France 2 : David Pujadas jugé pour diffamation après un reportage polémique diffusé en 2016

JUSTICE La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, est également renvoyée en procès pour diffamation

C.R. avec AFP
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David Pujadas sur le plateau de « L'Emission politique » en 2016
David Pujadas sur le plateau de « L'Emission politique » en 2016 — YANN BOHAC/SIPA

Le 7 décembre 2016, un reportage diffusé dans le « 20 heures » de France 2 suscitait la polémique. Intitulé «  Lieux publics : quand les femmes sont indésirables », le sujet assurait que les femmes n’étaient pas les bienvenues dans un bar de Sevran. Quatre personnes, dont la présidente de France Télévisions et le présentateur du journal de France 2, sont aujourd’hui renvoyées en procès pour diffamation, selon une ordonnance dont a eu connaissance vendredi l’AFP.

Amar Salhi, le patron du Jocy Club de Sevran (Seine-Saint-Denis), avait déposé plainte pour diffamation en raison de la race et de l’origine contre la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, le présentateur du journal, David Pujadas, la journaliste autrice du reportage, Caroline Sinz, et la militante Nadia Remadna, qui avait filmé en caméra cachée des clients de son établissement.

Tous les quatre ont été mis en examen et renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris, selon une ordonnance rendue le 3 juin. En matière de diffamation, la mise en examen est quasi automatique et les débats de fond se déroulent à l’audience.

Un lieu comme un symbole de la mainmise supposée des islamistes

Il y a plus de trois ans, France 2 avait diffusé dans son journal télévisé un reportage dans lequel deux militantes féministes de la « Brigade des mères » s’aventuraient en caméra cachée dans ce bar-PMU, pour dénoncer les lieux publics où les femmes seraient « indésirables. »

« Dans ce café il n’y a pas de mixité », « on est à Sevran, pas à Paris (…) Ici, c’est une mentalité différente, c’est comme au bled », leur assènent des clients. « Aller dans un bar, ici, c’est braver un interdit pour une femme », dit la voix off.

Le sujet agite très vite les réseaux sociaux, où certains érigent le lieu en symbole de la mainmise supposée des islamistes sur les banlieues. Les caméras du monde entier se succèdent devant ce café français supposément « interdit » aux femmes. Dans les semaines qui suivent, plusieurs médias publient toutefois des contre-enquêtes montrant que les femmes ne sont pas plus bannies du Jockey Club que les jeux d’argent ou l’alcool.

Le bar est désormais fermé

Avec ce procès, dont la date n’a pas encore été fixée, Amar Salhi, qui a fini par fermer son établissement, espère pouvoir « retrouver son honneur. » « Ça a été affreux. Ça a changé ma vie, j’ai perdu beaucoup de choses. Ils m’ont assassiné », dit cet homme de 62 ans.

Sollicité par l’AFP, le groupe France Télévisions a indiqué ne « pas faire de commentaires car la procédure est en cours. » Pour Me Farid Bouzidi, l’avocat du patron du bar, ce reportage est « une supercherie », « un reportage en caméra cachée pour dénoncer des faits que l’on savait faux. » « La journaliste de France 2 n’est jamais allée sur place », dénonce-t-il.