« La France a un incroyable talent » : L’histoire derrière Téo Lavabo, l’homme à la « Chipolata »

PORTRAIT Le fantasque Téo Lavabo sort ce mardi « La raie », dans la foulée de sa participation à « La France a un incroyable talent » sur M6. « 20 Minutes » a rencontré celui qui, hors de scène, est Téo Jaffre, photographe à Annecy

Fabien Randanne

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Le fantasque Téo Lavabo.
Le fantasque Téo Lavabo. — Téo Jaffre.
  • Téo Lavabo a fait sensation lors des auditions de la quinzième saison de La France a un incroyable talent en interprétant Chipolata. Il est ce mardi soir en lice dans la demi-finale de l’émission de M6 où il interprétera La raie, son nouveau titre.
  • Hors de scène, Téo Lavabo est Téo Jaffre. Il exerce à Annecy (Haute-Savoie) comme photographe et réalisateur.
  • « J’ai conscience que ce que je fais, ce n’est pas du Eddy de Pretto mais du Mickaël Youn. Si tu compares par rapport à un grand chanteur à texte, c’est de la merde, si tu compares à un amateur, c’est grave quali », explique-t-il à 20 Minutes.

Aux auditions de La France a un incroyable talent, il a surgi d’un paquet cadeau géant. En combinaison moulante et luisante, mulet brushing décoloré, « moitié capote, mi-papillote, chelou mais pas chochotte », Téo Lavabo a entamé ce refrain impossible à s’enlever de la tête une fois qu’on l’a entendu : « Je suis ton grand chipolata, chichi-popo-latata, chichi-popo-latéo ». En face, le jury du talent show de M6 était partagé entre enthousiasme et effarement. C’est la première impression qui l’a emporté puisqu’on le verra ce mardi soir en demi-finale de l’émission.

Le personnage, échalas fantasque capable de débiter les rimes les plus triviales entre deux yodles en suscitant bien davantage l’hilarité que le malaise, a de quoi intriguer. Quand on nous propose de le rencontrer, on n’hésite pas une seule seconde. « Alors, il est comment en vrai ? », nous demanderont dans la foulée collègues et amis – preuve de la curiosité qu’il suscite. « Bien plus calme et réfléchi qu’on pourrait l’imaginer », leur répondra-t-on.

Mais pour l’heure, ce mercredi de novembre, on fait sa connaissance dans un hôtel du 17e arrondissement. Tee-shirt jaune à l’effigie de Bert du Muppet Show, sac banane rouge brillant autour du ventre, il finit d’engloutir en vitesse un sandwich triangle. On retrouve sa fantaisie, en mode allegro. Il raconte son parcours en prévenant qu’il va nous livrer tantôt « la version longue », tantôt « la courte ». Il agrémente la discussion d’un chapelet d’anecdotes hilarantes. Il raconte les bouffées de honte qui s’emparaient de lui lorsque des promeneurs le surprenaient en train de s’exercer à jouer (pas très bien) de l’accordéon au bord d’une rivière. Il parle des « arabesques » qu’une de ses amies un peu trop littéraire à son goût essayait de lui faire placer dans les textes de ses chansons, alors que lui est plutôt langage de « charretier ».

Une passion pour l’image

Qu’on ne se méprenne pas, ce jour-là, ce n’est pas avec Téo Lavabo que l’on converse, mais avec Téo Jaffre, 28 ans, photographe d’Annecy (Haute-Savoie). Son double au pseudonyme de salle de bains est né « par hasard », assure-t-il. Mais il précise qu’avec le recul, il a l’impression de l’avoir en lui depuis ses 12 ans, l’âge où il empruntait le caméscope familial pour jouer avec sa sœur. « Je la filmais en train de faire du toboggan sur du L5. Elle me filmait habillé en Britney Spears ou des conneries comme ça, c’était l’époque de la Star Ac'. Je me rappelle d’Emma Daumas chantant "Tu seras mon futur à présent", des trucs ho-rribles ! J’étais fan de Charmed alors on refaisait aussi des scènes », se remémore-t-il.

Le Téo ado est passionné d’images, les études de photos étant trop onéreuses, il se tourne vers les cours de communication « pour être polyvalent ». A 17 ans, il se lance dans un premier job saisonnier, de « photographe filmeur » sur les plages. D’un été à l’autre, il amasse un petit pécule qui lui permet d’investir dans un appareil photo, un ordinateur…

Et puis, pour trouver des clients, il crée son site Internet et, afin de constituer son book, il embauche ses proches comme modèles pour montrer son savoir-faire. Puisqu’il rêve d’œuvrer en tant que réalisateur de clips, il suit la même démarche et, avec un ami, se met en scène dans des spots parodiques. « Tous les six mois, on se tapait un kiff, il y avait une émulation. Mais au bout d’un moment, j’en ai eu un peu marre, avance-t-il. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse des chansons pour faire des vues. »

Lavabo comme « Bo le lavabo »

C’est ainsi qu’il s’est lancé dans la musique, qu’il a commencé à apprendre l’accordéon qui finira cassé et sera remplacé par un ukulélé. Il emporte l’instrument lors de vacances en Israël. Il décrit le moment de son épiphanie musicale en entonnant ce qu’il chantait ce jour ensoleillé : « Sur la plage de Ga’ash, y’a des mecs à poil et des crabes, mais aussi de grosses vagues et le sable qui graaaatte ! » Il a une intonation polissonne sur le dernier mot. La vidéo, postée sur sa page Facebook perso, a eu un succès fou auprès de ses amis – en partie parce qu’un touriste naturiste s’est invité dans le champ, laissant apparaître ce que la pudeur nous empêche d’écrire.

Téo nous a donné la version longue de la suite de l’histoire, on va essayer de condenser. L’an passé, il s’est inscrit une première fois à La France a un incroyable talent. Il est apparu aux auditions en sirène. C’est juste avant qu’il a trouvé son nom de scène. « Cela faisait cinq ans que je m’échinais à avoir un référencement sur Internet en tant que Téo Jaffre, photographe à Annecy, et je voyais venir gros comme une maison qu’en tapant mon nom, il n’y aurait que des vidéos de sirènes si je ne prenais pas de pseudo », avance-t-il. Alors il a réfléchi. « Je voulais quelque chose qui rime avec Téo et j’ai pensé à Vincent Lagaf'. Je me disais que j’aurais les nouvelles générations avec les réseaux sociaux et qu’elles retiendraient mon prénom et que les plus anciennes s’en souviendraient parce qu’elles auraient Bo le lavabo en tête. » Le hic, c’est qu’il a bidé.

« Lors de la diffusion de l’émission, quand j’ai entendu ma voix en live, j’ai appris en même temps que tout le monde que je chantais mal, rigole l’artiste. J’étais habitué à chanter avec auto-tune, donc même quand je chantais du Mariah Carey, je chantais juste. »

Depuis, Téo a retenu la leçon et a conçu Chipolata qu’il peut interpréter sans trucage. Son deuxième passage sur M6 il y a quelques semaines lui a permis de créer le buzz tant attendu. En un mois, le clip de sa chanson a dépassé les 5 millions de vues. Il est devenu une idole des cours de récré aux clubs de mémés. « C’est jouissif de se dire que tous les trucs mis en place pour avoir un impact, qu’on s’en souvienne, ça marche », s’enthousiasme-t-il.

« Je pense que je dégage quelque chose d’un peu insupportable »

Il se réjouit de l’accueil très favorable reçu par son sens de la gaudriole et ses allusions homosexuelles : « Sur Twitter, il y a peut-être des réactions homophobes mais je ne tiens pas compte de ce réseau, parce que c’est un déversoir de merde. Sur YouTube, il y a des milliers de commentaires que je lis tous, et je réagis en mettant un petit cœur. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait un seul de vraiment méchant. »

Maintenant, Téo dit éprouver du plaisir à chanter. Il continue d’écrire des textes qui soient « rigolos mais pas trop trash » parce qu’il aime bien que ses chansons soient « accessibles à tout le monde ». Il ajoute : « Je pense que je dégage quelque chose d’un peu insupportable mais vu que mes chansons ne se prennent pas au sérieux, je crois que ça contrebalance. »

Son nouveau titre, qu’il interprétera en demi-finale de La France a un incroyable talent, s’intitule La raie. Et oui, il y joue du double sens. « J’ai conscience que ce que je fais, ce n’est pas du Eddy de Pretto mais du Mickaël Youn. Si tu compares par rapport à un grand chanteur à texte, c’est de la merde, si tu compares à un amateur, c’est grave quali », estime-t-il.

Téo Jaffre confie que sa « plus grande passion dans la vie, c’est bronzer à poil au soleil » et qu’il a « un peu peur de perdre cette liberté-là avec Téo Lavabo ». Il fait aussi part de son « besoin de créer tout le temps ». Une contradiction ? Non, un paradoxe, sur lequel il veille soigneusement : « J’aime que tout soit équilibré : la notoriété et la tranquillité, la création et l’ennui. » Et quand l’angoisse s’invite dans ses pensées, il se réconforte en se remémorant son thème astral analysé par une amie : « Elle m’a dit que tous mes signes sont reliés à la terre. Quoi que je fasse dans la vie, j’aurai toujours les pieds sur terre. »