« Morning Night » : L’esprit du « Morning Live » est-il soluble dans la France de 2020 ?

TELEVISION Michaël Youn revient ce jeudi sur M6 avec une nouvelle émission, vingt ans après le « Morning Live »

Fabien Randanne
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Vincent Desagnat, Michaël Youn et Benjamin Morgaine reprennent du service dans le
Vincent Desagnat, Michaël Youn et Benjamin Morgaine reprennent du service dans le — Laura GILLI/ M6
  • Ce jeudi à 21 h 05, et le jeudi suivant à la même heure, M6 diffusera « Morning Night », la nouvelle émission de Michaël Youn.
  • Une partie de l’ancienne bande du « Morning Live » reprend du service pour ce « comedy show » potache.
  • « 20 Minutes » a vu un aperçu de 40 minutes de la première émission.

Parlons d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Entre 2000 et 2003, des milliers de Françaises et de Français avaient pris l’habitude de commencer leur journée en avalant leur bol de café ou de céréales tout en s’esclaffant devant le Morning Live. Diffusée de 7 h à 9 h sur M6, cette matinale avait la prétention d’être celle qui « réveille tes voisins », en référence au joyeux bordel qui y régnait, propice à la saturation sonore.

Le décor rose papier toilette était minuscule et l’émission semblait bricolée avec les moyens du bord, ce qui lui donnait tout son charme. Il y avait des clips, des flashs infos mais surtout des happenings potaches à l’occasion desquels Michaël Youn se retrouvait régulièrement les fesses à l’air et/ou en train de hurler dans un mégaphone. Le nouveau millénaire commençait à peine, l’humour régressif avait la cote – à peu près au même moment, les crétins autoproclamés de Jackass faisaient sensation sur MTV avec leurs défis mal élevés et leurs cascades neuneus.

Vingt ans ont passé et Michaël Youn fait son retour ce jeudi à 21 h 05, toujours sur M6, aux commandes du Morning Night. « Ce n’est pas une émission nostalgique, ni un best-of. C’est juste nous, vingt ans après », avance l’animateur. Nous, c’est-à-dire lui et deux de ses acolytes de l’époque, qui sont toujours ses amis, Benjamin Morgaine et Vincent Desagnat. Tous trois avaient « envie de se retrouver pour faire des bêtises ». Mais à une époque souvent décrite comme crispée, où il est de bon ton de penser « qu’on ne peut plus rire de rien », l’essence du Morning Live a-t-elle encore sa place sur le petit écran ? « On a gardé le même esprit », assure Michaël Youn avant de prendre l’exemple d’une pub pour le ténia, en tant que « remède minceur ».

« Il y aura des torrents de boue sur Twitter et on sera ravis. »

Il s’attend à ce que certains passages soient étrillés sur les réseaux sociaux. « On sait que la moindre vanne de travers est surcommentée, notait-il en présentant l’émission aux médias le mois dernier. Alors on s’est réunis avec l’équipe dès le départ et on a décidé… de ne pas en tenir compte. (…) C’est sûr que le lendemain il y aura des torrents de boue sur Twitter, et on sera ravis. »

Au regard d’un aperçu de 40 minutes du premier numéro que 20 Minutes a pu voir en avant-première, le torrent ne devrait pas être si agité que ça. On grince un peu des dents lors d’une comparaison entre M6 et « une meuf relou », mais la vanne est promptement sifflée par les invitées du premier numéro – Audrey Fleurot, Claudia Tagbo et Inès Reg. Et dans l’ensemble, l’esprit est bon enfant et bienveillant.

Mickaël Youn n’exhibera pas son postérieur devant la caméra. « Les fesses, il y a vingt ans, ça allait, parce que j’étais mieux gaulé », justifie-t-il avant de rassurer sur la dose de trivialité qui sera respectée. « Il y a quand même du coquin. On a inventé la Trottitouf, la trottinette qui permet de faire ses besoins en allant sur son lieu de travail », prévient l’animateur.

« On ne veut pas être prisonniers des réseaux sociaux et de ce qui s’y dit car pour chaque vanne, chaque gag, il y aura cinquante personnes qui diront qu’elles n’aiment pas, que c’est du manque de respect, ajoute-t-il auprès de 20 Minutes. On a décidé de ne pas tenir compte des remarques négatives, mais plutôt des positives, d’être dans la fabrication, dans la création, dans la proposition, de faire et non pas d’avoir peur de déplaire. »

« Je ne crois pas qu’on se soit interdit grand-chose »

Téméraires, mais pas kamikazes non plus. L’équipe du Morning Night se dit « responsable ». « On a arrêté de jouer avec de la vraie bouffe », illustre Vincent Desagnat. Cela n’est pas si anecdotique que cela, d’autant plus quand on a en tête l’engagement de Michaël Youn au sein des Enfoirés. M6 a donné carte blanche à la petite bande mais ils n’en ont pas profité pour autant pour faire n’importe quoi. « Je ne crois pas qu’on se soit interdit grand-chose », assure Michaël Youn. Et de confier à 20 Minutes qu’il a pour règle de « ne pas faire de peine à une personne en particulier ou à une communauté. »

Aurait-il cédé à la notion de « bien pensance » chère aux conservateurs ? « Je n’ai pas l’impression qu’on était politiquement incorrects à l’époque du Morning Live. On était impertinents peut-être, insolents par moments. On est toujours resté très loin de l’humour communautaire, politique, on se moque d’abord de nous », avançait-il lors de la conférence de presse. C’est dans ce domaine que le Morning Night fait particulièrement mouche. Voir Mickaël Youn, Vincent Desagnat et Benjamin Morgaine déconner dans des déguisements improbables en donnant l’impression qu’on les surprend dans un délire entre amis, reste irrésistible. C’est le cas dans la séquence des « Tubes du grenier », conceptualisée dans le Morning Live, et consistant à reproduire en temps réel, devant un fond vert un clip des années 1980.

Un « mélange de Saturday Night Live et d’Intervilles »

En dehors de ces « madeleines de Proust », le Morning Night n’aura que peu de points communs avec l’émission culte des années 2000. Mickaël Youn avait envie d’un comedy show, d’un « mélange de Saturday Night Live et d’Intervilles ». Le temps a passé et l’improvisateur d’hier semble avoir revêtu le costume d’un pro du divertissement à l’américaine.

L’exercice implique un certain cadre, de suivre un conducteur. « Ce n’est pas une émission en freestyle, parce que c’est de la première partie de soirée et qu’on veut un chouette écrin. J’ai envie que ce soit chic, ajoute l’animateur. On ne peut pas faire du Morning Live pur en prime time. Tu es obligé d’avoir une présentation qui ne fait pas mal à la tête, tu ne peux pas avoir une caméra qui bouge dans tous les sens tout le temps. » A peine a-t-il dit ça qu’il prévient que la deuxième émission, diffusée jeudi prochain, « part un peu plus en sucette ».

20 secondes de contexte

Les propos cités dans cet article ont été recueillis en février lors de la présentation de l’émission à la presse et la semaine passée, lors d’un entretien en face-à-face avec Michaël Youn, c’est-à-dire avant que la situation liée au coronavirus Covid-19 en France ne s’aggrave.