« Camping Paradis » : « On a envie que ça dure le plus longtemps possible », confie Laurent Ournac

INTERVIEW La série revient sur TF1 pour un épisode inédit, réalisé par son comédien principal

Propos recueillis par Clément Rodriguez

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Laurent Ournac dirige le camping Paradis depuis 2006
Laurent Ournac dirige le camping Paradis depuis 2006 — JEAN-PIERRE AMET / TF1
  • Camping Paradis poursuit la diffusion de sa onzième saison avec un épisode inédit ce lundi sur TF1.
  • La série est toujours aussi populaire et un réseau de véritables campings à son image est sorti de terre cette année.
  • Laurent Ournac, qui incarne Tom Delormes depuis 2006, s’est confié à 20 Minutes sur les conséquences du Covid-19 sur le tournage, et sur l’avenir du programme.

Sortez les tongs du placard, badigeonnez-vous de crème solaire et installez votre serviette de plage devant votre télé. C’est bon, vous êtes prêt pour regarder l’épisode inédit de Camping Paradis diffusé ce lundi sur TF1. La fiction, créée en 2006, est toujours aussi populaire et se paye même le luxe de transpercer l’écran.

Depuis le 2 juin, douze campings franchisés au nom de la série ont ouvert leurs portes dans cinq régions différentes. Laurent Ournac, qui porte la série depuis quatorze ans, est revenu pour 20 Minutes sur l’aventure Camping Paradis, de l’arrêt du tournage en raison du coronavirus il y a quelques mois au besoin d’avoir encore des fictions populaires à la télévision.

Vous étiez en tournage à la montagne pour la prochaine saison de Camping Paradis quelques jours avant le début du confinement…

On a commencé la première semaine de tournage le mardi 10 mars. Il s’est interrompu alors qu’il restait trois semaines. C’était une ambiance particulière, parce qu’on avait les infos en continu. Dans l’équipe, plein de gens sont délocalisés et viennent de Marseille ou de Paris. Tout le monde était un peu inquiet d’organiser sa vie de famille avec des enfants qui ne vont plus à l’école alors qu’on est à 500 kilomètres de chez soi. On s’est retrouvés à 6 heures du matin le lundi et la mairie annonçait que le domaine skiable était fermé, la station terminait sa saison brutalement, et ça a mis un coup d’arrêt définitif à ce tournage.

Quand reprendrez-vous le tournage ?

On va reprendre le tournage à Martigues à la mi-août. On va retrouver les personnages dans le camping Paradis et on devrait terminer l’épisode du ski d’ici la fin de l’année, sûrement en décembre.

Vous allez tourner avec Patrick Sébastien. Le choix de son arrivée est-il arrivé naturellement ?

Dans un des prochains épisodes, on a un personnage qui lui correspond en termes d’âge, de maturité… On l’a contacté, on lui a parlé du projet et il a été séduit par l’idée. C’est une des personnalités qui symbolise la culture populaire à la télé. Camping Paradis s’apparente très bien à ça. Il y a une logique entre la personnalité médiatique qu’il est, hyperpopulaire, et la série familiale. Gamin, j’ai grandi avec Patrick Sébastien en regardant ses émissions, avec cette culture-là. Il me ramène à des souvenirs d’enfance, à des soirées avec mes parents à regarder Carnaval !. Il fait partie de mon patrimoine culturel populaire, je suis ravi de pouvoir tourner avec lui dans quelques semaines.

Vous réalisez, pour la troisième fois, l’épisode inédit qui sera diffusé lundi sur TF1. En quoi est-ce important pour vous d’enfiler cette casquette ?

C’est une façon de m’investir davantage dans la série et de me challenger différemment. Quand on tourne depuis de longues années avec le même rôle, la même chemise, dans le même univers, il faut garder la fraîcheur des premiers épisodes et je trouvais que c’était une bonne façon de sortir de la routine, de m’investir différemment auprès des équipes. Quand on est le chef d’orchestre d’une réalisation, on est au contact de tous les corps de métiers qui travaillent sur le film, et j’ai rencontré certains membres de l’équipe avec qui je n’avais aucun contact en tant qu’acteur. Et d’un point de vue pragmatique, je pense aussi à l’avenir. J’adore être devant une caméra mais je pense qu’il y aura forcément des moments où l’on n’aura peut-être plus trop envie de me voir devant la caméra. Ce sera l’occasion de garder cette passion-là, celle de la fiction, en étant un peu plus dans l’ombre.

En marge de la série a été créée cette année une franchise de véritables campings Paradis. En quoi consiste-t-elle ?

Dans chaque établissement, on retrouvera les décors modernisés de la série. Ce ne sera pas juste de la déco, mais une vraie supérette, une vraie scène, un vrai bar, un vrai restaurant. Il y en a une douzaine, certains sont au bord de la mer, d’autres plus dans les terres. Ce sont des campings avec une offre différente en fonction de la région et du patrimoine autour, mais toujours avec cette philosophie d’accueil. Ça ne s’adresse pas qu’aux fans, ce ne sont pas des campings musées à la gloire de la série, mais on utilise le nom pour offrir une culture commune.

Quel rôle avez-vous en tant qu’ambassadeur ?

Je suis leur égérie. Si on était dans la mode, je serais leur mannequin privilégié, leur voix, leur corps. Comme je représente la série depuis quinze ans, c’était cohérent d’en être l’image. Je participe aussi avec eux à une réflexion sur la philosophie de Camping Paradis, même si je ne suis pas un spécialiste du tourisme. On met en parallèle nos idées pour des soirées d’animation, des thèmes. Ce n’est pas moi qui ouvre des campings, je n’en suis pas le directeur !

Est-ce qu’au moment du lancement de la série en 2006, vous vous imaginiez que les campings Paradis ouvriraient pour de vrai ?

On n’imagine pas que l’univers, la poésie qu’on a amenée dans les histoires que l’on a racontées devienne une réalité et que ce soit une marque suffisamment ancrée dans le cœur des Français pour se dire qu’ils passeraient leurs vacances dans un camping Paradis. Ce ne sont pas des produits dérivés, ce n’est pas un mug ou un polo, les gens vont venir en vacances pour retrouver un état d’esprit et une façon de concevoir les vacances, c’est d’autant plus fort.

Les fictions populaires comme Camping Paradis ou Joséphine Ange Gardien sont souvent décriées. Est-ce que l’arrivée des campings dans la réalité est la preuve de leur force ?

On est présents depuis 2006, je crois qu’on est ancrés dans la culture populaire. Je vois des gens qui aujourd’hui ont 25 ans, qui regardaient les premiers épisodes à l’époque et ont grandi avec Camping Paradis. Ça ne veut pas dire qu’ils vont regarder tous les épisodes aujourd’hui, mais ça fait partie de leur culture télévisuelle malgré tout. Se dire que la série qu’on fait a aussi marqué une génération de gens parce que ça les ramène à des souvenirs, c’est hypertouchant et valorisant.

Il y a donc encore de la place pour les fictions familiales à la télévision…

Aujourd’hui, on est une fiction presque hors du temps. On n’est pas à mettre en concurrence avec ce qu’il se crée aujourd’hui parce que l’on n’est pas dans les mêmes codes de ces séries, avec une offre plus diversifiée, plus riche d’investissements visuels et narratifs. Il y a une touche dans la fiction française comme Joséphine Ange Gardien et Camping Paradis qui est un peu historique. On est peut-être évidemment plus proches de la fin que du début. Nous, ça fait 14 ans qu’on est là. Je nous souhaite de durer plus de vingt ans encore, mais en étant réaliste, on se dit que les choses s’arrêteront et, après tant d’années, c’est normal qu’on pense aussi à la fin. Malgré tout, je reste convaincu que ça ne veut pas dire que l’on n’a pas notre place. Il y a de la place pour des choses ultramodernes avec une jeune génération mais ça ne veut pas dire qu’on doit nous mettre aux déchets pour le moment. C’est pour cela qu’on n’a jamais changé nos recettes, ça ne sert à rien de vouloir faire du jeune avec du vieux. C’est parce qu’elle a été faite comme cela que les gens ont aimé cette série et ont construit leurs souvenirs avec, il faut l’assumer jusqu’au bout.

Vous ne ressentez donc pas l’envie de quitter votre personnage de Tom Delormes ?

Je n’ai pas envie de partir. Des familles se créent au bout de quinze ans. On travaille avec les mêmes comédiens, les mêmes réalisateurs, la même équipe, c’est aussi une petite entreprise qui tourne. On n’a pas envie de se séparer, on a envie que ça dure le plus longtemps possible parce qu’on prend plaisir à la fabriquer de façon artisanale et en marge de ce qu’il se fait.