« The Circle France » : Pourquoi l’émission met-elle autant en avant la culture du clash ?

FRENCH CLASS La nouvelle téléréalité française de Netflix est adaptée d’un format britannique. Au contraire de ses consœurs, cette version se démarque par ses nombreuses stratégies entre candidats

Clément Rodriguez

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Romain est un candidat de The Circle France
Romain est un candidat de The Circle France — Capture d'écran/Netflix
  • Netflix a lancé la version française de The Circle le 9 avril dernier.
  • Rapidement, l’émission a séduit les abonnés, se classant en tête des programmes les plus regardés de la plateforme.
  • À la différence des autres versions internationales du jeu, le casting de son dérivé français se distingue par ses stratégies et son manque de bienveillance.

Aurait-on mérité ce cliché inlassable qui veut faire des Français le peuple le plus râleur et de mauvaise foi au monde ? Il se pourrait bien que Netflix enfonce le clou avec la version française de The Circle. Dans cette téléréalité, huit candidats communiquent entre eux à travers un réseau social sans jamais se voir. Chacun peut alors prendre l’identité qu’il souhaite, tout en tentant d’être le joueur le plus populaire afin d’éviter l’élimination.

Un gagnant, des perdants, jusque-là, rien de bien nouveau à l’horizon. Là où The Circle parvient à se démarquer des autres jeux tels que Secret Story, Koh-Lanta ou autres La Villa : La Bataille des Couples, c’est avec son casting. Confinés dans leur appartement respectif, les participants apprennent à se connaître par écrans interposés, et cela réserve parfois de bonnes surprises.

« Ne jamais juger un livre à sa couverture »

Dans l’édition américaine, les candidats n’ont de cesse de répéter qu’il « ne faut pas juger un livre à sa couverture. » Quelles que ce soient les personnes qui se cachent derrière les profils, peu importe leur genre, leur couleur de peau, leur religion ou leur orientation sexuelle, tout le monde s’accepte. La bienveillance, voilà le mot d’ordre. C’est ainsi que les joueurs deviennent amis au sein même du jeu et qu’ils vont même jusqu’à se donner des petits surnoms.

Il suffit d’un seul épisode de The Circle France pour comprendre que l’ambiance est tout à fait différente chez nous. Après avoir été éliminée, la première candidate à sortir du jeu a le droit de rencontrer celui qui l’a éliminée. Là où les joueurs brésiliens et américains se seraient pris dans les bras en repartant bons amis, la jeune femme se contente d’un joli « c*nnard » adressé à son adversaire. Le savoir-vivre à la française ?

Le clash, une culture française ?

Tout au long du jeu, les candidats français vont s’allier, s’unir pour mieux régner, et évincer les personnes avec lesquelles ils partagent moins d’affinité. Oubliés la bienveillance et l’esprit « feel good » des versions américaine et brésilienne du programme de Netflix. Cette différence s’explique probablement par la culture du clash qui régit la téléréalité française depuis plus d’une décennie. Le 31 mars dernier, c’est un épisode sanglant qui a signé le record historique des Marseillais de W9. Sur YouTube, les vidéos des « plus gros clashs de la téléréalité française » cumulent des millions de vues. Désormais, les candidats savent ce qui buzze, et la réaction de la première éliminée de The Circle France en est la preuve. On note aussi que derrière le choix du casting se cachent des professionnels de la télévision qui ont déjà travaillé pour La Villa des Coeurs Brisés, Les Marseillais, ou même Secret Story. Il est alors aisé pour eux de savoir quels personnages seront les plus intéressants à l’écran.

Soyons honnêtes, The Circle n’est pas le seul exemple où règne la mauvaise ambi. Chaque vendredi sur TF1, les coups bas fusent sur l’île des rescapés de Koh-Lanta. Toutefois, ne nous attribuons pas tous les mérites de la culture du clash. Si la version française de The Circle veut nous faire porter le mauvais rôle, d’autres formats tendent à nous prouver le contraire. Vous trouvez qu’il y a trop de stratégies dans Koh-Lanta ? Accrochez-vous pour l’émission américaine. « Koh-Lanta, c’est la version Bisounours de Survivor, confie un fan. Aux Etats-Unis, on attend des aventuriers qu’ils fassent les meilleures stratégies pour impressionner le jury final. » Un autre soutient que « l’idée de "mérite" qui laisse entendre que seuls les candidats athlétiques auraient leur place dans le jeu n’existe plus vraiment dans Survivor depuis un bon moment. » Les Français ne sont donc pas les seuls spécialistes de la manipulation.

Finalement, à quoi devons-nous notre attrait pour la téléréalité ? « Le voyeurisme, le bonheur que cela procure et l’effet de surprise, selon Luc Dupont, professeur en communication à l’Université d’Ottawa. Ce n’est donc pas un miroir de notre quotidien que l’on cherche dans ce genre de programmes », surtout lorsqu’ils ressemblent ironiquement au nôtre en temps de confinement. Au sein de la communauté des fans de The Circle, le débat est désormais lancé : faut-il préférer la version « feel good » américaine, ou la version « stratégie » à la française ? Une question sur laquelle on va encore pouvoir se clasher pendant un bout de temps.