Coronavirus : Comment « Quotidien » s'est imposée comme une émission majeure du PAF

QARTON D'AUDIENCE L’émission de Yann Barthès a battu plusieurs records historiques ce lundi 8 juin. La grande forme des talk-shows va-t-elle durer ?

Clément Rodriguez

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Yann Barthès est à la tête de « Quotidien » depuis 2016
Yann Barthès est à la tête de « Quotidien » depuis 2016 — Anthony Ghnassia/TF1
  • Lundi 8 juin, Quotidien s’est offert son record d’audience en réunissant 2,5 millions de fans.
  • Depuis le début de la crise sanitaire, l’émission de Yann Barthès s’est distinguée grâce à son regard sur l’actualité.
  • Pour Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS, les talk-shows de manière générale ont obtenu « un statut différent grâce à la crise ».

Plus que jamais, le Q fait de l’audience en télévision. Lundi soir, le public a répondu présent à l’appel de Yann Barthès sur TMC et s’est massé devant Quotidien entre 20 h 15 et 21 h 25. Au total, deux millions et demi de personnes ont suivi le programme, soit 10 % de part d’audience sur l’ensemble du public. Records battus sur les deux indicateurs. L’émission se paie même le luxe d’afficher un insolent pic à 3,4 millions de curieux.

Sur le plateau, le mélange des genres qui fait la patte Quotidien a prouvé ( une fois de plus) son efficacité. Dans un premier temps, Pascal Blanchard, historien spécialiste de la colonisation, de l’immigration et du racisme a apporté son regard sur les manifestations dans le monde suite à la mort de George Floyd. Ce sont ensuite Naoil et Claude, deux finalistes de Koh-Lanta, qui ont pris place pour faire le bilan de leur aventure. Faire le pari de ce grand écart a donc été un choix payant pour Quotidien, à l’apogée de son succès après trois mois de couverture de la crise sanitaire.

Quand Quotidien se joue des paradoxes

Le record de Quotidien s’inscrit dans une période où le petit écran est autant regardé qu’il y a dix ans. Face au besoin d’information, les téléspectateurs de tout âge allument leur poste. « Il y a une double demande, à la fois d’information immédiate, et de s’y retrouver », commente Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS, pour expliquer à la fois le succès des rendez-vous d’information traditionnels, des chaînes en continu, et des talk-shows de début de soirée.

Quand Quotidien révèle le dessous des cartes et montre les arrière-cuisines de l’actualité (la marque de fabrique de l’émission depuis qu’elle existe, même à l’époque du Petit Journal sur Canal), elle parvient à opérer un mouvement paradoxal : attirer ceux qui se méfient de l’information de manière générale. « C’est un magazine qui porte sur la communication plus que sur l’actualité, ce qui intéresse beaucoup dans notre époque complotiste, analyse Isabelle Veyrat-Masson. Les paranos ou les complotistes vont avoir envie de corroborer leur idée première, en disant que les choses ne sont pas ce que l’on voit. »

Outre cette frange de la population, le grand public a également la volonté de se renseigner sur tout ce qui fait l’actualité. « Entre ce qu’il s’est passé avec le Covid-19 et les manifestations antiracistes, il y a eu un cocktail de convergences qui expliquent que les gens aient regardé l’émission. » De Didier Raoult au coronavirus, en passant par les fake news autour de Bill Gates ou de la mort de George Floyd, Quotidien a rempli ses missions d’information et de divertissement.

Un boom qui profite à tous

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, tous les rendez-vous d’information ont vu leur part d’audience grimper en flèche. Se tourner vers la télévision est en réalité un réflexe que l’on observe après chaque catastrophe. Le petit écran est notamment crédité d’une plus grande crédibilité que les réseaux sociaux, où les informations circulent sans filtre, mais n’a pourtant pas toujours fait l’unanimité. Avec les crises, la « télé poubelle » redore son image tant décriée pour apporter un regard plus large sur la société.

Un seul enjeu est désormais au centre des attentions des talk-shows tels que Quotidien, C à Vous ou 28 Minutes : maintenir le cap (et les téléspectateurs devant leur poste). Pour Isabelle Veyrat-Masson, certains vont revenir à des taux d’audience habituels quand d’autres émergeront : « Ces émissions obtiennent un statut différent grâce à la crise. Cela s’explique par exemple par une information plus rapide ou un journaliste performant. » La directrice de recherche au CNRS prend le cas de C à Vous, dont les éditos de Patrick Cohen ont connu un large succès durant la crise, et qui vont permettre, à cette émission, comme aux autres, « d’acquérir un statut qu’elle n’avait pas avant. »

Quotidien, elle, compte bien profiter de cette forme olympique en apposant son label sur d’autres productions de la chaîne. Le 23 juin, TMC proposera alors son premier « Doc Quotidien », un reportage diffusé en prime qui s’intéressera aux « vieux, devenus plus cool que les jeunes. » Mais ne vous attendez pas à voir Yann Barthès débarquer : à l’image de l’émission de Martin Weill à l’antenne depuis deux ans, Quotidien fait des petits. Parviendront-ils un jour à obtenir le même statut d’incontournable du poste que leur aînée ?