Mort de Georges Pernoud : « Thalassa », l’émission-phare de la mer à la télévision

TELEVISION Georges Pernoud, décédé ce dimanche, restera à jamais comme le créateur d’une des émissions à la plus grande longévité du paysage audiovisuel français

Fabien Randanne, avec AFP

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Georges Pernoud en 2004, devant la péniche-studio Thalassa amarée quai de Javel (Paris 15e).
Georges Pernoud en 2004, devant la péniche-studio Thalassa amarée quai de Javel (Paris 15e). — PIERRE VERDY / AFP
  • Le journaliste Georges Pernoud est décédé ce dimanche à l’âge de 73 ans.
  • En 1975, sur FR3 (ex-France 3), il a lancé l’émission Thalassa qu’il a présentée jusqu’en 2017.
  • Thalassa, « le magazine de la mer », a sensibilisé des générations de téléspectateurs et téléspectatrices aux questions environnementales.

Les traits s’esquissent en blanc sur fond bleu. Le poisson se transforme en voilier. Le voilier se mue en coquillage. Le coquillage devient rose des vents. La rose des vents se change en crabe. Le crabe prend la forme d’un casque de scaphandrier. Ces métamorphoses bercées par la musique de Guy Pedersen font partie de la mémoire collective de la télévision française.

Ce générique de Thalassa, mis à jour au fil des années, a marqué des générations de téléspectateurs et téléspectatrices. Il est quasiment aussi indissociable du « magazine de la mer » que Georges Pernoud, son créateur, décédé ce dimanche à 73 ans, qui l’a animé le temps de 1.704 numéros sur France 3.

Lorsque ce dernier a quitté les commandes de l’émission, en 2017, elle a peu à peu perdu de son aura, malgré l’implication de Fanny Agostini qui lui a succédé un temps. Depuis février 2020, Thalassa a été remisée à une case discrète de la grille des programmes de la troisième chaîne, le dimanche après-midi, sans aucun présentateur. Si l’adage veut que « Personne n’est irremplaçable », il semblerait bien qu’il ne soit pas pertinent dans ce cas.

Une passion née d’une course à la voile

Paradoxalement, Georges Pernoud n’était pas destiné à être l’animateur au pied marin qu’il est devenu aux yeux du public. Au début, son truc à lui, c’était la montagne. Mais comme le chantera Renaud en 1983, « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ». L’histoire ne dit pas si c’était un mardi, mais Georges Pernoud, qui travaillait comme cameraman depuis 1968, a vécu son épiphanie en couvrant, en 1973, la Whitebread Round The World, une course à la voile autour du monde – aujourd’hui appelée The Ocean Race.

Deux ans plus tard, alors rédacteur en chef adjoint chargé de l’image de la chaîne FR3, qui vient d’être créée, il propose un concept de magazine sur la mer. Projet validé. Il doit à son père helléniste le nom du programme : « Thalassa » signifie « mer », « océan » en grec ancien.

Le premier numéro de ce qui deviendra l’une des émissions à la plus grande longévité du paysage audiovisuel français est diffusé le 27 septembre 1975. Il dure une demi-heure et Georges Pernoud n’intervient qu’en voix off. Ce n’est que le 4 janvier 1980 qu’il apparaîtra à l’écran. D’abord mensuelle, Thalassa devient hebdomadaire en 1989 en même temps qu’elle est mise à l’honneur en prime time. Elle trouve alors son rythme de croisière, avec un succès constant, recevant deux prix Albert-Londres, tandis que, entre-temps, FR3 devient France 3.

« Bouche-trou ».

Au tournant des années 2000, l’émission s’installe dans une péniche amarrée sur la Seine, non loin du siège de France Télévisions. En 2004, elle se lance dans un tour de France en goélette, accostant chaque semaine dans un port différent. Le déclin s’amorcera au début des années 2010. Thalassa n’est plus diffusé que trois vendredis sur quatre dès 2011, puis une seule fois par mois dès 2016.

En coulisse, les tensions s’intensifient. « Usure, perte de sens, déresponsabilisation des journalistes : la rédaction est épuisée, déboussolée, désœuvrée. Elle est passée en phase "Bore out" (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui) avec organisation d’un chômage technique qui ne dit pas son nom », s'alarmait il y a sept ans le SNJ (Syndicat national des journalistes) de France Télévisions. A l’époque, Julien Lepers venait d’être écarté de Questions pour un champion et 30 Millions d’amis d’être supprimé de l’antenne. Les équipes de Thalassa redoutaient d’être les prochaines sur la liste.

Ce ne fut pas complètement le cas, mais Georges Pernoud a quitté le navire, au sens propre comme au figuré, lassé de subir les changements de programmation et estimant que Thalassa était devenue « un bouche-trou ». Il a présenté un ultime numéro, le 30 juin 2017, en direct de Saint-Malo.

Quelques mois plus tôt, en avril, la chaîne annonçait son départ «à la retraite» dans un communiqué après avoir salué « le professionnalisme et l’enthousiasme de Georges Pernoud qui, pendant plus de quarante ans a mené avec la rédaction de Thalassa des reportages et des enquêtes de qualité sur le monde de la mer et ceux qui en vivent ». Qu’il s’agisse de montrer l’activité des pêcheurs, d’embarquer sur la Route du Rhum ou d’évoquer les sauvetages de migrants, l’émission a abordé « tous les domaines sur fond bleu », aimait à dire l’animateur.

Conscience écologique

Ce lundi, les personnalités politiques de tous bords ont réagi à l’annonce du décès de Georges Pernoud. Plusieurs font référence à la dimension environnementale de Thalassa. « Pendant quarante ans, Georges Pernoud a beaucoup contribué à la prise de conscience écologique », déclarait Eric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, tandis qu’Emmanuel Macron tweetait : « A notre génération, aujourd’hui, de protéger cette nature qu’il nous a appris à connaître. »

Georges Pernoud avait aussi retenu une autre philosophie de son expérience au large. « La mer, c’est un autre monde où les seules choses qui comptent, c’est de flotter et avancer, avait-il déclaré à l’AFP. Un monde où des choses absurdes deviennent très importantes, où le jour dure 24 heures. » Une école du pragmatisme et du Carpe Diem où il convient de se souhaiter le meilleur, en disant, comme il aimait à le faire pour prendre congé des téléspectateurs et téléspectatrices : « Bon vent ! »