Françoise Laborde quitte l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM)

INFO « 20 MINUTES » La journaliste Françoise Laborde dénonce la frilosité du bureau de son association, Pour les femmes dans les médias (PFDM), qui a refusé de prendre position après le césar de la meilleure réalisation remis à Roman Polanski

Aude Lorriaux

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Françoise Laborde, journaliste, écrivaine, membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (2009-2015).
Françoise Laborde, journaliste, écrivaine, membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (2009-2015). — IBO/SIPA

La journaliste Françoise Laborde a décidé de quitter l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM) qu’elle avait fondée, dénonçant « l’hypocrisie » et les « calculs personnels » du bureau de l’organisation, qui a refusé de prendre position après le césar de la meilleure réalisation remis au réalisateur Roman Polanski, pour son film J’accuse.

« Quelques mois à peine après avoir signé solennellement une charte contre le harcèlement sexuel, le bureau de PFDM refuse de prendre position sur l’affaire Polanski, pour ne pas contrarier les intérêts de quelques-unes. C’est un oukase et une hypocrisie que je ne peux accepter », argumente Françoise Laborde dans un texte transmis à 20 Minutes. Roman Polanski est  accusé par douze femmes de violences sexuelles.

« Un déni de démocratie et une insulte envers les femmes violées »

Françoise Laborde, qui a été présentatrice des journaux télévisés à France 2 et membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, raconte dans ce texte comment à ses yeux l’association est devenue un « instrument de pouvoir » pour quelques-unes : « Un moyen d’accéder directement aux patrons de et aux responsables politiques, une sorte de sésame pour faire évoluer sa carrière ».

La journaliste explique les coulisses de la décision de l’association : « J’ai essayé de faire entendre ma voix en vain, le bureau m’a totalement écartée de ce débat pourtant indispensable. » Elle dénonce « un déni de démocratie et une insulte envers les femmes violées et harcelées ». « Le nouveau bureau ne m’appelle que quand on a besoin de moi mais dès que j’émets une opinion on m’envoie promener », explique-t-elle à 20 Minutes.

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Poil à gratter

« La force d’une association qui défend les femmes c’est précisément de défendre les femmes et pas d’essayer de trouver des circonstances atténuantes aux violeurs et aux harceleurs », plaide Françoise Laborde.

A 20 Minutes, elle ajoute : « Si on a l’obsession de ne pas déplaire, si on n’est pas poil à gratter, c’est pas la peine de militer dans une association féministe, sinon on va au Lions club ou au Rotary. » Elle regrette par ailleurs l’absence de solidarité envers le ministre de la culture, Franck Riester, qui salué le courage de l'actrice Adèle Haenel et a pris position au lendemain des César en estimant que « célébrer » Roman Polanski était un « mauvais signal ». « Il nous a toujours soutenues et encouragées et nous on n’est même pas capables de faire un petit tweet pour dire bravo et merci ? », regrette-t-elle.

Contactée par 20 Minutes, Laurence Bachman, co-présidente de PFDM, a déclaré « regretter vivement le départ de Françoise Laborde ». « Concernant l’affaire Polanski, l’association ne soutient ni ne défend l’indéfendable et nul ne saurait se prévaloir de son talent pour couvrir son crime », estime PFDM dans une déclaration transmise par la directrice générale du Groupe Telfrance.

PFDM a réuni fin janvier dans les salons du ministère de la culture des grands patrons de chaînes de télévision et de journaux, qui ont signé une charte sur le harcèlement sexuel. 59 médias ont ainsi promis notamment de mettre en place un dispositif d’écoute et d’aide aux victimes.