« Etre Française dans "RuPaul’s Drag Race", c’est une bénédiction et un fardeau », confie Nicky Doll

INTERVIEW « 20 Minutes » s’est entretenu avec la première candidate française de la célèbre compétition de drag-queens dont la douzième saison débute ce vendredi aux Etats-Unis

Propos recueillis par Fabien Randanne

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La drag queen française Nicky Doll, candidate de la saison 12 de «RuPaul's Drag Race».
La drag queen française Nicky Doll, candidate de la saison 12 de «RuPaul's Drag Race». — Astrid Stawiarz / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • La saison 12 de la compétition de drag-queens « RuPaul’s Drag Race » commence ce vendredi sur la chaîne américaine VH1.
  • Nicky Doll, 28 ans, est la première candidate française de l’émission.
  • Nicky Doll se décrit comme « une poupée bondage haute couture mais aussi très animé »

« Nicky Doll est une poupée bondage quelque part entre le quartier de Shibuya à Tokyo et le quartier rouge d’Amsterdam. Elle est haute couture mais aussi très animé » C’est ainsi que Karl Sanchez, 28 ans, décrit son personnage de scène, qui a vu le jour il y a une dizaine d’années. Nicky Doll est au casting de la saison 12 de RuPaul’s Drag Race lancée ce vendredi soir sur la chaîne américaine VH1. Elle est d’ailleurs  la première candidate française de cette compétition de drag-queens. Présentations.

Quand avez-vous commencé le drag ?

En 2009. J’avais besoin de trouver une manière d’embrasser ma féminité. Quand je me suis réinstallée à Paris après avoir vécu sept ans au Maroc [Karl Sanchez est né à Marseille et a aussi vécu à Saint-Martin], je suis allé à ma première Marche des fiertés et plein de monde était habillé sexy ou de manière à attirer l’attention. J’ai simplement décidé de « me transformer » en femme parce que j’avais besoin de ressentir une nouvelle forme de fierté. J’ai été beaucoup harcelé et brimé quand j’étais plus jeune parce que les gens me trouvaient trop efféminé. Alors c’était comme leur adresser un doigt d’honneur, en leur disant, non seulement, je suis efféminé mais je suis aussi une drag-queen. C’était une manière de me donner de la force, du pouvoir, et j’ai vu que c’était fun. Alors j’ai décidé de poursuivre après cette Marche, de travailler des performances. J’ai déménagé aux Etats-Unis il y a quatre ans et demi parce que j’étais un gros poisson dans une petite mare et j’avais besoin de nouveaux défis, d’essayer des choses inédites.

Qu’est-ce que cela vous fait de concourir dans « RuPaul’s Drag Race » ?

C’est un superbe moyen de me challenger et d’évaluer mon niveau. Mais c’est aussi l’occasion de pointer le projecteur sur la communauté drag en France. En étant la première drag française à concourir dans RPDR, vous recevez beaucoup d’attention et vous essayer de montrer ce qui se fait différemment en Europe par rapport aux Etats-Unis.

C’est-à-dire ?

La scène drag française est très différente de l’américaine. On est plutôt des look queens, qui faisons des performances visuelles. La culture drag arrive peu à peu en France. Quand j’ai commencé à faire du drag, je cherchais à être glamour, j’étais dans le gogo drag dans les boîtes de nuit. Il s’agissait de concevoir des looks très rapidement car chaque soirée avait une scène. Aux Etats-Unis, l’esthétique est aussi importante, bien sûr, mais à New York, par exemple, il n’y a pas d’obligation à changer de tenue pour chaque performance. Vous pouvez n’en revêtir qu’une seule et faire un show d’une heure et demie. RuPaul’s Drag Race est énorme en France [les onze premières saisons sont disponibles sur Netflix], l’industrie change et donne des opportunités pour les queens françaises de se produire de la même manière qu’aux Etats-Unis, dans des bars.

Etre Française, dans « RuPaul’s Drag Race », c’est un atout ?

C’était une bénédiction et un fardeau. Le fait d’être Française et mon esthétique étaient des atouts, je dirais. Mais faire toute la compétition dans une autre langue que le français n’était pas toujours facile. Votre sens de l’humour, votre mentalité, votre manière de penser est différente. Si je peux parler anglais sans trop d’accent, mon cerveau pense en français. C’était parfois compliqué. Le drag et l’humour sont une question de spontanéité. Quand il faut traduire votre sens de l’humour vous êtes 90 % moins spontanés que si vous le faisiez dans votre langue.

Qu’est-ce qui a été le plus dur pour vous dans la compétition ?

Je dirais que, même si j’aime concourir contre moi-même, être en compétition face à d’autres queens très talentueuses que je respecte énormément, c’est très compliqué. Mais à la fin, il ne doit y avoir qu’une gagnante, alors…

Parmi les précédentes gagnantes de « RuPaul’s Drag Race », laquelle est votre préférée ?

Bianca del Rio, parce qu’elle est une des rares gagnantes dont la victoire est incontestable. Dès le début de sa saison, on savait que personne n’était en mesure de la battre.

Bianca del Rio a fait une date de son spectacle à Paris l’an passé. Quand le public français pourra-t-il vous applaudir ?

Il y a des projets dont je ne peux pas encore parler parce que ce n’est pas confirmé. Mais je devrais être dans le coin très bientôt. Je vous tiendrai informé sur les réseaux sociaux.

20 secondes de contexte

L'entretien s'est déroulé par téléphone et a dû, à la demande de la production, être effectué en anglais. La majorité des réponses ont été retranscrites au féminin car il est question de Nicky Doll. La réponse à la première question a été retranscrite au masculin car il s'agit du récit de l'expérience et du vécu de Karl Sanchez.