« Top Chef » : La diffusion de l'émission a-t-elle un impact pour les chefs invités ?

DE L'ECRAN A L'ASSIETTE Chaque année, les chefs les plus prestigieux de France et du monde défilent dans les cuisines de « Top Chef ». Avec un retour sur investissement ?

Clément Rodriguez
Pierre Gagnaire lors de la saison 12 de « Top Chef »
Pierre Gagnaire lors de la saison 12 de « Top Chef » — Marie ETCHEGOYEN/M6
  • Chaque année, pendant une quinzaine de semaines environ, des chefs renommés viennent défier les candidats et candidates de Top Chef.
  • Pour ces cuisiniers et cuisinières dont la réputation n'est plus à faire, la diffusion du programme de M6 a un impact relatif sur la fréquentation de leurs sites et leurs réservations en restaurant.

Nous avons à peu près tous et toutes le même réflexe chaque mercredi soir. Alors que l’on gît sur notre canapé, un yaourt ou un carré de chocolat à la main pour faire passer notre faim, on salive devant les assiettes des candidates et candidats de Top Chef. Tatin de croissant, soupe de foie gras au curry et lait de coco, pressé de beaufort, les frustrations se suivent et se ressemblent puisque en 2021, on ne peut toujours pas goûter un plat à travers notre écran de télé. Et la situation est encore pire lorsque les chefs invités présentent leurs spécialités.

Qu’ils ou elles aient une, deux ou trois étoiles, ou bien même aucune, les cuisiniers et cuisinières qui traversent le plateau de Top Chef depuis onze ans partagent leur passion et leurs petits secrets. Le réflexe d’une partie du public est alors de se ruer sur son téléphone pour découvrir gustativement l’univers de ces chefs.

Le pic Top Chef

« Je suis ravi de ces expériences et sens l’effet immédiat dans les heures et jours suivants, explique Jérôme Banctel, qui a participé au troisième épisode de cette saison, à 20 Minutes. Nous avons constaté dès le soir même un pic de fréquentation sur notre site Internet. De là en a découlé effectivement un pic de commandes pour La Réserve At Home. »

Alors que les restaurants sont fermés depuis bien trop longtemps, les chefs de cuisine ont dû muscler leur site Internet pour répondre aux enjeux de la vente à emporter ou à domicile. « Nous n’avons donc pas dû renforcer les équipes en amont de la diffusion de Top Chef du 24 février dernier », précise Jérôme Banctel.

Une page Instagram à jour vaut mieux qu’un site Internet détaillé

« Il y a un petit effet “waouh” pendant quelques heures et le lendemain » de la diffusion de l’émission, enchérit Pierre Gagnaire. En revanche, si son site Internet fait office de « carte de visite officielle », le chef multi-étoilé remarque un changement significatif depuis quelques années : « Instagram a pris vraiment le dessus, c’est incroyable d’ailleurs. »

« Il y a un vrai effet sur les réseaux », confirme-t-on du côté du Four Seasons où officie notamment Christian Le Squer, un habitué de Top Chef. Avant que l’émission ne soit diffusée, les équipes de communication des restaurants portent une attention particulière au fait que toutes les informations que le public pourrait chercher soient à jour et gardent un œil au compteur d’abonnés de leurs chefs qui grimpe plus vite qu’à l’accoutumée.

Un macaron sur les réseaux (puis sur la veste ?)

Cette année, Pierre Gagnaire a noté un pic de fréquentation après son passage dans Top Chef dans son restaurant… de Dubaï. « Les communautés françaises regardent l’émission à l’étranger et la fréquentation du restaurant a pris plus de 10 % grâce à ça, note-t-il. Ce qui est fou avec l’émission, c’est le panel des gens qui sont intéressés par cette histoire, ça va de l’avocat qui veut se vider la tête à la gamine de dix ans qui veut faire de la cuisine. »

Toutefois, de manière générale, les chefs interrogés s’accordent à dire que le programme de M6 n’a pas de réel impact sur les réservations de leur restaurant. Leur réputation et leur carrière parlent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin d’un coup de pouce de la part de l’émission. Les candidats et candidates en compétition, eux, n’en sont pas encore là et observent une réelle différence avec « leur vie d’avant ».

« Je vois bien que mon compte Instagram commence à monter, commente Charline Stengel, qui est passée de plusieurs centaines de followers à 20.000 en quelques semaines. J’ai plein de petites propositions, des petits producteurs qui m’envoient leurs produits. C’est vrai que ça change une vie. »

Ses camarades souscrivent à ses propos. « Ce qui est chouette, c’est qu’il y a des gens avec qui j’avais envie de travailler, je les ai appelés, et tout de suite j’ai une crédibilité supérieure, certifie un autre cordon bleu encore en course. Ça a l’impact que j’espérais. » Avoir le macaron de la certification sur Instagram, étape désormais obligatoire avant de pouvoir l’arborer sur sa veste de chef ?