Stupides, faibles et rivales… La téléréalité amplifie le sexisme et les caricatures des femmes

EGALITE Un rapport du Haut conseil à l’égalité épingle la téléréalité, accusée de propager le sexisme

Aude Lorriaux

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Les candidats de la saison 9 des «Anges de la téléréalité».
Les candidats de la saison 9 des «Anges de la téléréalité». — P. Le Roux / NRJ12 / La Grosse Equipe
  • Un rapport du Haut conseil à l’égalité estime que les émissions de téléréalité sont « pourvoyeuse de sexisme ».
  • Le HCE a passé au crible des épisodes de plusieurs programmes comme Les Marseillais VS. Le Reste du Monde, Les Anges de la Téléréalité et Koh-Lanta.
  • Le rapport, sur l’Etat des lieux du sexisme en France, préconise l’établissement d’une charte d’engagement entre chaînes concernant ces programmes prisés des plus jeunes téléspectateurs.

Ce lundi soir, Amazon Prime Video lance sa déclinaison française de l’émission de dating Love Island, présentée par Nabilla Benattia. « Je suis pour le girl power donc je veux vraiment que les femmes soient les maitresses du jeu, a expliqué la néo-animatrice et ex-candidate de jeu de téléréalité à Télé Loisirs. Elles auront beaucoup de pouvoir et d’influence sur le cours de l’émission dès les premières minutes. » Ce programme, présenté comme révolutionnaire par ses producteurs, améliorera-t-il l’image des femmes habituellement véhiculée par les émissions de téléréalité ? Ce serait heureux.

Stupides, faibles et rivales… Telle est en résumé l’image des femmes dans ces programmes, selon le rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) sur l’état des lieux du sexisme en France en 2019. Le HCE a analysé trois émissions de téléréalité : Les Marseillais VS. Le Reste du Monde, Les Anges de la Téléréalité et Koh-Lanta. Pour chacune de ces émissions, sept épisodes ont été sélectionnés de manière aléatoire. Le résultat de ce visionnage est sans appel : « La téléréalité est une grande pourvoyeuse de sexisme. »

Mise en scène de « clashs » et culture viriliste

Les femmes sont par exemple souvent présentées comme stupides. Comme dans cet épisode des Marseillais 4, où l’un des candidats affirme à propos de Clara : « Je l’aime beaucoup mais quand elle fait le test de culture G, j’ai envie de me mettre sous la terre ». Ou ce passage des Anges 11, où Sélim dit à propos de Jelena : « Et elle, elle sent pas la patate, elle est naïve, elle est bête ».

Ces affirmations sans détour sont soutenues par un mécanisme, plus subtil, de sexualisation des candidates, qui sont renvoyées plus que les hommes à leur corps, explique le HCE. « La téléréalité montre au public des femmes sexualisées, même dans des contextes qui ne s’y prêtent pas ordinairement », comme le bikini dans la maison ou le peignoir transparent et les talons aiguilles au petit déjeuner.

Présenter des épreuves sportives taillées pour les hommes, où femmes et hommes sont mis en compétition, et où les femmes perdent systématiquement, est une autre manière de souligner leur « faiblesse », et de perpétuer, selon le HCE, une culture viriliste. La téléréalité présente un univers de violence, où règne une culture de l’insulte sexiste et de la compétition entre femmes. C’est le cliché des femmes qui se « crêpent le chignon »…

Charte

Fusent les « putes », qui sexualisent aussi les femmes ; les injures homophobes, qui renforcent l’injonction à la virilité, et les mises en scène de « clashs ». « Tout dans l’émission devient champ de bataille et, pour gagner, il faut être un.e guerrier.e et vaincre les autres », explique le HCE. Quitte à les dénigrer, les écraser, les humilier. Comme cet échange verbal dans les Anges de la Téléréalité : « T’as une gue***, c’est Bob Marley à la moche », « T’as pris un poulpe pour te le mettre dans les cheveux ! »

Les émissions de diverstissement sont incontournables dans la lutte contre le sexisme sur écrans : le public de 4 ans et plus passe 55 % de son temps de télévision à les suivre. Pour mettre fin à ces stéréotypes, le HCE propose de faire signer à toutes les chaînes qui produisent des émissions de téléréalité une charte d’engagement. Pas gagné, quand on sait qu’en 2018, les auditions du CSA avec les groupes TF1, M6 et NRJ ont systématiquement fini en eau de boudin.