France 2 devrait-elle diffuser des films d'art et d'essai à la place des films avec de Funès ?

CINEPHILIE Depuis le début du confinement, France 2 propose, chaque jour à 14 heures, un film français du patrimoine

Benjamin Chapon

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Louis de Funès dans «Le Gendarme et les Extra-terrestres».
Louis de Funès dans «Le Gendarme et les Extra-terrestres». — RONALDGRANT/MARY EVANS
  • Depuis le 21 mars, France 2 diffuse des comédies familiales chaque jour à 14 heures.
  • Si ces films cumulent des audiences fortes, ils suscitent aussi quelques critiques sur le manque de variété.
  • Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française suggère que la chaîne diffuse aussi des classiques de la cinéphilie.

Après le tunnel Louis de Funès et avant des films de Michel Blanc, Dany Boon a les honneurs de la séance de 14h sur France 2. Le rendez-vous est désormais installé pour les téléspectateurs confinés. Chaque après-midi, un classique du cinéma français égaye l’après-midi des Français. On a eu droit à La soupe aux choux, Papy fait de la résistance ou encore Rabbi Jacob.

Et les audiences sont au rendez-vous. Deux fois plus de téléspectateurs qu’habituellement, et des scores entre 3 et 5 millions de téléspectateurs. Colossal. Pourtant, certains râlent contre cette programmation très familiale, à l’image des émissions habituellement diffusées sur cette tranche : Tout compte fait et Vivement dimanche le week-end, Ça commence aujourd’hui et Je t’aime etc. en semaine.

Le ciné à papa fait de la résistance

Sur les réseaux sociaux, on se moque un peu de France 2 et de son manque d’imagination pour proposer des films qui n’aient pas été déjà vus des dizaines de fois. Du côté de la chaîne, et alors que les programmateurs travaillent d’arrache-pied pour pallier le manque d’émissions impossibles à tourner pendant le confinement, on se justifie. « Il s’agit de films qui visent à réunir la famille. Des films qu’on est heureux de revoir avec ses enfants, des films positifs. »

Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française, fait la moue. « Je n’ai rien contre le cinéma à la télévision. Je fais partie d’une génération qui a découvert le cinéma grâce à la télé. J’ai revu L’armée des ombres sur France 3 et je me suis régalé. Mais je me dis que sur cette case, ils pourraient être un peu plus audacieux… »

Jean Epstein ou Gérard Jugnot ?

Une nouvelle controverse « Pour ou contre les comédies françaises » en vue ? Pas du tout pour Frédéric Bonnaud. « Louis de Funès est un géant. La Cinémathèque française devait inaugurer une exposition sur lui le 1er avril. Mais il n’y a pas que lui. Le cinéma français est d’une richesse inouïe. »

De son côté, la Cinémathèque propose justement, gratuitement, un film par jour sur son site. Pierre Clémenti, Jean Epstein, Otar Iosseliani au programme. C’est sûr qu’on est loin des Choristes… Mais ne tombe-t-on pas alors dans l’excès inverse ? « On diffuse les rares films dont on a les droits, se justifie Frédéric Bonnaud. Ce dispositif est une sorte de quatrième écran pour nous, puisque nos trois salles sont fermées. Mais on ne peut pas y montrer les dizaines de milliers de films que nous conservons mais dont nous n’avons pas les droits. Sinon, j’irais en prison… »

Un geste de programmation

Les chaînes de télévision en revanche, ont la possibilité de passer des classiques du cinéma français ou des films d’art et essai. « La télévision ne transmet pas du tout l’histoire du cinéma et c’est dommage. Montrer De Funès ne suffit pas. Apprendre le cinéma doit être accompagné d’un geste de programmation, et c’est ce que l’on fait à la Cinémathèque avec notre action culturelle notamment. »

A ce jour, France 2 ne prévoit pas de compléter son offre avec des films plus pointus que ceux diffusés à 14 heures. Peut-être cela sera-t-il à l’étude si, par exemple, des séries prévues en prime time venaient à manquer. « France 2 pourrait dire que, tous les soirs, à minuit, il y a un grand film du patrimoine, avec quelques explications de contexte », plaide Frédéric Bonnaud.