« Je ne vais pas dynamiter le "13 heures" de TF1 », assure Marie-Sophie Lacarrau

« 20 MINUTES » AVEC Le 4 janvier, Marie-Sophie Lacarrau succédera à Jean-Pierre Pernaut à la présentation du « 13 heures » de TF1. Elle explique à « 20 Minutes » comment elle aborde cet exercice et évoque sa conception du métier de journaliste

Propos recueillis par Fabien Randanne

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La journaliste Marie-Sophie Lacarrau, le 16 décembre 2020.
La journaliste Marie-Sophie Lacarrau, le 16 décembre 2020. — Laurent Vu / Sipa
  • Chaque semaine, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Ce vendredi, Jean-Pierre Pernaut présente son ultime 13 heures sur TF1 après en avoir été aux commandes pendant trente-deux années. Le 4 janvier, Marie-Sophie Lacarrau lui succédera.
  • Marie-Sophie Lacarrau évoque pour 20 Minutes sa conception du métier de journaliste ainsi que la manière dont elle aborde son futur rôle aux commandes d’un JT à l’identité régionale très marquée.

« C’est marrant, tout le monde me pose la question ! », s’amuse Marie-Sophie Lacarrau. On se doute bien que l’on ne fait pas dans l’originalité en lui demandant comment elle va, mais on ne peut pas y couper. Et pas seulement par politesse. On veut savoir dans quel état d’esprit elle se trouve car, le 4 janvier, elle sera au centre de toutes les attentions. La journaliste de 45 ans présentera ce jour-là son premier 13 heures de TF1. « Avant, j’imaginais que succéder à Jean-Pierre Pernaut allait être vertigineux. Maintenant que ça approche, je me sens sereine. Je sens même une petite impatience qui monte », répond la transfuge de France 2. 20 Minutes a cherché à en savoir davantage sur sa manière d’aborder ce JT autant exposé que lié aux terroirs, ainsi que sur sa vision du métier et sa relation avec sa pointe d’accent aveyronnais qu’elle fera chanter entre deux lancements de reportages.

Y a-t-il des moments où vous vous dites : « Dans quoi me suis-je embarquée ? »

Peut-être que je vais ressentir ça le 18 [ce vendredi] quand Jean-Pierre Pernaut va vraiment arrêter. Mais ce qui me fait du bien et me nourrit en ce moment, ce sont les rencontres avec l’équipe du 13 heures. Que ce soient les journalistes ici à la rédaction parisienne ou les correspondants en région qui signent 80 % du journal. Ça y est, on se connaît, on a envie d’y aller ensemble, de réussir ensemble.

Qu’est-ce qui vous a surprise lors de votre tournée dans les régions à la rencontre de vos futurs collègues ?

Je ne m’attendais pas à ce qu’ils soient aussi nombreux. J’ai mesuré l’amour qu’ils avaient pour leur métier, leur région et les gens qui y vivent. Cela a confirmé un ressenti que j’avais en regardant le journal. Cela m’a fait du bien d’échanger avec eux et de les entendre me dire : « On est avec toi, on va continuer ensemble. » Je leur ai dit de ne rien changer. Ce journal, je ne vais pas le dynamiter à partir du 4 janvier.

Vous allez quand même apporter votre patte, non ?

Je viens avec ma personnalité, oui. Maintenant, cet amour des régions, du terroir, c’est ce que je suis au fond. Je ne vais pas avoir de difficulté à accompagner cela. Dans les seize ans de JT que j’ai derrière moi, j’ai toujours parlé des régions. J’ai envie d’aller encore plus dans la vie quotidienne. Je veux parler aux familles, aux mamans. Je veux parler de loisirs, de consommation… Qu’est-ce que je mets dans mon assiette ? Comment je choisis mes produits ? Je veux aussi mettre en avant la modernité dans nos régions. Quand on parle de traditions, on imagine tout de suite un ancien qui continue d’exercer un métier disparu. Mais, de plus en plus, quand on arrive sur le terrain pour raconter ces traditions, ce sont des jeunes qui viennent à ces métiers.

Le « 13 heures » de TF1 a la réputation d’être un journal à destination des retraités. Il y a du vrai là-dedans ?

J’ai été surprise de découvrir que la moyenne d’âge du 13 heures de TF1 est de 58 ans, là où celle du 13 heures de France 2 – je ne veux pas comparer mais en l’occurrence, là, ça s’impose – est de 62 ans. Le cliché est faux. Il faut ouvrir les yeux : on ne s’adresse pas qu’aux retraités.

Vers quoi ou vers qui iront vos pensées le 4 janvier à 12h59 ?

Pendant le générique, je penserai à tous ceux que j’aime. Je vais avoir une grande pensée pour mes parents. Ils m’ont portée jusque-là, ils m’ont fait confiance quand je leur ai dit que je voulais être journaliste. On n’avait aucun lien avec ce métier. Je n’ai pas fait d’école, je me suis formée sur le terrain. Ils ont toujours dit « banco ! » alors que plein de voix autour disaient « Mais personne ne t’attend, comment tu vas y arriver ? Tu ne connais personne ! » Effectivement, je n’avais pas de réseau mais j’ai réussi à faire le métier dont je rêvais quand j’étais au collège. C’est une chance énorme. Tous les matins, quand mon réveil sonne, je suis emballée, j’ai envie d’y aller. Je ne rechigne jamais. Je suis contente de me remettre à l’ouvrage tous les jours.

De France 3 Midi-Pyrénées à TF1, vous avez avancé par étapes, a priori sans trop d’embûches. C’est dû au destin ? A la ténacité ?

Souvent je me dis qu’une bonne étoile veille sur moi. Ensuite, je suis très besogneuse. Je me dis que le travail paye. Je n’ai jamais rien calculé. Je n’ai jamais fait quelque chose pour obtenir autre chose. Les propositions sont arrivées sans que j’aille les chercher et je me suis toujours fait confiance. J’ai fait mes choix en me fiant à mes ressentis.

Le journalisme qualifié de « métier passion », ça vous parle ?

C’en est clairement un. On est dans l’échange avec les autres. J’adore aller vers les autres, travailler pour les autres. C’est un métier où on ne compte pas et où on en apprend tous les jours. On peut poser toutes les questions qui nous passent par la tête, on peut aller partout, dans des endroits où on n’irait pas si on n’était pas journaliste. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de faire ce métier. Quel luxe d’être celui ou celle qui va chercher l’information, la vérifie, la hiérarchise et qui la donne au public, dans le souci d’être pertinent, en proximité, sérieux mais dans le sourire aussi.

Il y a, particulièrement ces dernières années, une forme de défiance envers les journalistes. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Cela nous oblige à davantage de rigueur mais je crois qu’on en a tous déjà beaucoup. En parlant du 13 heures de TF1, on est moins dans ce sentiment de défiance. Il y a ce lien de proximité qui existe depuis des années : le public se retrouve dans le journal. On n’est au-dessus de personne, en fait. Peu ou prou, on vit la même vie que nos téléspectateurs. Il y a cinq ans, je vivais dans ma campagne toulousaine, un village de 1.000 habitants. Les problématiques de territoires, avec la voiture indispensable, la neige qui perturbe tout, la cuve de fuel qu’il faut penser à remplir quand les tarifs sont au plus bas, je connais, je l’ai vécu. Je le vis encore parce que je suis presque aux « trois quart-temps » à Paris. Dès que je peux je m’échappe.

Vous quitterez la capitale tous les week-ends ?

Pas tous les week-ends, sinon c’est épuisant. Mais toutes les périodes de vacances, j’ai besoin de retourner dans le Sud.

Vous avez un accent du Sud. On parle beaucoup de la « glottophobie » récemment, c’est-à-dire de la stigmatisation et de la discrimination des personnes s’exprimant avec un accent. Vous l’avez subie, parfois ?

J’ai l’impression de ne pas trop avoir l’accent à l’écran. Je pense l’avoir davantage hors antenne. Je ne sais pas pourquoi, dès que je me retrouve devant les caméras, équipée d’un micro, c’est comme s’il se passait quelque chose… Je crois que ça vient de certains courriers que j’ai reçus : on m’accusait de ne pas parler français parce que j’avais de l’accent. Le premier, ça fait mal, ça pique, on le prend pour soi et pour tous ceux qui parlent comme ça. Ensuite, on relativise en se disant que ça n’a aucun sens. Peut-être que je vais penser à moins le gommer.

Vous redoutez d’être ciblée par les critiques lorsque vous présenterez le « 13 heures » de TF1 ?

Je ne suis jamais vraiment allée lire ce qu’on pouvait dire de moi. Des critiques, je sais qu’il va y en avoir. Beaucoup. Je demanderai peut-être à certaines personnes de m’en faire un condensé. Pas pour effacer les critiques négatives – je veux les entendre aussi. Mais je veux me protéger de ça. Dans les premières semaines, il va y avoir des comparaisons. J’ai juste envie de dire : laissez-moi le temps de m’installer.

Laurent Guimier, le patron de l’info de France Télévisions, a déclaré au « Parisien » que depuis votre départ du « 13 heures » de France 2, « les téléspectateurs sont passés à autre chose » et que « la mesure d’audience est une belle école d’humilité ». Il a déclaré que votre successeur, Julian Bugier « pourrait bien réduire l’écart » car « Marie-Sophie n’est pas Jean-Pierre ». Cela vous blesse ?

Je n’ai pas envie de rebondir sur ça car je ne veux pas m’inscrire dans un match ou un duel. J’ai envie d’être dans une saine concurrence avec Julian. Je lui souhaite tout le bonheur possible sur le 13 heures de France 2. J’ai eu beaucoup de plaisir à incarner cette édition. Je veux juste qu’on continue à faire des journaux qui nous correspondent.

Vous êtes restée en contact avec Julian Bugier ?

On s’est envoyé des messages quand j’ai été nommée, quand il a été nommé. Je pense qu’on s’en enverra après. Avec Julian, on a été collègues, on a présenté des émissions ensemble, on a partagé des 14-Juillet… Je n’ai pas envie qu’on nous installe comme des rivaux.

Vous auriez aimé que la page France Télévisions se tourne d’une autre manière ?

J’aurais aimé pouvoir faire ce journal du vendredi [18 septembre] pour dire au revoir aux téléspectateurs. [Elle a été écartée de l’antenne dès que son départ prochain pour TF1 a été officialisé]. Depuis quatre ans, on avait tissé quelque chose. Mais c’est derrière moi, c’était il y a trois mois. Je ne suis pas du genre à ruminer ce qu’il s’est passé. Je suis plutôt une fille de l’instant présent. Bon, là, j’avoue, je me projette un peu vers le 4 janvier, mais on va se dire que c’est la vie des médias qui veut ça.

Sur France 2 vous présentiez aussi des divertissements. Vous aimeriez en animer sur TF1 ?

J’ai beaucoup aimé ces petits pas de côtés avec ces beaux primes qualitatifs, très élégants. Prodiges va me manquer. J’adorais ces enfants, les valeurs véhiculées sur le sens de l’effort, du travail. Maintenant, j’ai un défi tellement considérable qui m’attend que, dans un premier temps, je veux entièrement me consacrer au 13 heures. Après, la vie m’a appris qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Votre fin d’année s’annonce-t-elle festive ou studieuse ?

Je vais d’abord faire une pause à Noël pour être avec ma famille, faire le plein d’énergie. Ça va faire du bien. La semaine avant le 4, je serai au travail, à commander des sujets et à imaginer ce que sera ce journal. Mais comme, encore une fois, il ne sera pas fondamentalement différent de ce que les téléspectateurs ont vu une semaine avant, ce ne sera pas la révolution. Il sera sensiblement le même avec peut-être la touche de modernité que je vais apporter. De féminité, aussi.

Votre féminité a-t-elle été parfois un frein dans votre carrière de journaliste ?

Non. Je dirais même qu’au départ, je m’en suis servie. J’ai fait mes débuts dans les sports mécaniques. Avec mon papa, j’avais participé à pas mal de raids en 4x4 dans le désert et, un jour, par le plus pur des hasards, j’ai appris qu’une chaîne recherchait une journaliste pour une émission sur les 4x4. C’était le moment où il était de bon ton de mettre des femmes dans le sport, vous voyez… J’ai saisi cette opportunité. Donc non, la féminité n’a jamais été un frein. Je n’ai jamais cherché à la gommer, ni à la mettre en avant. Je suis une femme, point final.