Présidentielle américaine : « J’ai dit à LCI que je ne voulais pas prendre position », assure Laurence Haïm

INTERVIEW Laurence Haïm, qui interviendra comme consultante sur le plateau de LCI dans le cadre de l’élection américaine, raconte à « 20 Minutes » comment elle aborde l’événement

Propos recueillis par Fabien Randanne

— 

La journaliste Laurence Haïm, en 2017.
La journaliste Laurence Haïm, en 2017. — JOEL SAGET / AFP
  • La journaliste freelance Laurence Haïm apparaîtra comme consultante sur le plateau de LCI, dans la dernière ligne droite de la course à la Maison-Blanche.
  • « Quand je suis arrivée à Washington [mardi], j’ai eu l’impression d’être dans une ville qui se préparait à un état de siège », explique-t-elle à 20 Minutes.
  • « Je fais partie des gens qui pensent qu’il ne faut pas minimiser Donald Trump, qu’il ne faut pas le ridiculiser, ou dire qu’il est stupide », affirme Laurence Haïm.

Laurence Haïm couvre sa huitième élection présidentielle américaine. La journaliste, qui a longtemps travaillé pour les chaînes du groupe Canal+ met cette fois-ci son expertise au service de LCI. Elle interviendra ces prochains jours comme consultante et sera, dans la nuit de mardi à mercredi, sur le plateau de la « Nuit américaine » installé à Washington.

Alors qu’elle était en France depuis cet été pour assurer le montage de son documentaire Melania Trump, cet obscur objet du pouvoir (visible sur le site Arte.tv), Laurence Haïm a regagné la capitale américaine mardi. « J’avais très envie d’être aux Etats-Unis la dernière semaine [avant le scrutin], parce que c’est une campagne incroyable, a-t-elle expliqué à 20 Minutes qui l’a jointe par téléphone jeudi. C’est une campagne virtuelle donc j’aurais pu rester à Paris mais à mon sens, il faut être sur place pour sentir ce qu’il s’y passe. » Dont acte.

Quelle est l’atmosphère sur place, aux Etats-Unis ?

Quand je suis arrivée à Washington, j’ai eu l’impression d’être dans une ville qui se préparait à un état de siège. Dans le périmètre de la Maison-Blanche, toutes les boutiques sont fermées, Lafayette Park est complètement barricadé, il y a une sécurité impressionnante. Des panneaux de bois sont érigés sur toutes les rues comme si les gens redoutaient qu’il y ait beaucoup de violence. Cette dimension-là, quand j’étais à Paris, je ne la sentais pas. Ça m’a vraiment frappée. L’autre jour, le ciel était très gris, il y avait une drôle de lumière, les rues étaient vides, mais il y avait pas mal de policiers. J’ai couvert des conflits quand je travaillais pour CBS ou l’agence Capa et [mercredi], ça m’a rappelé des situations précédant les bombardements. Je n’ai jamais vu ça avant une élection américaine.

Des heurts sont à redouter ?

Je suis très prudente, je ne sais pas ce qu’il va se passer. C’est une élection imprévisible, je ne me fie pas du tout aux sondages. On a vu dans le passé que beaucoup se trompaient. J’essaye de parler à des Américains dans tous les Etats-Unis, qu’ils vivent en Californie, en Floride, en Pennsylvanie… Ce qui me frappe, c’est qu’ils sont très inquiets. Ils disent : « On espère que ce sera ce candidat, mais on ne sait pas… » Je suis très dubitative sur ce qui risque de se passer. Est-ce qu’un candidat va l’emporter en quelques heures ? Est-ce qu’il va y avoir, dans certains Etats, un recomptage des voix ? Quelle va être l’attitude de Donald Trump ? Personne ne sait. Ce qui me frappe, c’est de voir, lorsque je regarde l’Amérique trumpiste, les grosses foules se pressant pour voir Donald Trump. Je trouve ce dernier un peu plus fatigué ces dernières 48 heures [mardi et mercredi]. C’est comme si quelque chose s’était passé dans sa tête mais, dans le même temps, il multiplie les meetings. Joe Biden, lui, fait une campagne très discrète et, d’une certaine manière, c’est Barack Obama qui fait campagne pour lui en ce moment.

Le fait que la majorité de la campagne se déroule en ligne présente un danger selon vous ?

Je ne pense pas. Les gens qui s’intéressent à l’élection regardent tout. Ils sont ce qu’on appelle les « junkies de la politique », c’est-à-dire qu’ils sont accrochés au moindre tweet, aux chaînes d’information en continu. Mais c’est aussi une élection avec l’ombre de la pandémie parce qu’il y a tellement de gens malades ici ou qui ont été testés positifs au Covid-19. Depuis une semaine, cette épidémie explose et les règles sont très différentes de celles appliquées en France. Le climat est extrêmement particulier. Je sais bien qu’on aime tous le sens de la formule mais là, c’est vraiment une élection sous virus. Je n’ai jamais vu ça.

En 2017, vous avez fait partie de l’équipe d’Emmanuel Macron lors de sa campagne pour l’élection présidentielle. Cette expérience a-t-elle nourri votre regard journalistique ?

Absolument. Quand on est journaliste, c’est toujours bien d’être sur le terrain pour savoir comment ça marche de l’autre côté. Quand je suis rentrée aux Etats-Unis après cette expérience, qui n’a duré que six mois, je me suis dit que j’avais beaucoup appris. Les chaînes américaines savent très bien faire appel à des gens qui ont eu cette expérience. Par exemple, George Stephanopoulos, qui a été porte-parole de Bill Clinton à la Maison-Blanche, est aujourd’hui le journaliste vedette de la matinale d’ABC News. David Axelrod a été le conseiller de Barack Obama et est désormais chaque soir sur CNN pour livrer ses analyses politiques. Je me sers de mon expérience pour dire que je connais bien l’autre côté d’une campagne et pour revenir à un journalisme analysant le plus objectivement possible la campagne américaine.

Y a-t-il des différences entre le prisme journalistique américain et le prisme journalistique français lorsqu’il s’agit d’évoquer Donald Trump ?

Je fais partie des gens qui pensent qu’il ne faut pas minimiser Donald Trump, qu’il ne faut pas le ridiculiser, ou dire qu’il est stupide. Même si on est en désaccord avec ses idées, il a démontré qu’il avait réussi à se faire élire président dans un système très compliqué en 2016. C’est quelqu’un qu’il faut prendre au sérieux. Il représente une partie de l’Amérique qui, ces quatre dernières années, a voulu de lui. Le trumpisme m’intéresse sociologiquement, parce que ça en dit long sur la désillusion que l’on peut avoir par rapport à des hommes et des femmes politiques. C’est un mouvement qui fait des émules dans des démocraties fragiles. Il faut expliquer sérieusement Donald Trump. C’est ce que j’ai envie de faire. Quand j’ai rencontré les gens de LCI, je leur ai dit que je ne voulais pas prendre position mais que j’avais envie d’expliquer ce qu’il se passe dans l’Amérique politique.

Si Donald Trump était réélu, qu’est-ce que ça dirait des Etats-Unis ?

S’il est réélu, l’Amérique aura choisi d’être l’Amérique made in Trump. Après, ça regarde les Américains. Cela voudra dire que les démocrates auront échoué complètement dans leur campagne, dans leur volonté de dire qu’une autre Amérique existe. Cela voudra aussi dire qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas été séduits par les deux candidats et se sont abstenus. Je ne sais pas si ça va se passer parce qu’on constate des records absolument incroyables de gens qui se déplacent vers les urnes. Mercredi, déjà plus de 73 millions d’Américains étaient allés voter. C’est du jamais vu, je crois que c’est davantage que le nombre d’Américains ayant voté en 2016. Cette envie de participer au vote, c’est déjà un phénomène de cette élection particulière parce que ce n’est pas facile d’aller voter en ce dans ce contexte de pandémie : il faut attendre extrêmement longtemps devant les bureaux de votes, prendre un risque par rapport au virus. Ça aussi, ça dit quelque chose sur ce qu’il se passe.