Privée de Miss France 2021 : « J’assume tout ce que je fais », clame Anaëlle Guimbi écartée de Miss Guadeloupe

INTERVIEW En août, Anaëlle Guimbi s’est retirée de l’élection de Miss Guadeloupe, à cause de photos contre le cancer du sein. Pour « 20 Minutes », elle revient sur cette expérience et le positif qui en a découlé malgré tout

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Anaëlle Guimbi, candidate malheureuse à l'élection de Miss Guadeloupe 2020, est particulièrement engagée dans la lutte contre les cancers féminins.
Anaëlle Guimbi, candidate malheureuse à l'élection de Miss Guadeloupe 2020, est particulièrement engagée dans la lutte contre les cancers féminins. — John Blow
  • 20 Minutes revient sur des parcours de candidates qui ont dû renoncer aux concours régionaux de Miss France cette année.
  • En août, Anaëlle Guimbi s’est retirée de l’élection de Miss Guadeloupe en raison de photos « contraires aux valeurs de Miss France ». Elle avait posé topless pour des clichés en faveur de la lutte contre le cancer du sein.
  • « J’étais vraiment touchée de voir le soutien dont les gens me témoignaient. Ça faisait chaud au cœur même si c’était une période assez compliquée », explique-t-elle à 20 Minutes. Cette mésaventure n’a que décidé la jeune femme à s’investir davantage dans la cause qui lui tient à cœur.

Elles seront 29, samedi soir au Puy du Fou, à concourir pour le titre de Miss France 2021. Mais, comme chaque année, il y a aussi celles qui, pour une raison ou une autre, ont été privées du concours de beauté. Les mois derniers, une poignée de prétendantes ont dû renoncer à cette aventure. 20 Minutes a recueilli les témoignages de deux d’entre elles. Jeudi, nous avons relayé le récit des mésaventures de Valentine Ketterer, infirmière au CHU de Toulouse, testée positive au Covid-19 avant l’élection de Miss Midi-Pyrénées, à laquelle elle n’a pu prendre part. Ce vendredi, c’est le retour d’expérience d’Anaëlle Guimbi que nous vous proposons de découvrir.

Pour la jeune femme de 20 ans, être Miss était un rêve de petite fille. Après avoir longtemps hésité à se lancer, elle se disait que cette année était la bonne. « A la fin de l’hiver, j’ai participé à un casting de mannequinat. Malheureusement, je n’ai pas été prise dans l’agence car j’étais trop petite. Mais ils m’ont présélectionnée pour Miss Guadeloupe. J’ai vu ça comme un signe qu’il fallait que j’y aille », confie-t-elle à 20 Minutes. Mais la belle histoire tournera court. Fin août, à quelques heures de l’élection, Anaëlle Guimbi est contrainte de quitter le concours. En cause, des photos « contraires aux valeurs de Miss France ». Des clichés pour lesquels elle avait posé topless puisqu’il s’agissait de sensibiliser au cancer du sein. Elle raconte.

Comment les choses se sont-elles passées ce fameux 21 août ?

On était en répétition. C’était le filage à la veille de l’élection de Miss Guadeloupe. On s’entraînait sur la chorégraphie. A un moment donné, on m’a appelé pour me parler à part dans une salle. Il y avait des membres du comité, la présidente du comité et un huissier de justice. Je me suis demandé ce qu’il se passait. Je ne pensais pas que ça allait être quelque chose de négatif, je n’avais aucune inquiétude. Sincèrement, je me suis dit qu’ils n’avaient jamais vu une Miss sans cheveux et qu’ils voulaient me faire essayer la couronne pour voir si ça passait (elle rit). Ils m’ont annoncé la nouvelle. Sur le coup, je n’ai pas compris. Je ne voyais pas ce qu’il y avait de mal dans cette photo qui, en plus était déjà visible sur les réseaux sociaux depuis un bon moment. Cela m’étonnait qu’ils ne l’aient pas vu avant. Il s’agissait d’une dénonciation anonyme. Ils m’ont rassuré sur le fait que ce n’était pas la cause en elle-même qui posait problème mais la forme. Ils insinuaient que ça pouvait me porter préjudice et que je ferais mieux de dire que je quitte l’aventure pour des raisons personnelles.

Ce que vous n’avez pas fait…

C’était hors de question. J’assume tout ce que je fais. Cela n’aurait pas été cohérent. Une heure avant, j’encourageais sur Instagram les gens à voter pour moi et l’heure d’après, je m’en irais pour une raison personnelle ? Ça n’avait aucun sens. Après avoir joint mes parents qui étaient de mon avis, j’ai décidé de dire la vérité.

Vous avez donc fait votre post sur Instagram. Vous attendiez-vous à ce qu’il ait un tel écho ?

Absolument pas ! Je l’ai fait à chaud, même pas trente minutes après l’annonce. Au départ, c’était pour que les gens arrêtent de dépenser leur argent en votant pour moi par SMS. Lorsque j’ai vu les réactions, j’ai été choquée. Je me demandais ce qu’il se passait, je ne m’y attendais pas. J’ai même eu un coup de stress. La nuit qui a suivi, je n’ai pas réussi à dormir. Je commençais à paniquer. Internet est un monde très cruel, tout peut se retourner en une fraction de secondes. Je n’étais pas non plus préparée à l’engouement médiatique. C’était assez anxiogène mais j’étais vraiment touchée de voir le soutien dont les gens me témoignaient. Ça faisait chaud au cœur même si c’était une période assez compliquée.

Les messages étaient globalement positifs, non ?

Oui, clairement. Dans 99 % des cas, ce n’étaient que des commentaires positifs, des messages d’encouragement. J’ai reçu beaucoup de témoignages de personnes qui étaient atteintes par le cancer ou qui ont un proche malade. Les gens me donnaient tellement d’amour que c’était impressionnant. Je n’avais qu’une envie : leur rendre la pareille. Si j’ai un regret, c’est qu’il y a tellement eu de messages que je n’ai pas encore pu répondre à tous. Aujourd’hui, je continue à répondre à ceux que j’ai reçus en août.

Plusieurs personnalités ont réagi, dont Valérie Trierweiler…

Valérie Trierweiler n’a pas fait que réagir en postant quelque chose sur les réseaux sociaux. Grâce à elle et à Christelle Gauzet, une ancienne gagnante de Koh-Lanta qui organise des raids 100 % féminins, j’ai pu participer à un raid. C’était une expérience superbe, même si je ne suis pas très sportive. C’était une belle aventure humaine que je n’aurais peut-être pas eu l’occasion de vivre sans tout ce qu’il s’est passé. Le fait que des personnalités puissent jouer un rôle comme ça dans ma vie, je trouve ça juste énorme.

Quelles autres choses positives cette expérience vous a-t-elle apporté ?

Le plus gros point positif a été au niveau associatif. Tout de suite, les Amazones [une association accompagnant les femmes touchées par le cancer] m’ont prise sous leurs ailes, on a créé de vrais liens. Aujourd’hui, je suis encore plus engagée dans cette cause et cela me conforte dans l’idée de ce que je veux faire. A l’origine, je suis maquilleuse. Je commence à m’intéresser à la socioesthétique, c’est-à-dire au fait de proposer des soins à des femmes ayant le cancer. Avec les Amazones, j’ai déjà animé un atelier en Martinique et un autre, le 16 décembre, en Guadeloupe. Par ailleurs, j’ai des propositions de collaborations avec des marques. Cela m’a beaucoup apporté sur les plans associatif, professionnel et personnel.

Sylvier Tellier vous a appelée ?

Elle a essayé de rattraper le coup comme elle pouvait. Elle m’a proposé de réintégrer l’aventure l’an prochain. Mais c’est hors de question. Cela n’aurait pas de sens : les photos sont et seront toujours là. Si j’ai été éliminée en raison de ces photos une première fois, je ne vois pas pourquoi ça changerait pour les suivantes. Ce ne serait pas non plus juste par rapport aux autres candidates. Je ne voudrais pas qu’elles aient l’impression que tout est déjà joué pour moi. Et puis même, ça ne m’intéresse pas.

Vous allez suivre l’élection de Miss France samedi ?

Forcément ! Je vais soutenir Kenza Andreze-Louison [Miss Guadeloupe] qui a toutes les chances de nous faire monter à une bonne place. Entre candidates on s’entendait toutes bien, on n’était pas nombreuses et on était très complices. Lorsque tout ça s’est passé, elles m’ont toutes soutenue.