« The Voice » : « Je me suis fait piéger par le travail qu’on m’a demandé », confie Marc Lavoine

INTERVIEW Alors que « The Voice » revient à l’antenne samedi soir sur TF1 avec la demi-finale de la saison 9, le coach Marc Lavoine fait un point d’étape avec « 20 Minutes »

Fabien Randanne

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Marc Lavoine, en janvier 2019.
Marc Lavoine, en janvier 2019. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • La demi-finale de la saison 9 de « The Voice », interrompue fin avril pour cause de confinement, sera diffusée samedi soir en direct sur TF1.
  • Parmi les douze candidats en lice, Antoine Delie, Ifé et Antony Trice figurent dans l’équipe de Marc Lavoine.
  • « Je n’imaginais pas que ce serait aussi émouvant, que j’allais rencontrer des vies, des parcours, des personnages aussi importants et aussi forts », confie Marc Lavoine à « 20 Minutes » au sujet du bilan de sa première expérience de coach dans le télécrochet.

Le spectacle doit continuer. Après plus d’un mois d’interruption, The Voice fait son retour à l’antenne en direct ce samedi à 21h05 sur TF1 pour les demi-finales. A l’issue de l’émission, les quatre finalistes de la neuvième saison du télécrochet seront connus. Nouveauté cette année : les quatre talents, parmi les douze en lice, arrivés en tête des votes du public, décrocheront leurs tickets pour la finale. Autrement dit, un coach pourra avoir la joie de voir les trois talents de son équipe qualifiés pour l’ultime rendez-vous, ou le déplaisir d’affronter une triple élimination. Pour Marc Lavoine, qui se prépare à toutes les éventualités, « c’est la règle du jeu ». Ce lundi, 20 Minutes a contacté le chanteur à l’issue d’une séance de coaching avec son équipe (Antony Trice, Ifé et Antoine Delie) afin de faire un point d’étape sur son expérience de juré et sur ce qui se prépare pour samedi.

La reprise des coachings, dans les conditions du déconfinement, a été facile ?

Aujourd’hui [lundi], on a fait un coaching par Skype alors évidemment, c’est compliqué parce que la connexion n’était pas toujours très bonne. Donner des avis, des consignes ou des indications quand on n’est pas avec la personne, ça crée toujours une sorte de pression supplémentaire. Alors que, normalement, le but du coaching est justement d’enlever des pressions. Pour un des candidats, je n’ai pas eu grand-chose à dire parce que la prestation était déjà très satisfaisante comme ça. Pour les deux autres, j’avais des doutes sur certaines choses comme la tenue vestimentaire ou la mise en scène. Dans ce cas, c’est plus difficile de se faire comprendre sans qu’il y ait une sorte d’interprétation ambiguë, qui crée un flou dans la communication, un malentendu. Demain [mardi], je serai avec eux et, pour les dernières répétitions, avant qu’ils chantent, nous aurons plus de temps et d’intimité pour détendre les choses.

Il était prévu que ces émissions en direct se déroulent au Palais des sports (Paris 15e), or, coronavirus oblige, elles auront finalement lieu en plateau. Ce n’est pas frustrant ?

Non, au contraire, c’est intéressant, parce qu’on vit quelque chose d’historique. L’homme a toujours su s’adapter aux événements, le coronavirus est une réalité, il n’était pas question d’attendre encore plus longtemps pour ces jeunes artistes qui ont beaucoup travaillé. J’ai coaché des talents vraiment très forts et j’ai continué à parler avec eux, y compris avec ceux qui ont été éliminés aux Battles ou aux KO, pendant tout le confinement. On a gardé un lien important. On est en déconfinement et peu à peu on se réhabitue à une nouvelle vie, ça fait partie du jeu. Je pense que c’est bien pour eux et pour le public qu’on ait maintenant les résultats de la demi-finale, qu’on sache qui va aller en finale.

Les règles ont changé cette année et les quatre candidats préférés du public iront en finale. Ce qui signifie que les trois talents de votre équipe pourraient être finalistes ou éliminés…

Oui, c’est la règle du jeu. Je pourrais en avoir trois, deux, un ou aucun en finale. Ils ont préparé des chansons formidables. A ce stade-là, les choix de chansons sont fondamentaux parce qu’il faut interpréter des morceaux émouvants, qui représentent tout le travail accompli, en gardant l’historique de chacun, leurs personnalités. Antoine Delie, Ifé et Antony Trice ont choisi des chansons qui me paraissent compter dans la mémoire collective tout en représentant quelque chose pour un artiste à ce moment-là de la compétition. Maintenant, il faut mettre sa peau sur la table. Ces chansons demandent d’accomplir une prestation absolument sincère. Nous avons fait les bons choix, je pense.

Il n’y aura pas de public en plateau. Par rapport à la foule qui aurait pu les applaudir au Palais des sports, ça fait une sacrée différence…

Le public sera « skypé ». Il y aura un mur d’écrans montrant les visages de ceux qui regardent la prestation. C’est important symboliquement. Le travail d’un artiste, c’est de chanter pour chacun d’entre nous et non uniquement pour deux cents personnes sur un plateau. Ils le voient sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de gens qui leur parlent. Un chanteur, quand il enregistre une chanson en studio, le fait pour les artistes de son Panthéon mais aussi pour chacune des personnes auxquelles il a envie d’envoyer un message. Il n’y a pas de liberté artistique sans contrainte et cette contrainte-là [l’absence de public] est importante. C’est une des données de cette compétition. Je crois qu’Ifé, Antoine et Antony sont capables de se libérer de cette contrainte pour offrir aux téléspectateurs les plus belles prestations.

A deux émissions de la fin, quel bilan tirez-vous de votre première expérience de coach dans « The Voice » ?

J’ai éprouvé durant toute la compétition quelque chose d’inédit parce que je me suis moi-même fait piéger par le travail qu’on m’a demandé. Je n’imaginais pas que ce serait aussi émouvant, que j’allais rencontrer des vies, des parcours, des personnages aussi importants et aussi forts. Cela prouve que les gens qui veulent faire entendre leurs voix ne sont pas là par hasard, ils ne sont pas là pour passer le temps mais parce que c’est leur vie. Je pense que la plupart d’entre eux sont faits pour ce travail. Après la compétition The Voice, il y a une compétition contre soi-même. Le métier de la chanson est devenu difficile. Même pour nous qui sommes des professionnels, si j’ose dire, depuis des années, nous sommes obligés de nous adapter. Le métier change. La seule chose qui ne change pas c’est la voix et la main de l’artiste qui va toucher les gens. Je suis content de voir qu’il y a eu des prestations d’un très grand niveau grâce au casting qui a été fait. J’ai été impressionné par cette aventure. Il y a une vie incroyable entre les maquilleurs, les cameramen, le réalisateur, les directeurs artistiques… il y a quelque chose de fort et ça restera un souvenir impérissable.

Donc si on vous propose de rempiler pour la saison suivante, vous acceptez ?

Pour l’instant, j’essaie de remplir mon office jusqu’au bout, d’être utile à l’émission, aux artistes. Si la question se pose, j’y répondrai mais, pour le moment, toute mon attention est portée sur la demi-finale et la finale.

Comment appréhendez-vous la reprise de vos activités artistiques maintenant que le déconfinement est bien enclenché ?

J’ai eu beaucoup de chance, parce qu’en dehors des dates en Outre-Mer, qui ont été reportées et des festivals annulés, j’avais terminé mes concerts juste avant le confinement. Ma tournée reprendra normalement au mois d’octobre, en piano-voix. Entre-temps, je tournerai un film avec Gérard Jugnot, donc je suis un peu épargné. Mais je pense à mes collègues comme Christophe Maé, Jean-Louis Aubert, Matthieu Chedid et tant d’autres qui ont dû annuler leurs tournées. J’espère que la musique retrouvera le chemin des scènes et des festivals très bientôt.