« Il y a beaucoup de bêtises dites sur la transidentité », déplore le journaliste Martin Weill

INTERVIEW Le journaliste évoque pour « 20 Minutes » son reportage sur « la révolution du genre » diffusé mardi à 21h15 sur TMC

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Martin Weill, journaliste de TMC.
Martin Weill, journaliste de TMC. — CHRISTOPHE CHEVALIN-TF1
  • La révolution du genre est diffusé mardi à 21h15 sur TMC.
  • Le documentaire évoque la transidentité et s’ouvre, dans sa deuxième partie, aux stéréotypes liés aux genres.
  • « Dédramatiser les choses est la meilleure manière de faire avancer le débat », avance le journaliste Martin Weill à 20 Minutes.

Ces derniers mois, le sujet de la transidentité et, plus largement, des questions liées aux genres, inspire de nombreux reportages. En janvier, Zone interdite, le magazine de M6, consacrait un numéro à la non binarité. Jeudi, Envoyé spécial sur France 2 suivait les parcours d’une enfant et d’un ado trans. Prochainement, France 5 programmera le documentaire « Transidentité, le combat pour être soi ». Ce mardi, c’est au tour de TMC de s’intéresser en prime time à « la révolution du genre » avec Martin Weill.

Le documentaire s’articule autour des témoignages de personnes trans, parmi lesquelles Marie Cau, maire d'un village des Hauts-de-France, la petite Lilie, 8 ans, ou l’humoriste, comédien et réalisateur Océan. Il s’ouvre ensuite à la thématique des stéréotypes accolés aux genres et à leurs conséquences. Bilal Hassani et Kiddy Smile évoquent ainsi la manière dont ils jouent avec les codes du masculin et du féminin. « On voulait proposer une émission humaine, dans laquelle on s’intéresse à des personnes et aussi à ce que ça dit de nous », explique Martin Weill à 20 Minutes. Interview.

Pourquoi avez-vous choisi de consacrer une soirée à « la révolution du genre » ?

On réfléchit dessus depuis un moment. C’était important de parler de la transidentité mais aussi du genre. C’est un phénomène de société, les choses bougent – enfin ! – sur le sujet. Car le genre structure énormément de choses dans la société, les rapports que l’on a les uns avec les autres.

Avez-vous porté une attention particulière au fait d’éviter les maladresses et d’aborder les intervenants respectueusement. Par exemple, vous ne citez pas les « dead names », c’est-à-dire les anciens prénoms des personnes trans interviewées…

On a fait particulièrement attention aux mots choisis, à la manière d’évoquer les choses. J’espère qu’il n’y a pas de maladresses. Le « dead-name » ou les pronoms peuvent paraître accessoires mais ça ne l’est pas du tout car c’est la façon dont une personne se définit elle-même. Il faut respecter cela. Ramener quelqu’un à son ancien prénom, c’est le ramener à son ancienne identité. Quand on sait que certains parcours sont parfois compliqués, quand on sait la transphobie qui existe dans la société et les réactions violentes que les personnes trans peuvent se prendre dans la gueule – pardonnez-moi l’expression – il est très important de respecter la manière dont une personne se définit, c’est son droit.

Tous les journalistes n’ont pas forcément conscience de ce que vous dites là…

Je pense que, notamment sur ces sujets-là, il faut que, nous journalistes, essayions d’éviter au maximum les maladresses. Il y en a peut-être dans le doc, malgré nous, mais on a vraiment essayé d’être le plus respectueux possible. Ce n’est pas quelque chose de dingue non plus. C’est normal et ça ne demande pas un grand effort d’appeler quelqu’un par le prénom qu’il souhaite. On a aussi beaucoup discuté avec pas mal de gens dont Océan, qui nous a alertés sur certaines choses, certains écueils à éviter. On voulait proposer une émission humaine, dans laquelle on s’intéresse à des personnes et aussi à ce que ça dit de nous.

Ce que cela dit de nous… C’est-à-dire ?

Quand on commence à s’intéresser au genre, on se rend assez vite compte que la part de ce qu’on estime être de l’inné ou de l’acquis est complètement remise en cause. Le genre est une construction sociale, c’est-à-dire que l’on assigne à un sexe un certain nombre de qualités, de façons de se comporter, de tempéraments qui, même inconsciemment, finissent par structurer notre identité.

Vous-même avez-vous procédé à cette remise en question lors du tournage ?

Lors de l’interview, Océan m’a fait remarquer, de manière extrêmement bienveillante, que je performe le genre masculin. Et c’est vrai : je porte des chemises bleues, j’ai une façon de m’habiller qui est très garçon. Mais ce n’est pas quelque chose de conscient, c’est quelque chose qui a été intégré. Pourquoi est-ce important de parler de l’habit ? Parce que ce sont des marqueurs d’un phénomène plus profond. C’est dans nos attitudes, dans la façon dont on se perçoit. L’homme doit être courageux, fort, et exprimer peu ses émotions. Au contraire, la femme est censée être douce, calme, réservée. Quand on s’intéresse à ces notions qu’on a accolées à un genre, on se rend compte que c’est un système de domination car un genre prime sur l’autre. Ces repères-là ne sont pas bons. Ils sont néfastes pour l’ensemble de la société. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas de genres, mais qu’il faut peut-être décloisonner, rendre les choses moins binaires, moins sclérosées. Ce sont des évolutions intéressantes.

Tout le monde n’est pas de cet avis. Comment convaincriez-vous de regarder votre reportage celles et ceux qui estiment que remettre en question les genres est une dérive ?

Les personnes qui refusent de voir le changement ou qui veulent s’en détourner, c’est une chose. Moi, mon rôle de journaliste est de documenter ce qui se passe dans la société. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes se posent ces questions-là. Les personnes interviewées nous disent que les personnes hostiles à la transidentité sont proches de certains milieux, catholiques, militants. Ce qui dérange des gens aujourd’hui, je pense, c’est qu’on se rend compte que la transidentité existe chez les enfants. C’est quelque chose qui a été négligé. Marie Cau explique qu’avant on mettait une paire de claques aux enfants et qu’ils rentraient dans le rang. Aujourd’hui, leur parole se libère, il y a une autre façon de les écouter et ça, ça fait peur à certaines personnes. Il y a beaucoup de bêtises qui sont dites là-dessus. Le psychiatre Serge Hefez a un discours rassurant. Dédramatiser les choses est la meilleure manière de faire avancer le débat.