« La France a un incroyable talent » revient sur M6, plus progressiste que jamais

TELEVISION Le concours de talents revient sur M6 mardi pour une quinzième saison sous le signe de l'unité dans la diversité

Fabien Randanne

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La troupe Lemonade participe à la quinzième saison de La France a un incroyable talent.
La troupe Lemonade participe à la quinzième saison de La France a un incroyable talent. — Laurent VU/M6
  • M6 diffuse mardi à 21h05 le premier épisode de la saison 15 de La France a un incroyable talent.
  • Début octobre, lors de la conférence de presse, l’animatrice Karine Le Marchand et les jurés Eric Antoine et Marianne James ont évoqué à plusieurs reprises les questions de parité, de visibilité des minorités et de diversité sur le petit écran.
  • Luttes contre le racisme, l’homophobie, la transphobie, la grossophobie ou encore le validisme… font partie des thèmes évoqués au fil des numéros.

Quand une émission au concept bien identifié par le public lance sa quinzième saison, on se demande par quel bout de la lorgnette on va bien pouvoir l’approcher pour éviter la redite. C’est ce qui arrive avec La France a un incroyable talent, de retour ce mardi soir sur M6. Bien sûr, la conception du programme avec les contraintes liées à la crise sanitaire pose certaines questions. Comment le casting a été effectué en plein confinement ? Comment la production a géré le report du tournage après que le juré Eric Antoine a été testé positif au Covid-19 ? Pendant une partie de la conférence de presse virtuelle, organisée sur Zoom début octobre, on se dit que c’est de tout cela que parlerait notre article…

Quand tout à coup, Karine Le Marchand, qui s’exprime sur son arrivée à l’animation de l’émission, laisse échapper le mot « sororité ». On ne s’attendait pas forcément à ce que ce néologisme, alternative féminine à la «fraternité» – pour schématiser –, créée dans les années 1970 par le Mouvement de libération des femmes (MLF), soit prononcé au beau milieu de l’argumentaire promo.

Précisément, la présentatrice dit : « J’ai trouvé deux femmes qui étaient dans la sororité, dans l’échange, dans la gentillesse, heureuses d’être là. » Une manière de signifier qu’elle s’est très bien entendue avec Marianne James et Hélène Ségara, membres du jury depuis plusieurs saisons. « En un dîner, tout le monde m’a ouvert les bras. Ce n’était pas évident de faire une alchimie avec autant de fortes personnalités », a continué Karine Le Marchand. L’air de rien, en deux phrases, elle déchire le cliché des crêpages de chignons entre femmes que les pros des ragots se seraient fait une joie d’inventer.

« On est très potesses »

Marianne James enchaîne, plus explicite encore : « Avant le tournage, les gens ont glosé, comme ce fut le cas avec Hélène : "Est-ce que tu vas t’entendre avec Karine Le Marchand ? Vous n’avez pas le même caractère." Résultat des courses, on est très potesses. » Ce dernier terme – la féminisation du mot « pote » – susceptible de donner des suées aux détracteurs de l’écriture inclusive, détonne à nouveau par rapport aux discours habituels dans les divertissements français. Et Marianne James d’enfoncer le clou : « On a fait un effet #MeToo. »

L’emploi de ce terme dans ce contexte laissera sans doute circonspecte plus d’une militante féministe – d’autant plus que Gilbert Rozon, ancien juré de l’émission, est actuellement en procès, accusé de viol. Il n’empêche que l’emploi d’un vocabulaire féministe et progressiste, d’une manière aussi enthousiaste, dans une conférence de presse d’un programme grand public en France, c’est rarissime, pour ne pas dire du jamais-vu.

« A eux deux, [les jurés] Eric Antoine et Sugar Sammy portent des bijoux de famille qu’ils ont pu largement déployer parce qu’en face d’eux et à côté d’eux, ils avaient ce trio de femmes d’un certain âge, toutes différentes, toutes bien dans leurs peaux. [Hélène, Karine et moi] avons du verbe, décrit Marianne James. Le fameux 25 août quand Eric a été testé positif au Covid-19 [et que le tournage a été reporté], la réaction des trois nanas, c’était d’être vent debout. » Elle rejoue la scène : « On disait : "Ne les [les artistes candidats] laissez pas partir ! Tournez leurs prestations, on les verra en Zoom ou sur un écran !" C’est pour vous dire à quel point Karine était déjà à fond dans l’émission. » Et à quel point elles ne sont pas là pour jouer les faire-valoir.

« On a eu pas mal de groupes venus parler de l’homophobie »

Quelques instants plus tard, Eric Antoine, qui n’a pas entendu les propos de Marianne James, y fait pourtant écho. « Quand je suis arrivé dans La France a un incroyable talent, il y a six ans, nous étions trois hommes blancs et une femme blanche dans le jury. Et il y avait un présentateur blanc. Aujourd’hui, il y a trois femmes et deux personnes de couleur. Pour le coup, l’émission a vachement bien évolué », a déclaré le magicien et humoriste, en nuançant : « On a perdu notre gay, c’est vrai… » Bien sûr, il dresse ce constat d’un ton badin mais les protagonistes ont, en l’espace d’une heure, verbalisé à plusieurs reprises les enjeux de la parité, de la visibilité des minorités et de la diversité sur le petit écran.

Ce qui se ressent côté coulisses se reflète dans les commentaires et avis du jury. Il se trouve que, cette année, est riche en numéros « à message », comme l’annonce Déborah Huet, directrice des programmes chez Fremantle. Dans le premier épisode de La France a un incroyable talent, mardi, le public découvrira ainsi une chorégraphie inspirée par le mouvement Black Lives Matter, une autre célébrant joyeusement la diversité des silhouettes ou la performance d’un danseur de breakdance en situation de handicap. « Vous êtes venu mettre une claque aux préjugés », réagira Hélène Ségara face à ce dernier.

« On a eu pas mal de groupes venus parler de l’homophobie, de la transphobie », note Eric Antoine qui a pris « une claque dans la gueule » avec un numéro au rythme de Kid d’Eddy de Pretto. « C’est chaque année une souffrance pour nous tous de voir qu’on est obligés de parler de sujets qui devraient être tellement intégrés », ajoute-t-il.

« Une émission de la diversité de penser, artistique, sexuelle, religieuse »

L’illusionniste a aussi été marqué par la prestation d’un jeune gitan, gay, qui, exclu par sa famille, a reçu l’aide de l’association Le Refuge à Marseille. Le ton de l’humoriste se fait complètement sérieux : « Leurs locaux ont été cassés, détruits, il y a eu des violences. C’est incompréhensible qu’on en soit encore là, avec la bêtise de ne pas comprendre que la différence est essentielle à l’évolution et qu’elle est notre richesse. Si j’ai une joie avec Incroyable talent, c’est que c’est une émission de la diversité de penser, artistique, sexuelle, religieuse – on a eu une famille versaillaise avec leurs cinq enfants. Qu’est-ce que je suis heureux de voir cette émission qui transmet cette joie d’être ensemble. Ça peut paraître cliché mais à combien d’autres endroits on trouve ça ? »

Le premier épisode, que 20 Minutes a pu visionner, déploie effectivement un large éventail de talents, de parcours et de vécus. Au début du dernier tiers, un groupe d’enfants arrive sur scène : « Notre point commun est qu’on est tous nés en France, on est d’origine tchétchène, nos parents sont des réfugiés. » L’actualité se télescope dans la perception du divertissement. Face à ces gamins sur M6, qui ont effectivement un talent incroyable, les mots d’Eric Antoine sur « la joie d’être ensemble » n’ont plus l’air d’un cliché. Dans la France clivée de 2020, le programme paraît définitivement l’un des plus progressistes du petit écran.