« Tropiques criminels » : La série policière au cœur d'une polémique en Martinique

POLEMIQUE Des élus territoriaux ont voté contre une subvention de 500.000 euros pour le tournage de la saison 3

20 Minutes avec AFP

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La série « Tropiques criminels » est au cœur d'une polémique en Martinique.
La série « Tropiques criminels » est au cœur d'une polémique en Martinique. — ©Sylvie Castioni - Best Image

En Martinique, la série policière Tropiques Criminels, diffusée sur le service public, est au cœur d’une polémique depuis que les élus territoriaux ont voté contre une subvention de 500.000 euros pour le tournage de la saison 3.

A la CTM (collectivité territoriale de Martinique) 26 élus ont voté contre, 21 pour et 2 se sont abstenus mercredi. Pour la première fois depuis qu’elle s’est installée en Martinique il y a trois ans, la série Tropiques criminels, qui compte en moyenne 4 millions de téléspectateurs sur France 2, s’est vu refuser sa demande de subvention à la collectivité territoriale de Martinique.

Une série déjà financée par l’Etat, pointe un député

Une décision dont se félicite le député martiniquais Jean-Philippe Nilor, qui siège à l’Assemblée de Martinique et qui vote contre cette subvention depuis la première saison. « Après avoir déjà payé 1,1 million d’euros sur deux ans, on est prêt à offrir encore 500.000 euros à une coproduction extérieure alors que depuis le début de la crise sanitaire, les artistes martiniquais, toutes disciplines confondues, n’ont bénéficié à titre d’aide que de 350.000 euros de la collectivité ? », s’interroge-t-il.

Pour lui, le titre de la série Tropiques criminels qui met en scène une commandante de police enquêtant sur des assassinats, « n’est pas l’image extérieure qu’on souhaite donner à une Martinique qui se veut attractive et attirante », ajoute-t-il. Enfin, l’élu assure ne pas comprendre « à quel titre on nous demande de venir encore financer, avec l’argent des impôts des Martiniquais, cette série, dans la mesure où la mission de service public de France Télévisions est déjà financée par l’Etat. »

Des arguments qui ont circulé sur les réseaux sociaux la veille du vote dans une lettre signée d’un « collectif des artistes, comédiens, acteurs et techniciens de la culture » tenant à rester anonyme « par crainte de représailles ». Un courrier qui assure par ailleurs que, sur le tournage, « des personnes qualifiées ont été considérées comme porteurs d’eau ».

« C’est vraiment dommage pour l’avenir de l’audiovisuel en Martinique »

Sur le plateau de la série, les équipes sont abasourdies par la polémique. Une vingtaine de Martiniquais, soit 50 % de l’effectif technique, travaille sur cette production. La plupart sont là depuis le début, certains ont d’ailleurs évolué dans leurs postes à l’instar de Mickaëlle Chenard : habilleuse il y a trois ans, costumière désormais. « Je suis dégoûtée, on a enfin la chance d’avoir une série pérenne qui permet même aux novices d’être formés. C’est vraiment dommage pour l’avenir de l’audiovisuel en Martinique et pour les commerces qu’il y a tout autour », explique-t-elle.

Au-delà des techniciens de la série qui ont répondu par voie de communiqué pour défendre la production de Tropiques criminels, le Syndicat des activités événementielles (SAE) représentant les professionnels qui gravitent autour du tournage ainsi que le chef Jean-Charles Bredas et son épouse, qui assurent les repas, ont également écrit et listé l’intégralité des entreprises qui bénéficient des quatre mois de tournage chaque année.

« Plus de deux millions d’euros » de retombées économiques

A la CTM, la majorité qui portait la demande de subvention est déçue. Pour Marie-Hélène Leotin, la conseillère exécutive chargée de la culture et du patrimoine, il s’agit d’une manœuvre politique à l’approche de l’élection territoriale. Elle estime que le projet est bénéfique pour la Martinique : « Quand nous mettons 500.000 euros, nous récoltons, comme retombée économique immédiate, plus de 2 millions d’euros », a-t-elle expliqué aux élus rassemblés en plénière.

La présidente du Comité martiniquais du tourisme, Karine Mousseau, défend, elle aussi, une série qui permet une importante visibilité à la Martinique à moindres frais : « On a mis un million d’euros en décembre pour passer un clip de 25 secondes sur les télés nationales, là on met 500.000 euros et il y a des personnes qui pendant 52 minutes sur France 2 sont en Martinique ».

La production n’a pas souhaité commenter la polémique ou la décision des élus. L’actrice principale de la série, Sonia Rolland, a, pour sa part, publié une photo de groupe avec tous les techniciens sur son compte Instagram avec le commentaire en créole « ansanm nou ka goumen », pour « ensemble nous nous battons ».