Changer de logo et de jingle, un pari risqué pour les chaînes de télévision

NOUVELLE IDENTITE M6 s’est parée de ses plus beaux atours ce mardi en dévoilant sa nouvelle identité visuelle, ce qui représente toujours un danger pour une chaîne de télévision

Clément Rodriguez

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Le nouveau logo de M6, tout en simplicité
Le nouveau logo de M6, tout en simplicité — M6/Gédéon
  • Il y a du changement du côté de M6 à partir de ce mardi. La chaîne s’offre le package d’un tout nouvel habillage, musique et logo inclus.
  • Mais ces nouveautés importent-elles vraiment pour le public ? 20 Minutes a posé la question à Marie-France Chambat-Houillon, sémiologue de l’audiovisuel.

« Oh oh oh, M6 », c’est fini. A partir d’aujourd’hui, il faudra guetter un nouveau signal sonore pour savoir quand son émission favorite reprendra alors que l’on sera encore en pause pipi. La Six a dévoilé ce mardi son nouvel habillage, avec une identité musicale et une charte graphique toutes neuves, ainsi qu’un logo remanié. La chaîne mise sur la simplicité et la sobriété pour plaire aux téléspectateurs et leur délivrer un message implicite : la chaîne la plus proche de son public, c’est M6.

Mais changer de logo et de jingle n’est pas un pari anodin. « Un changement de signature visuelle et sonore, c’est un risque énorme parce que ça déconcerte, ça rompt avec les habitudes téléspectatorielles », commente Marie-France Chambat-Houillon, sémiologue de l’audiovisuel et directrice du CEISME. Un bouleversement des habitudes du public s’opère alors, et cela peut être dangereux. « Les téléspectateurs peuvent se détourner s’ils jugent qu’il n’y a pas de cohérence entre ce que l’on s’annonce être, et ce qu’ils vont proposer à travers leurs programmes », juge Marie-France Chambat-Houillon. Parce qu’un logo, c’est bien plus qu’une superposition de lignes et de couleurs. Un logo, c’est un message.

« L’habillage est un discours implicite des valeurs éditoriales défendues par la chaîne »

Dès aujourd’hui, M6 dit adieu à son logo en 3D, jaillissant à chaque pause pub. Cela faisait treize ans que les téléspectateurs y étaient confrontés, lui qui était si imposant en prenant tout l’espace de l’écran. Désormais, c’est un logo plus petit qui s’affiche, plus dynamique aussi. Outre la volonté de se distinguer dans le PAF, cette nouvelle image est le semblable d’une signature morale entre la chaîne et le public. « L’habillage est un discours implicite des valeurs éditoriales défendues par la chaîne, note la sémiologue. Il doit se mettre au service d’une programmation. » Autrement dit, si les codes des jingles ne répondent pas à ceux des émissions diffusées par la chaîne, il y aura comme un hic pour les téléspectateurs.

Les changements d’identité visuelle ne sont pas si rares que cela sur le petit écran. Il y a deux ans, c’est France Télévisions qui s'offrait un lifting en faisant une croix sur ses logos « en fenêtre » et en adoptant son point désormais emblématique. Mais se vêtir de nouveaux habits ne sert à rien si cela ne s’accompagne pas de changements en profondeur. « C’est une marque distinctive qui permet de réaffirmer ce que l’on est et ce que l’on veut promouvoir comme valeurs et comme contenus », analyse Marie-France Chambat-Houillon.

Un coup de pouce face à une baisse des audiences ?

Avec cette nouvelle image, M6 veut s’inscrire comme la chaîne sur laquelle on peut compter. La preuve en a été donnée durant le confinement, avec l’émission de Cyril Lignac, qui a partagé ses recettes de cuisine avec les Français, avares de découvrir de nouveaux plats pour occuper à la fois leur temps et leur esprit. Mais l’esprit de reconquête peut aussi être une explication à ce changement d’habillage. L’été a été particulièrement difficile pour la chaîne, avec un mois de juillet au plus bas depuis 25 ans, et un mois d’août marqué par des déprogrammations. Changer d’image, c’est se renouveler pour rattraper le terrain auprès des téléspectateurs.

La question qui se pose est de savoir s’ils vont immédiatement se rendre compte de ce changement, ou s’ils ne le percevront que dans plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en se disant qu’il y a quelque chose qui a changé dans leurs habitudes télévisuelles. « L’habillage n’est pas un message explicite destiné aux téléspectateurs. Ils perçoivent l’implicite à force de côtoyer la chaîne », explique la spécialiste des médias. La seule façon de savoir si ce changement d’identité était une bonne idée est d’attendre la réaction du public. Si elle parvient à promouvoir ses programmes sans être trop complexe, le pari est réussi.