Elsa Marpeau, la plume derrière « Capitaine Marleau » et « Alexandra Ehle »

PORTRAIT Romancière et scénariste, Elsa Marpeau est la femme qui a fait naître deux personnages stars de France 3 : Capitaine Marleau et Alexandra Ehle

Clément Rodriguez

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Elsa Marpeau, romancière, scénariste et créatrice de séries à succès
Elsa Marpeau, romancière, scénariste et créatrice de séries à succès — Francesca Mantovani/Gallimard
  • France 3 diffuse ce mardi un nouvel épisode inédit d’Alexandra Ehle.
  • Derrière les traits de ce personnage haut en couleur se cache Elsa Marpeau, également créatrice de Capitaine Marleau.
  • « On montre souvent les hommes dans leurs fonctions sans avoir à justifier si ce sont de mauvais pères. Les femmes, elles, doivent jongler. J’ai pris l’option de ne pas avoir à le justifier », explique-t-elle à 20 Minutes​.

Si l’on jouait au jeu des sept ressemblances entre Capitaine Marleau et Alexandra Ehle, on pourrait facilement dire que ce sont deux séries diffusées sur France 3 et que ce sont deux personnages avec un petit côté libertaire. Et si l’on fouillait davantage, on se rendrait vite compte que derrière la plume qui les a créées se cache la même femme. Elsa Marpeau, romancière et scénariste, est celle qui a donné vie à ces deux forces de caractères, porteuses d’excellentes audiences à chaque diffusion sur le service public.

A l’origine de ces deux personnages se trouve l’envie de ne pas définir les femmes des séries policières par les allées et venues entre leur carrière et de leur vie de famille. « Elles ne sont définies ni par leur rapport avec un homme, ni avec des enfants parce qu’elles n’en ont pas ni l’une ni l’autre, relate Elsa Marpeau à 20 Minutes. On montre souvent les hommes dans leurs fonctions sans avoir à justifier si ce sont de mauvais pères. Les femmes, elles, doivent jongler. J’ai pris l’option de ne pas avoir à le justifier. »

Un travail individuel et collectif à la fois

Lorsqu’elle crée ses personnages, Elsa Marpeau travaille seule. Au fil des étapes, elle s’entoure de celles et ceux qui vont s’emparer petit à petit de son univers, comme les producteurs ou les réalisateurs. « On perd complètement notre travail solitaire quand on remet le scénario au réalisateur. Il en fait quelque chose d’autre, il le transforme, ça fait partie du travail dans l’audiovisuel », confie-t-elle.

Confier son bébé à quelqu’un d’autre en vue d’une transposition à l’écran, ce n’est pas forcément une crainte pour la romancière, mais plutôt quelque chose d’excitant. C’est l’occasion pour elle de voir ses personnages prendre vie et même de les adapter en fonction de leur interprète. Si les choix de Corinne Masiero pour Capitaine Marleau et Julie Depardieu pour Alexandra Ehle étaient tous les deux pour elle une évidence, Elsa Marpeau a modifié l'esprit et l'attitude de la médecin légiste pour s'harmoniser au caractère de son interprète. « Au départ, le personnage était très froid et manquait d’empathie, ça ne collait plus à Julie Depardieu. J’ai écrit un personnage qui est devenu au contraire complètement empathique », note la créatrice.

Deux façons d’écrire, un même univers

Que ce soit dans ses romans ou à la télévision, Elsa Marpeau s’illustre dans le polar et le thriller, un genre qui lui laisse une grande liberté de ton et lui permet de maintenir le public en haleine. « C’est quelque chose qui permet d’explorer beaucoup plus d’univers, de questions, on peut aborder des problèmes réels », indique-t-elle. La preuve avec Alexandra Ehle, dont l’épisode diffusé ce mardi traite de la peste, et le prochain de la foi et du miracle. « C’est un épisode que je n’aurais pas pu écrire en comédie ou en drame », argumente-t-elle.

Grâce à la littérature, Elsa Marpeau se permet une exploration plus profonde de la perversion avec un côté plus transgressif puisque le roman permet de rentrer davantage dans la psychologie des personnages « qui ont un côté beaucoup plus noir et plus âpre que dans les scénarios. » Le script, lui, tire son efficacité « d’une écriture assez technique avec des contraintes financières alors que dans le roman, c’est totalement infini ». Ce qu’apprécie par-dessus tout la scénariste dans son travail pour le petit écran, c’est la redécouverte. « Quand il est joué, on peut avoir des surprises, bonnes ou mauvaises. Il y a un côté Kinder surprise », plaisante-t-elle.

Aujourd’hui encore, Elsa Marpeau continue de travailler ses livres et ses fictions de façon parallèle. Une adaptation de L’Île aux trente cercueils de Maurice Leblanc sera bientôt tournée et un nouveau roman sortira en librairies en septembre prochain.