Moins ringardes, plus sportives, les téléspectateurs mordent à l'hameçon des émissions de pêche

CABILLAUD-LANTA Depuis quelques années, les émissions de pêche sont présentées par de véritables aventuriers et n’ont plus rien à voir avec le cliché télévisuel que l’on s’imagine

Clément Rodriguez

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Les grosses bêbêtes n'effraient pas Cyril Chauquet
Les grosses bêbêtes n'effraient pas Cyril Chauquet — UNTAMED PRODUCTIONS / RMC DÉCOUVERTE
  • Durant le mois de juillet, RMC Découverte diffuse des épisodes de Pêche XXL de 16h à 21h.
  • L’émission a ringardisé Histoires Naturelles, diffusée en plein milieu de la nuit sur TF1, et dont les insomniaques et/ou les fêtards se souviennent encore.
  • Cyril Chauquet, l’aventurier à la tête du programme, revient sur ses différents périples et sur l’image de l’émission qui se veut moderne et pour tous les publics.

Il est loin, le temps des décuvées à 4 heures du mat, affalé sur le canapé, devant un pêcheur à l’accent chantant en train de capturer un brochet dans une rivière boueuse. Désormais, les amateurs de poissons sont des sportifs, des aventuriers même, voyageant à travers le globe à la recherche des espèces les plus impressionnantes. Cyril Chauquet est l’un d’entre eux. Depuis une quinzaine d’années, il parcourt le monde dans Pêche XXL, une émission diffusée sur RMC Découverte et plus globalement dans 120 pays à l’international.

Plus qu’une émission de pêche, l’émission de Cyril Chauquet est carrément un voyage vers des contrées lointaines, avec des panoramas dépaysants et des rencontres avec les populations locales. « Les gens sont aussi importants que les poissons dans le programme », certifie l’animateur. La chasse aux poissons ne devient alors plus qu’un prétexte pour découvrir de nouveaux territoires, « des endroits perdus de la planète que personne ne verrait sans cette chasse aux poissons géants. »

De la difficulté de se détacher du passé télévisuel

Quand il s’agit d’aborder la perception des émissions de pêche dans le paysage audiovisuel français, Cyril Chauquet n’y va pas par quatre chemins. « Elle a toujours une image ringarde, on en souffre toujours aujourd’hui, déplore-t-il. Le mot “pêche” est tellement ringard que ça bloque le potentiel de toutes les émissions axées sur la pêche. La pêche se modernise, l’image est en train de changer, mais on subit encore l’influence de certaines émissions. »

Le terme a une telle connotation négative que l’aventurier de l’extrême serait prêt à changer le nom de son émission. Il faut bien reconnaître que le titre international, « À la poursuite des monstres », vend plus de rêve et laisse davantage de place à l’imagination. Cyril Chauquet souhaiterait un titre en adéquation avec le public de l’émission, qui n’est pas uniquement constitué d’hommes âgés et amateurs de pêche. « On souffre de cette image qu’ont semé Histoires Naturelles et Les Inconnus qui ont fait des sketchs à se moquer du pêcheur et du chasseur… Le mot "pêche", il faut l’abolir », réclame Cyril Chauquet.

De 12 à 120 pays en cinq ans

L’émission ne ressemble finalement en rien à Histoires Naturelles, diffusée pour la première fois en 1982. Avec davantage de moyens que le programme culte de TF1, le tournage de Pêche XXL prend place en Amazonie, dans l’Arctique Canadien ou encore dans les îles perdues du Pacifique. Le style est également différent, avec un montage rythmé et une musique plus stressante que la bande originale d’un film d’horreur. L’une des séquences les plus mémorables du show ? Le moment où Cyril Chauquet et son équipe se font prendre en chasse par des éléphants plutôt agressifs. En forçant le trait sur l’aspect Robinson, Pêche XXL est passée alors d’une douzaine de pays de diffusion à 120 en cinq ans environ.

Capturer des monstres de 200 kg au fond de l’Amazonie ou frôler des caïmans de quatre mètres en pêchant, ce n’est pas donné à tout le monde. Malgré tout, l’animateur affirme que « ça paraît toujours plus fou à la télévision que ça ne l’est en réalité. » Face à la peur et l’adrénaline, une seule solution : la connaissance. Le stress de croiser crocodiles, requins et piranhas s’atténue donc à force de voyager.

La protection de l’environnement avant tout

Cyril Chauquet n’est pas devenu un chasseur de poissons géants uniquement pour s’afficher à la télé. Sa passion pour la pêche s’affirme dès l’âge de trois ans, alors qu’il grandit dans les Alpes. Plus tard, cet amateur de sports à sensation prend son sac à dos et part à la rencontre de cultures différentes dès qu’il le peut. Il travaille ensuite avec un tour-opérateur spécialisé dans les voyages de pêche, et repère les endroits susceptibles de plaire aux amateurs de territoires vierges.

Grâce à cela, il permet de changer le destin des locaux, le plus souvent braconniers, en leur proposant de devenir guides de pêche. « En créant un business de pêche sportive avec une remise à l’eau systématique des espèces, ces gens qui abusaient de la ressource en tuant les poissons devenaient des protecteurs de l’environnement », affirme Cyril Chauquet.

Ces valeurs n’ont pas lâché le pêcheur au fil du temps, et son émission reflète sa philosophie. « Je mets mes compétences en pêche et en aventure au service de la science. Je capture ces poissons et je prends des échantillons pour créer des bases ADN et en apprendre plus sur eux », explique Cyril Chauquet, désolé que la mort d’un thon rouge n’ait pas le même impact que celle d’un lion sur la terre ferme. À moins que l’aventurier ne soit en conditions de survie, il remet alors toujours les espèces capturées à l’eau. Les téléspectateurs, eux, restent dans les mailles du filet de ses aventures depuis quinze ans.