« Bullit et Riper » sur MyCanal : « Avec ce nouveau format audio, on a pu lâcher les vannes », raconte Olivier Baroux

INTERVIEW Kad Merad et Olivier Baroux ont eu l'idée de ce vrai faux « Pamela Rose » il y a deux mois, et il est déjà là, à minuit sur MyCanal, comme un vrai Kad et O de Noël (ah ah vous l'avez?)

Propos recueillis par Vincent Julé

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Kewaaa? Un « Pamela Rose 3 » qui ne dit pas son nom ? Oui, c'est le film audio «Bullit et Riper» sur Canal+
Kewaaa? Un « Pamela Rose 3 » qui ne dit pas son nom ? Oui, c'est le film audio «Bullit et Riper» sur Canal+ — Fifou / Canal+
  • Près de 20 ans après Qui a tué Pamela Rose ?, et 10 après sa suite, les agents du FBI Richard Bullit et Douglas Riper sont de retour pour un vrai faux troisième film.
  • Kad et O ont pensé ce film au format audio pour MyCanal et pour Noël.
  • Oliver Barroux revient sur ce projet unique, et ce besoin - et plaisir - de naviguer entre la comédie populaire et l'humour absurde de leurs débuts.

Les enfants sages n’ont pas dû le mettre sur leur liste de Noël, mais les sales gosses des années 1990 et 2000 en rêvent secrètement depuis longtemps. Il faut dire que dix ans après Qui a tué Pamela rose ?, ils avaient eu le droit à un Qui a re-tué Pamela Rose ? (quel titre), alors pourquoi pas un troisième film ? En effet, si Kad Merad et Olivier Baroux règnent sur la comédie populaire et le box-office français (Les Ch’tis, Les Tuche), les fans n’oublient pas d’où ils viennent, de cet humour absurde, de niche, qui a participé au fameux « esprit Canal », avec également Eric & Ramzy ou les Robins des bois.

Eux non plus n’ont pas oublié. C’est naturellement vers Canal+ que le duo s’est tourné pour un Pamela Rose 3 qui ne dit pas son nom. En effet, Bullit et Riper est « un film qui se regarde avec les oreilles », un podcast de 90 minutes (ou 6x15 minutes), disponible sur MyCanal à minuit dans la nuit du 24 décembre. Olivier Baroux revient pour 20 Minutes sur ce projet express, réalisé en deux mois, pile poil pour sauver 2020.

Aux dernières nouvelles, la suite des aventures des agents Bullit et Riper devait être « Pamela Rose 3 », un film tourné en direct et diffusé sur Canal+.

Le projet est toujours en cours, mais il y a des problèmes de faisabilité, on n’arrive pas à réunir le budget nécessaire pour une telle opération. Les décors sont dessinés, tout est prêt, mais on cherche des solutions de production acceptables pour un one-shot à la télévision. En gros, ça coûte trop cher. On veut toujours le faire avec Canal, mais pas tout de suite.

Vous avez donc repris le scénario pour en faire un film audio ?

Non, c’est une histoire inédite. Nos deux héros sont au bout au rouleau, au bout du scotch, un peu comme tout le monde en ce moment. Leur capitaine les envoie en cure dans un centre de réadaptation du FBI dans le Colorado, où ils vont bientôt être rattrapés par une affaire morbide, la mort du fils du gouverneur. On parle – et se moque – beaucoup de l’Amérique, des Américains, de Donald Trump aussi car nous sommes en 2018, avec des Bullit et Riper complotistes, platistes… Un bon délire, avec plein de personnages.

Comment vous est venue cette drôle d’idée de « film qui se regarde avec les oreilles » ?

Avec la fermeture des cinémas et des théâtres, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. Kad m’a appelé pour savoir ce que je faisais. Je terminais Les Tuche 4, lui répétait pour une pièce. Et il y avait toujours l’idée d’un Pamela Rose 3. J’ai proposé d’en faire un film audio, un podcast, dans des conditions professionnelles, avec un grand studio, des gens du cinéma, en fait l’équipe son des Tuche, un bruiteur professionnel, 15 comédiens… Mais sans image. C’était à la fois une récréation pour nous, et un cadeau pour les gens qui ne peuvent plus aller dans les salles. Canal a dit OK en moins d’une heure, et on est partis, avec notre coauteur Julien Rappeneau, sur quatre semaines d’écriture intensive. C’était il y a deux mois, tout est allé très vite. Mais on en avait très envie.

Comment avez-vous adapté votre écriture et humour à ce nouveau format, vous avez dû vous limiter ou au contraire vous avez pu vous lâcher ?

Il a fallu verbaliser tout ce qu’on pouvait imaginer visuellement, par exemple des décors qui soient audibles, identifiables en deux secondes. Même si nous jouons avec une voix off. Il ne faut pas oublier que Kad et moi venons de la radio, que Pamela Rose est né sur les ondes, on a donc écrit en pensant radio. Cela s’est fait naturellement et rapidement. Et oui, bien sûr, on s’est bien lâché, avec de sacrés fous rires en studio. Il y avait des copains, mais surtout des voix. On n’a pas cherché à faire du name dropping, plutôt des gens de confiance et qui adhèrent à notre univers, à l’esprit Pamela Rose. Thomas Ngijol, Laurence Arné, Lionel Abelanski pour les plus connus, mais aussi par exemple Philippe Magnan, l’ex-président des Tuche 3, qui avait l’air d’avoir 15 ans à nouveau.

On sent chez vous ce besoin, après une comédie populaire, de revenir à un humour plus absurde, de niche, de passer des « Tuche » à « Pamela Rose ».

Il y a tellement de sortes d’humour. Quand je fais les Tuche, un film dit populaire, grand public, j’essaie d’insuffler de l’absurde par petites touches. Je pense à la scène « Tu peux perdre une carte bancaire mais pas quinze » dans le deuxième film. C’est l’idée. Mais quand on propose Bullit et Riper à Canal, et qu’ils acceptent, là, on lâche les vannes. On y va à fond, ça nous fait du bien de revenir aux origines, à ce qu’on faisait à la radio, sur Comédie, et ailleurs. Les gens savent que c’est du Pamela Rose. Après, je m’y retrouve aussi dans les Tuche, car tout est permis ou presque. Et je dois avouer que faire des films vus par des millions de gens, c’est un peu le plaisir ultime.

Est-ce que vous regardez parfois certains de vos « vieux » sketchs ? Pour le kiff ?

Non non non, je ne le fais pas. Kad non plus, je crois. Si un sketch passe par hasard à la télévision, je ne vais pas non plus zapper, cela va réveiller des souvenirs. Mais en fait, les gens nous en parlent souvent, et c’est le principal. Le Kamoulox, les Jean-Michel, les renkontres, la cassecouilleterose… C’est une manière pour nous de les revoir.