« Canap 95 » : Etienne Carbonnier, le « gros bosseur » à la cool de « Quotidien »

PORTRAIT Sous ses airs nonchalants, Etienne Carbonnier, qui présente « Canap 95 » ce mardi soir sur TMC, est un bourreau de travail

Fabien Randanne
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Etienne Carbonnier sur la plateau de Canap 95.
Etienne Carbonnier sur la plateau de Canap 95. — CHRISTOPHE CHEVALIN / TMC
  • Etienne Carbonnier, 32 ans, anime une nouvelle émission, Canap 95, ce mardi, dès 21h15 sur TMC.
  • Si, aux yeux du public, il passe pour « le mec le plus cool de la télé », son collègue Julien Bellver, chroniqueur médias de Quotidien précise qu’il est « un gros bosseur, l’un des premiers arrivés et le dernier parti ».
  • Etienne Carbonnier raconte à 20 Minutes combien son travail est effectivement chronophage et revient sur son parcours à la télévision entamé il y a une dizaine d’années.

Etienne Carbonnier a parfois l’impression d’être un imposteur. C’est lui qui nous le dit : « Mon pseudonyme sur les réseaux sociaux, Tomisuper, c’est l’anagramme d’imposteur. Cela remonte à la période où je faisais de la peinture et du graff, quand je cherchais ce que j’allais faire de ma vie. J’ai vendu quelques toiles et j’ai eu l’impression d’être un imposteur. C’était improbable que j’y arrive alors que des potes que j’admirais, qui étaient cent fois meilleurs que moi, galéraient. Ils me disaient en plaisantant que j’étais un escroc. Alors je signais Tomisuper et c’est resté. »

Le journaliste de 32 ans n’est pas du genre à se vanter. Dans Quotidien, sur TMC, il est chargé des chroniques Transpi et Canap, consacrées au sport et à la télévision. Des rendez-vous quelquefois moqueurs et de mauvaise foi, mais le plus souvent très drôles, offrant au talk-show de Yann Barthès des respirations nécessaires dans un conducteur rempli d’une actualité rarement marrante.

« Il ne dégage pas une once d’arrogance »

« Etienne est incroyablement cool et fort dans ce qu’il fait et il ne dégage pas une once d’arrogance », applaudit Ambre Chalumeau, sa collègue en charge de la culture. « Il est sans doute le mec le plus cool de la télé, jamais stressé. Il est à l’antenne comme dans la vie », appuie Julien Bellver, le spécialiste des médias. Le principal intéressé revendique ce refus de ramener la couverture à lui : « Je me comporte sur le plateau comme si j’étais au bureau. Je fais des vannes. Sur les sujets que je ne connais pas, je me tais, j’écoute et j’apprends ». Mais sa simplicité a tôt fait de passer pour de la nonchalance, voire de la glandouille, aux yeux des fidèles de TMC. Or, reprend Julien Bellver, le trentenaire est en réalité « un gros bosseur, l’un des premiers arrivés et le dernier parti ».

« Je suis au bureau à 9h et quand je rentre chez moi il est 21h30. Je fais ça depuis dix ans », confirme Etienne Carbonnier. Ses chroniques paraissent rapides à façonner. Dans l’émission Canap 95, diffusée ce mardi soir (voir encadré), il retrace les événements de l’année 1995 en jonglant avec aisance et fluidité d’une séquence d’archive à l’autre. Attention, cette facilité n’est qu’apparente. « Les gens ne se rendent pas compte que cela représente un travail énorme de trouver les images, de les agencer, d’établir des liens entre elles. Parfois, on sélectionne une phrase sur trente minutes de rushs visionnés. Ce sont des heures et des heures de boulot. » Il enchaîne : « Même mes parents pensaient que je prenais le travail à 16h, qu’une équipe de 12.000 mecs faisaient tout pour moi et que je me contentais d’arriver et de dire ce que l’on me disait de dire. »

Papa et maman Carbonnier imaginaient un autre cursus professionnel pour leur fils. Parce qu’il est issu d’une famille d’avocats et de juristes, il cède un temps aux sirènes de l’atavisme et s’inscrit en fac de droit. Il déteste. « Dès que j’ai eu ma licence, j’ai décidé de me barrer. Je me disais que j’allais avoir une vie terrible et puis j’étais nul surtout », se marre-t-il. Il tente alors sa chance aux concours d’écoles de journalisme, est pris à l’Institut français de presse et les années suivantes confirment qu’il a eu le nez creux en se réorientant.

« Sourire de cartoon »

Une fois diplômé, il enchaîne les stages dans « des petits magazines », rédige des fiches pour des émissions de France télé, dont C à vous, et, en 2011, rejoint la famille du Petit journal sur Canal+. « A l’époque, ça durait sept minutes, essentiellement consacrées à la politique. Je regardais les pools de Sarkozy, Hollande, les directs de l’Assemblée nationale… », se remémore-t-il.

Puis l’émission a vu son temps d’antenne augmenter, il a alors proposé de la garnir d’un peu de sport, dont il est passionné. En quittant la chaîne cryptée pour TMC, l’équipe de Yann Barthès a créé Quotidien. « On est passé de 40 minutes à 1h30 chaque soir. Alors on s’est dit qu’on allait faire du sport tous les jours, retrace le journaliste. On a élargi la thématique dans son sens le plus large possible : à partir du moment où des mecs s’entraînent et font une compétition, pour nous c’est du sport. C’est parti dans tous les sens, on s’est retrouvé à des concours de mangeurs de tartes en Belgique. »

Etienne Carbonnier dit n’avoir « jamais vraiment voulu faire d’antenne ». Il confie être « gêné » par « les gens qui "jouent à la télé", c’est-à-dire ces personnes qui disent des phrases ou ont des intonations qu’ils n’auraient jamais dans la vie. » Pas question de troquer son « sourire de cartoon », selon l’expression de son collègue Azzedine Ahmed-Chaouch, pour un sourire Colgate. A son soulagement, il n’a été obligé à rien. « Dès le début, Yann [Barthès] m’a dit : "On s’en fout, fais ton truc, c’est pas grave si tu n’as pas les codes". »

« L’ami bienveillant »

Cette nouvelle exposition télévisée implique une notoriété qu’il redoutait. « Il est arrivé que des mecs bourrés que je croisais dans des bars me disent ce que je devrais faire ou ne pas faire dans l’émission, ce que je devrais changer ou faire autrement », glisse-t-il, en s’empressant de souligner que, « dans 99 % des cas, les gens sont super gentils » avec lui.

Il en faut beaucoup pour énerver Etienne Carbonnier. Ce qui le fait bouillir, c’est « la méchanceté gratuite, les gens vraiment stupides pour lesquels tu ne comprends pas ce qui leur passe par la tête, comme ceux qui se filment en train de maltraiter des animaux ». La plupart du temps, il est « assez ouvert aux autres, plutôt de bonne humeur et rarement bougon dans [son] coin. »

Azzedine Ahmed-Chaouch avec qui il s’est lié d’amitié grâce à leur amour commun du foot  et en dépit de la rivalité entre l’OM et le PSG, leurs clubs de cœur, le définirait comme « l’ami bienveillant que tu as envie de voir même quand tu es down. »

« Canap 95 », divertissante et édifiante

Cette année-là, Jacques Chirac mangeait des pommes avant de devenir président, Jacques Pradel en faisait des caisses sur la pseudo-autopsie de Roswell et Etienne Carbonnier jouait aux Pogs dans sa cour de récré parisienne… Comme son titre l’indique, Canap 95 retrace les moments historiques ou anecdotiques de l’année 1995. A grand renfort d’images d’archives, l’émission replonge le public dans ces souvenirs. Un trip nostalgique ? Pas forcément lorsque l’on revoit les vannes racistes essuyées par Pépita dans Pyramides, l’homophobie ordinaire distillée en prime time dans Les grosses têtes de Philippe Bouvard et le sexisme décomplexé et alcoolisé beuglé en pleine cérémonie des 7 d’or. Canap 95 est aussi divertissante qu’édifiante.