M6 est interdite en Algérie à la suite d’un reportage d'« Enquête exclusive »

CENSURE Le gouvernement algérien a décidé de « ne plus autoriser M6 à opérer en Algérie, sous quelque forme que ce soit » à la suite d’un reportage d'« Enquête exclusive » sur le Hirak

20 Minutes avec AFP

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Siège du groupe M6 à Neuilly, en 2016
Siège du groupe M6 à Neuilly, en 2016 — SOLAL/SIPA

« Un regard biaisé sur le Hirak », selon le gouvernement algérien. Le ministère algérien de la Communication a décidé de « ne plus autoriser » la chaîne de télévision privée française M6 à opérer en Algérie, a-t-il indiqué dans un communiqué publié lundi soir. Cette décision intervient au lendemain de la diffusion du reportage intitulé « L’Algérie, le pays de toutes les révoltes », dans le cadre de l’émission Enquête Exclusive présentée par  Bernard de la Villardière. Ce reportage de soixante-quinze minutes revenait sur le mouvement de protestation populaire Hirak, qui secoue le pays et défie le régime en place depuis plusieurs mois.

Le ministère de la Communication dénonce un reportage réalisé par une équipe munie d’une « fausse autorisation de tournage ». « Ce précédent nous conduit à décider de ne plus autoriser M6 à opérer en Algérie, sous quelque forme que ce soit », affirme le ministère.

Ce reportage – filmé par moments avec des « caméras discrètes » – expose des témoignages de trois jeunes Algériens sur l’avenir de leur pays, en proie à un soulèvement inédit depuis février 2019. La crise sanitaire a nécessité la suspension des marches du Hirak à la mi-mars.

Des « témoignages insipides », selon le ministère

Le ministère de la Communication fustige des « témoignages insipides », des « clichés les plus réducteurs » et « une somme d’anecdotes sans profondeurs ».

Une des protagonistes de l’enquête, Noor, une YouTubeuse connue en Algérie, a expliqué ce lundi sur les réseaux sociaux qu’elle regrettait d’avoir participé au documentaire et a déploré « le manque de professionnalisme » de la chaîne française.

Selon le communiqué algérien, « une journaliste franco-algérienne a assuré la réalisation du film, avec l’aide d’un "fixeur algérien", munis d’une fausse autorisation de tournage », une infraction « au demeurant sévèrement sanctionnée ».

Le ministère promet d’engager des poursuites

Le ministère promet d’engager des poursuites contre les auteurs du reportage pour « faux en écriture authentique ou publique ».

Il « n’est pas fortuit que ces médias, outillés pour accomplir un agenda visant à ternir l’image de l’Algérie et à fissurer la confiance indéfectible établie entre le peuple algérien et ses institutions, agissent de concert et à différents niveaux et supports », estime-t-il.

Selon le ministère, M6 avait déposé le 6 mars 2020 une demande d’accréditation de presse pour les membres de l’équipe de l’émission Enquête Exclusive, en vue du tournage d’un documentaire sur « la valorisation de l’essor économique et touristique de la ville d’Oran, ainsi que le multiculturalisme qui fait la richesse de notre pays ». Demande qui a reçu une suite défavorable des services des ministères de la Communication et des Affaires étrangères, précise-t-il.

La diffusion en mai dernier par la chaîne publique France 5 d’un documentaire sur la jeunesse algérienne et le Hirak – Algérie mon amour du journaliste et réalisateur français d’origine algérienne Mustapha Kessous – avait déclenché une crise diplomatique entre Alger et Paris.