépassés.

« Parfois, ils ont envie de provoquer »

Recueillir la parole des adolescents et adolescentes n’a pas été un défi insurmontable pour Emmanuel Le Ber, qui précise toutefois que la facilité avec laquelle ils et elles se sont confiées à lui pouvait être à double tranchant. « Parfois, ils ont envie de faire les intéressants, de crâner, de provoquer, prévient-il. Au montage, il y a toujours des moments où on fait un petit peu attention à ce qu’ils disent parce qu’on n’a pas envie que ça se retourne contre eux, que ce soit mal interprété. » L’un des points de vigilance aura donc été d’écarter celles et ceux qui venaient pour les mauvaises raisons, à savoir passer à la télé pour épater les copains et les copines.

Et la mission est réussie. Toutes et tous sont attachants, à l’image de Louis et Victor, âgés de quatorze ans. Élèves de 3e, ils se disent eux-mêmes inséparables et forment un groupe de musique. Et alors qu’on leur demande de décrire leur relation, le brainstorming débouche sur cette phrase : « je ne t’aime pas comme une meuf mais je t’aime comme un frère ».

Le documentaire regorge d’autres moments tout aussi touchants, à l’instar du portrait de Warren en début de reportage. Dans sa chambre (qui ferait peur à Super Nanny), ce Marseillais tout feu tout flamme de 12 ans est capable d’essuyer une larme à l’évocation du divorce de ses parents puis de parler de la fois où il a tenté de fumer une cigarette quelques minutes plus tard. Un changement d’expression soudain, parfaite allégorie des sentiments adolescents.

Une photographie de la génération, pas de l’année 2020

« Je veux que ce soit un film qui témoigne de ce qu’est l’adolescence dans ses sempiternelles questions, dans ce qu’elle a de cliché et ce qu’elle a de nouveau en 2021 », plaide le réalisateur. Et alors qu’on les voit masqués, les ados ne s’expriment pas sur cette année marquée par le Covid-19. Selon Emmanuel Le Ber, ses jeunes témoins sont « dans la résilience permanente et dans l’adaptabilité », ce qui permet de faire du coronavirus un non-sujet.

Le documentaire veut donc s’intéresser à ce qui a de plus universel dans le quotidien des adolescents et adolescentes, de leur reflet dans le miroir le matin avant de partir au collège ou au lycée à leurs amourettes, en passant par le menu de la cantine. Et quel meilleur (ou pire) souvenir que la jardinière de légumes pour trouver un point commun à toutes les générations ?