« La doc et le véto » : « L’exercice de la médecine de campagne est très compliqué aujourd’hui », remarque Michel Cymes

INTERVIEW Le médecin et animateur joue dans la fiction « La doc et le véto » ce mardi sur France 3 et présente « Antidote » tous les dimanches sur France 2

Propos recueillis par Clément Rodriguez
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Michel Cymes endosse le rôle de vétérinaire pour la première fois sur France 3
Michel Cymes endosse le rôle de vétérinaire pour la première fois sur France 3 — ©Nathalie GUYON/FTV
  • Michel Cymes est sur tous les fronts chez France Télévisions. Depuis trois semaines, il anime Antidote, un talk-show diffusé chaque dimanche sur France 2.
  • Mardi soir, il apparaît au côté de Dounia Coesens dans La doc et le véto, une fiction dans laquelle il tient le rôle d’un vétérinaire.
  • « Cette fiction m’a fait rentrer dans ce que vivent les territoires ruraux avec l’absence de médecin et un vétérinaire qui est souvent le premier interlocuteur santé des gens », explique-t-il à 20 Minutes​.

Il enfile pour la première fois une blouse de vétérinaire. Mardi soir, Michel Cymes ne sera pas sur un plateau de télévision ou en consultation mais dans un village auvergnat pour La doc et le véto, un téléfilm proposé par France 3. L’animateur retourne donc à la fiction trois ans après Meurtres en pays d’Oléron.

Et si le public est au rendez-vous, cet unitaire pourrait bien devenir une série mettant en lumière la préoccupante situation des déserts médicaux en France. Michel Cymes raconte à 20 Minutes sa deuxième expérience de comédien et donne ses premiers retours sur Antidote, sa nouvelle émission diffusée chaque dimanche à 17h40 sur France 2.

Michel Cymes vétérinaire, ça aurait pu être le rôle de votre vie en dehors des écrans ?

Quand j’étais gamin, je voulais être véto. Ce qui est assez drôle, c’est que des amis de mes parents m’ont dit que c’était très compliqué, que c’était un concours terrible, avec des études très longues, et qu’il valait mieux que je fasse médecine. Je ne sais pas ce que sont les études de véto, mais si c’est plus compliqué que la médecine, ça doit être très très dur.

L’une des volontés de cette fiction, c’est de dépeindre la situation des déserts médicaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles vous avez accepté d’y participer ?

J’ai accepté pour plusieurs raisons. D’abord, de façon assez égoïste, parce que j’avais envie de recommencer l’expérience que j’avais eue avec Meurtres en pays d’Oléron. Je me suis assis sur mes réticences qui étaient de me dire que les gens me connaissent comme médecin, comme présentateur… Est-ce que je vais être crédible et est-ce que les gens qui viennent voir une fiction et qui voient un présentateur ne vont pas se dire « mais qu’est-ce qu’il fout là ? ». Le succès de Meurtres m’a rassuré et j’avais très envie de recommencer l’aventure. La deuxième raison, c’est que je suis un amoureux de la nature, de la campagne, et je suis bien évidemment de très près le drame du désert médical en France. Cette fiction m’a fait rentrer dans ce que vivent les territoires ruraux avec l’absence de médecin et un vétérinaire qui est souvent le premier interlocuteur santé des gens. Je m’en suis presque aperçu en tournant : comme il y a très peu de médecins, quand vous avez des éleveurs ou des agriculteurs qui vivent des drames qu’on connaît, on s’aperçoit que le vétérinaire est un peu le psychologue ou le psychiatre des agriculteurs et des éleveurs. C’est lui qui peut être le point de jonction entre les gens qui vont mal dans le milieu rural et la médecine.

Etant donné votre statut de personnalité publique, est-ce que certains de vos confrères et consœurs viennent parler avec vous de leur situation difficile dans un désert médical ?

J’ai des gens qui m’en parlent quand je vais me balader en France et que je rencontre des confrères. On me parle des difficultés, de l’isolement, du fait qu’ils n’ont pas accès facilement aux spécialistes, de cette médecine générale et de famille qui est en train de mourir. Le personnage d’Emma [la jeune docteur qui fait son arrivée dans un désert médical] est très symptomatique de ce qu’il se passe : les jeunes ne veulent plus sacrifier leur vie à leur métier, il faut être en permanence disposé et disponible pour aller chez les gens. L’exercice de la médecine de campagne est très compliqué aujourd’hui, il y a un vrai mal-être de ces médecins.

Vous avez déjà joué dans une fiction, Meurtres en pays d’Oléron. Comment avez-vous abordé ce deuxième tournage ?

Ça a été plus facile pour deux raisons. La première, c’est que je me suis détendu. Meurtres en pays d’Oléron, c’était un défi terrible pour moi de jouer la comédie, je ne savais pas si j’en étais capable. Là, je suis arrivé beaucoup plus décontracté sur le tournage, je suis venu avec la même humilité que sur le premier, en disant à ceux qui tournaient avec moi « apprenez-moi, dites-moi ce qui ne va pas ». J’ai beaucoup plus apprécié ce tournage parce que j’étais moins concentré sur le texte. Après, j’ai été extrêmement aidé par tout le monde dont ma partenaire Dounia [Coesens].

Ça devait être un tournage plus sportif… Vous intervenez pour un agnelage et vous ne faites pas semblant !

Je rentre le bras presque jusqu’au coude dans la brebis pour l’accoucher, c’est un vrai agnelage. J’avais l’éleveur qui était hors-champ qui me donnait des consignes de temps en temps parce qu’il y avait une patte coincée que je n’arrivais pas à sortir. J’en ai fait des accouchements humains mais je n’ai jamais eu autant à me servir de ma force physique pour sortir un agneau. On ne s’est pas mis à répéter la scène, il a fallu faire très vite, presque dans l’impro, et c’est ce qui donne cette image réelle. C’est presque un docu et c’était très émouvant. Pour la petite histoire, j’ai acheté cet agneau qui s’appelle Le Goulu, qui devient un beau mouton et va vivre tranquillement sa petite vie.

Votre autre actualité, c’est le lancement d’Antidote sur France 2. Êtes-vous satisfait des premiers retours ?

Je suis rarement satisfait de ce que je fais en matière de télé. Là, je suis satisfait pour certaines choses et beaucoup moins pour d’autres. La satisfaction vient du fait que c’est une émission originale dans laquelle on donne des infos santé insolites et qu’on surprend. Ce qui va moins bien, c’est que c’est une émission de bande dans laquelle on ne peut pas être en bande parce que le Covid nous empêche d’être tous ensemble sur le plateau. Or, une émission de bande à deux, c’est un peu compliqué pour créer une ambiance.

Deux youtubeurs, Major Mouvement et Fabien Olicard, font partie des chroniqueurs. Les connaissiez-vous avant et pourquoi avoir fait ce choix de casting ?

Le choix de casting a été fait bien évidemment d’abord sur les compétences mais on a tenu compte aussi des communautés. Il faut être très lucide et très transparent aujourd’hui. La télé, les jeunes s’en éloignent et on veut aussi espérer les toucher. Major Mouvement fait partie de la team Dr Good sur le numérique et ça fait des mois et des mois que j’avais dit à Major qu’on ferait quelque chose. Fabien, je l’avais rencontré dans Les pouvoirs extraordinaires du corps humain et c’est quelqu’un qui m’avait beaucoup plu parce qu’il connaissait très bien le cerveau. Après, oui, ces deux-là ont une grosse communauté et ça nous intéressait aussi. C’est un relais de communication essentiel, leur communauté va venir nous voir et il faut aussi se moderniser et sortir des chroniqueurs qui ne font que de la télé.

C’est encore un autre type d’exercice pour vous, parce qu’on ne peut pas dire que ce soit vraiment une émission médicale…

Ce n’est pas une émission médicale mais ça reste une émission de santé. Moi j’avais envie aussi de sortir des émissions médicales pures. C’est très compliqué de parler santé à la télé aujourd’hui, les gens sont saturés. On l’a vu avec l’échec de Prenez soin de vous, c’est très compliqué de les intéresser alors que ça fait un an qu’on leur parle de virus. Nous, on a voulu dire que la santé est parfois aussi un peu légère, elle nous apprend des choses sur le corps humain. Venez voir, on va vous expliquer des choses étonnantes, on va vous donner des infos que vous pourrez ressortir au dîner et qui feront marrer tout le monde. Ça reste de l’info santé mais c’est plutôt du scientainment que du médical.