« Plus belle la vie » : Comment la série veut se réinventer après seize ans d’existence

PAS UNE RIDE Depuis plusieurs semaines, la série quotidienne de France 3 opère de petits changements pour se renouveler sans brusquer

Clément Rodriguez

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Sur le tournage de « Plus belle la vie » en septembre 2020
Sur le tournage de « Plus belle la vie » en septembre 2020 — © Jean-Louis PARIS/FTV/TELFRANCE
  • Nouveau générique, réincarnation de la place du Mistral, retour d’anciens personnages emblématiques… Depuis plusieurs semaines, Plus Belle La Vie s’offre un relooking en profondeur.
  • L’opération vise à retrouver un vrai esprit de quartier pour cette série qui est à l’antenne plus de 250 jours par an depuis seize saisons.
  • Géraldine Gendre, productrice du feuilleton, revient sur ce nouveau souffle et les défis qui s’ensuivent.

Nouveau look pour un nouveau Plus belle la vie. Il y a trois mois, la série de France 3 se parait de ses plus beaux atours avec un nouveau générique. Ça, c’était pour la partie émergée de l’iceberg. Mais en coulisses, de plus profonds changements s’opéraient, en douceur, pour donner un nouveau souffle au plus vieux feuilleton quotidien de la télévision française. Objectif : réincarner la place du Mistral tout en bousculant un peu les fondamentaux du programme.

Clins d’œil au bon vieux temps

En octobre dernier, quelle ne fut pas la surprise des plus inconditionnels fans de Plus belle la vie. Après quatorze ans d’absence, le personnage de François Marci faisait son grand retour, lui que l’on voyait dans la toute première scène du tout premier épisode diffusé en 2004. Un come-back qui sonnait comme un clin d’œil pour ancrer ce retour aux origines de la série et lancer ce renouveau en appliquant la bonne recette : c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure bouillabaisse.

La formule a d’ailleurs été de nouveau appliquée quelques jours après avec une autre réapparition, celle du Dr Livia, le plus grand psychopathe de l’histoire de la série, venu hanter les habitants du quartier en 2005 et 2006. Quatorze ans plus tard, il a moins de cheveux, il est encore en prison mais il reste toujours aussi pétrifiant. « On ne veut pas faire revenir des personnages juste pour les faire revenir mais pour insuffler quelque chose, explique la productrice Géraldine Gendre à 20 Minutes. L’idée n’est pas non plus de se limiter aux fondamentaux de Plus Belle La Vie mais de les pimper un peu et de revenir à ce que les téléspectateurs attendent. »

Le Mistral, personnage principal

Outre ces retours inattendus, la volonté de la productrice, arrivée il y a un an à la tête de la série, est d’offrir de nouvelles perspectives aux personnages qui évoluent dans les mêmes décors depuis toutes ces années. L’idée est alors de « redonner de la vie à ce quartier, à cette place qui est l’un de nos personnages principaux. » Depuis peu, on voit alors certains protagonistes regarder par la fenêtre de leur salon, se croiser le matin avant d’aller au collège ou encore pousser la porte de leur immeuble. « C’est la volonté de réincarner et de recréer une vraie vie de quartier », résume la productrice.

« Mais ils passent combien de temps au bar dans cette série ? » Voilà le genre de questions que les téléspectateurs ne devraient plus se poser désormais. Plutôt que d’être accoudés au comptoir avec un petit noir, les habitants du Mistral devraient être moins statiques et éviteront de discuter uniquement devant l’hôtel ou confortablement installés sur un banc. Cette réincarnation du théâtre du Mistral et les ajustements qui vont avec permettront de « revenir à des fondamentaux dont on s’est écartés sans le vouloir », résume Géraldine Gendre.

Ces petits changements qui s’opèrent en douceur pourraient être une réponse aux critiques qui se font entendre autour du rythme ronronnant de la série. « On a toujours l’impression que l’on est une vieille série. Non, on est une série qui dure », réplique la productrice. D’ailleurs, les tentatives scénaristiques et artistiques autour des personnages et leur environnement représentent un travail de réflexion perpétuel. Prochainement, le feuilleton lèvera le voile sur de nouveaux décors. Une refonte totale de la place du Mistral ? Un nouveau commerce qui s’ouvre ? On n’en saura pas plus pour l’instant…

Trois millions de Mistraliens. Et moi, et moi, et moi.

Depuis la rentrée, environ trois millions de fidèles suivent Plus belle la vie au quotidien. Un score en déclin depuis plusieurs années qui contraste avec la forme presque olympique de ses concurrentes Un si grand soleil, Demain nous appartient, et la dernière arrivée Ici Tout Commence. N’oublions pourtant pas d’ajouter à ce chiffre une moyenne de 700.000 fans supplémentaires qui rattrapent les épisodes en replay ou… illégalement ! Un nombre impressionnant sur lequel la série ne peut pourtant pas se permettre de communiquer sans faire la promotion du piratage.

Dans sa volonté « d’être dans le partage », la production et France 3 ont fait le choix, contrairement à TF1 et France 2, de continuer la diffusion de la série au mois de mars, à l’heure où l’actualité autour du Covid-19 était retentissante. Mais lorsque le stock des épisodes inédits s’est retrouvé à sec, il a été décidé d’enchaîner avec la rediffusion d’une intrigue de 2015. « Avec le recul, la rediffusion n’était peut-être pas la meilleure idée qui soit. Peut-être que l’on aurait dû générer, d’un point de vue marketing et moins émotionnel, un sentiment de manque, d’attente ? », se demande la productrice.

Et pourtant, après seize ans, le bar du Mistral est toujours là. Signe que la chaîne compte plus que jamais dessus, la série a même été prolongée pour cinq années supplémentaires. « En face de nous, on a des JT qui sont à 13 millions de téléspectateurs et qui sont plus longs, commente Géraldine Gendre. Plus belle la vie, c’est un peu Astérix, on fait partie du patrimoine. »