« Opération renaissance » : M6 lance son émission « très ambitieuse » sur l’obésité non sans controverse

REPORTAGE Lundi soir, M6 lance un nouveau programme produit par Karine Le Marchand qui suit des personnes en situation d'obésité pendant trois ans

Fabien Randanne

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Stacy, l'une des témoins d'Opération renaissance, lors de son interview avec Karine Le Marchand.
Stacy, l'une des témoins d'Opération renaissance, lors de son interview avec Karine Le Marchand. — Camille HOBAKET / M6
  • Lundi à 21h05, M6 diffuse le premier épisode d’Opération Renaissance, dont le tournage a duré trois ans.
  • L’émission, produite et présentée par Karine Le Marchand, suit des personnes en situation d’obésité ayant recours à la chirurgie bariatrique.
  • « Je pense qu’on a pu mettre le doigt sur ce qui ne fonctionnait pas et n’était pas mis en place dans le système français », affirme Karine Le Marchand. Cependant, des individus et associations, s’indignent, à l’instar du collectif Gras politique : « Nous rappelons que l’amaigrissement est un processus complexe, et que l’industrie des régimes empoche des milliards d’euros chaque année dans le monde sans réussir à faire perdre durablement du poids à ses consommateurs·trices. »

Trois ans de tournage et un an de montage. C’est le temps qu’il a fallu à M6 pour tourner Opération Renaissance lancé lundi, à 21h05. Le public découvrira chaque semaine le parcours de deux personnes en situation d’obésité morbide subissant des opérations chirurgicales (pose d’anneau gastrique, By-pass ou sleeve) et voyant leur morphologie considérablement changer. Certaines ont perdu jusqu’à 70 kg.

Guillaume Charles, le directeur général des programmes de la chaîne, parle d’un concept « très ambitieux » visant à « suivre au long cours une aventure humaine, psychologique, physique, avec beaucoup d’émotion. »

Le projet est porté par Karine Le Marchand qui en a eu l’idée en 2015. L’animatrice, qui apparaît régulièrement à l’écran, parfois même dans les blocs lorsque les opérations sont en cours, avance que « le facteur temps était fondamental pour être dans la réalité et non pas dans la téléréalité ».

« Faire quelque chose de durable »

Celle qui est aussi productrice du programme insiste pour se démarquer de The Biggest Loser. « Dans cette émission américaine, 75 % des personnes reprennent leur poids dans les cinq ans parce qu’après les avoir soumises à des choses drastiques, on les remet dans leur vie habituelle sans jamais traiter l’origine de l’obésité et les conséquences de la perte de poids. Je voulais faire quelque chose de différent, de durable », affirme-t-elle.

Karine Le Marchand a toqué aux portes des professionnels de santé pour constituer une équipe de spécialistes prêts à accompagner les « témoins ». Elle a obtenu l’aval des différentes autorités et précise que toutes les personnes suivies dans Opération renaissance ont été sélectionnées alors qu’elles étaient déjà engagées dans un parcours de chirurgie bariatrique. « On leur a proposé un protocole et de les accompagner pendant plus de deux ans, en rebondissant à chaque fois qu’il y avait un truc qui coinçait. On se réunissait, on les appelait, on les prenait en charge. Je pense qu’on a pu mettre le doigt sur ce qui ne fonctionnait pas et n’était pas mis en place dans le système français », avance l’animatrice et productrice.

Controverse

L’émission arrive sur M6 non sans susciter la controverse. Lors de son tournage, elle avait provoqué les inquiétudes de militantes féministes, comme le relevaient, il y a trois ans, nos confrères de Buzzfeed. Vendredi, le collectif Gras Politique listait sur son blog hébergé par Mediapart, ses motifs d’indignation. « Les personnes obèses sont considérées comme mortes-vivantes tant qu’elles ne réussissent pas à maigrir. Il faut l’intervention magique de la télévision et de sa charismatique prophétesse pour les sauver », déplore le texte.

« Gras Politique n’est pas opposé à la chirurgie bariatrique. (…) Il ne s’agit donc pas pour nous de condamner les chirurgies ou les chirurgien·ne·s, ou celles et ceux qui y sont candidat·e·s. Nous rappelons que l’amaigrissement est un processus complexe, et que l’industrie des régimes empoche des milliards d’euros chaque année dans le monde sans réussir à faire perdre durablement du poids à ses consommateurs·trices », ajoute le collectif qui craint aussi que l’émission ne renforce la grossophobie. 

« C’est une partie de la population qui est invisible »

Karine Le Marchand, elle, insiste sur son empathie avec les personnes concernées. « Sans faire de la psychologie de comptoir, je suis une ancienne anorexique et je dois garder une relation un peu particulière à la nourriture, à l’apparence de soi, à la dysmorphophobie », explique-t-elle. Et de s’empresser d’ajouter : « Mais ce n’est pas que ça : tout m’intéresse et j’adore comprendre. Huit millions d’obèses [en France], ce n’est pas rien. Vous en voyez où à la télévision ? C’est une partie de la population qui est invisible. »

L’animatrice s’alarme ensuite de la grossophobie – ce sujet est cependant portion congrue dans l’épisode que 20 Minutes a pu visionner – : « Ils ont tous subi des insultes et souffrent tous du regard des autres. Aujourd’hui, on ne sanctionne jamais quelqu’un qui a insulté quelqu’un parce qu’il était obèse. Je ne crois pas que ce soit normal. » Le ministère de la Santé aurait eu un aperçu de l’émission. « Il nous a donné un satisfecit en voyant le résultat et j’en suis très fière », se félicite Karine Le Marchand.