« Le village préféré des Français » : L'émission de Stéphane Bern ne connaîtra aucun remaniement

CONSTANCE Pour sa dixième édition, le programme présenté par Stéphane Bern refuse de faire évoluer sa formule

Benjamin Chapon

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Stéphane Bern présente l'édition 2020 de l'mission Le village préféré des Français sur France 3
Stéphane Bern présente l'édition 2020 de l'mission Le village préféré des Français sur France 3 — C.Lartige / FTV
  • Le Village préféré des Français est élu, pour la dixième fois, par les suffrages du public, mercredi soir sur France 3.
  • Le système de vote semble avantager certaines régions.
  • L’impact du palmarès sur le tourisme rend compliqué une modification du mode de scrutin.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, paraît-il. Et dans les vieux villages qu’on fait les gagnants du jeu de France 3 ? Pas si simple. Pour sa dixième édition en tout cas, Le village préféré des Françaisa fait le choix de la continuité.

Huit ans après son lancement, l’émission présentée par Stéphane Bern, diffusée mercredi soir, ne change rien à sa formule. Après tout, l’audience est là (autour de 2,5 millions de téléspectateurs depuis cinq ans). Et pourtant, chaque année quelques critiques reviennent. Notamment sur le système de vote du public…

Les gros mangent les petits

Les votes du public, soit en direct soit en amont de l’émission, décident en effet du gagnant. Or, contrairement à l’Eurovision où on ne peut pas voter pour le candidat de son pays, Le village préféré des Français encourage au contraire à mobiliser les habitants de chaque région. Et depuis 2016 et la première édition avec un nombre de candidats revus à la baisse (pour coller au nombre de nouvelles régions fusionnées), certaines régions savent mieux que d’autres tirer leur épingle du jeu.

Il y a ainsi du défaitisme du côté des « petites régions », celles qui n’ont pas fusionné (comme les Pays-de-la-Loire) ou comptent moins d’habitants (comme la Corse) et se retrouvent assez mécaniquement désavantagées. Ainsi, sur la moyenne des quatre dernières éditions, la Corse arrive en onzième position… Bien loin de sa réputation d’île de beauté.

Personne n’aime la Charente-Maritime

Mais il y a une autre explication au classement des villages : le chauvinisme. Ainsi l’Ile-de-France, pourtant région la plus peuplée de France, n’a jamais vraiment brillé. Elle est même arrivée deux fois en dernière position ces quatre dernières années. Au contraire, des régions comme le Grand-Est et la Bretagne concentrent l’essentiel des victoires et des places d’honneur, avec les Hauts-de-France. Si l’on enlève les deux victoires de villages de Midi-Pyrénées, survenues à la préhistoire de l’émission en 2012 et 2014, les régions du sud de la France sont toujours laissées pour compte.

Chez Morgane Productions, qui produit l’émission depuis ses débuts, on appelle ce phénomène le « syndrome Miss France ». Comme pour le concours de TF1, la beauté et le charme ne font pas tout… « Les Alsaciens et les Bretons sont les plus forts, les mieux mobilisés, nous expliquait Gérard Pont, producteur de l’émission. Il y a vraiment une notion de peuple chez eux qui fait qu’ils peuvent soutenir un village de leur région. Dans les autres régions l’esprit de clocher est plus fort. » En somme, un Breton de Perros-Guirec peut voter pour un village du golfe de Morbihan, mais personne ne veut voter pour un village francilien, et les Landais se moquent du charme d’un patelin de Charente-Maritime.

Compétition intrarégionale

Autre pomme de discorde : les nouvelles régions précisément. Au sein des régions, cinq ans après la réforme, certains font encore la différence entre villages issus des anciennes régions. Ainsi, dans les Hauts-de-France, on constate avec une pointe d’amertume que, pour la deuxième fois de suite, c’est un village picard qui représentera la région, et non une bourgade du Nord ou du Pas-de-Calais…

« Il faut un équilibre au sein des régions, c’est compliqué, admet Stéphane Bern. Ça ne peut pas toujours être le même département, ni le même type de village. » Mer, campagne, montagne… Il faut de la variété. Après tout, Le village préféré des Français est avant tout une émission de télé et il faut que les téléspectateurs en aient pour leur argent.

Un coup de projecteur

L’argent est précisément au centre des attentions. En dix éditions, les lauréats ont tous pu constater l’impact gigantesque de l’émission sur leurs revenus issus du tourisme. Saint-Vaast-la-Hougue, lauréat 2019, a ainsi sauvé sa saison touristique, sinistrée par la crise du coronavirus, grâce à l’impact de l’émission. Ainsi, il devient délicat de changer les règles du jeu désormais. Tout au plus la production pourrait consentir à augmenter le nombre de villages candidats, pour plus d’expositions médiatiques…

Mais si l’impact touristique est énorme pour le gagnant, il l’est franchement moins pour les autres. 20 Minutes a contacté des villages arrivés deuxièmes ou troisième ces cinq dernières années. A chaque fois, le constat est identique : « On a eu un petit effet local, les gens de la région viennent un peu à la journée, mais c’est à peu près tout. » Stéphane Bern est plus optimiste : « C’est un coup de projecteur formidable. Et l’émission a un impact sur les alentours des villages présentés aussi ! En dix éditions, on a créé une carte idéale pour les vacances des Français en quête de villages d’exception. »