VIDEO. « Zone interdite » : « En commençant cette enquête sur les enfants placés, je ne m’attendais pas à une telle omerta »

ENQUÊTE Le magazine présenté par Ophélie Meunier propose ce dimanche soir une enquête édifiante sur les défaillances de l’Aide sociale à l’enfance

Hélène Sergent

— 

Les équipes de Zone Interdite ont enquêté pendant huit mois sur les défaillances de l'Aide sociale à l'enfance (ASE)
Les équipes de Zone Interdite ont enquêté pendant huit mois sur les défaillances de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) — ISA HARSIN/SIPA
  • Pendant un an, une équipe de « Zone interdite » a enquêté sur la prise en charge des enfants dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
  • La plupart des images ont été tournées en caméra cachée, les demandes de tournage envoyées aux départements ayant quasiment toutes été refusées.
  • Diffusée ce dimanche à 21 h 05 sur M6, l’enquête pointe les violences subies par les enfants placés, la vétusté des locaux, le manque de contrôle des établissements et de formation de certains éducateurs.

« Pendant ces mois d’enquête, j’ai eu parfois l’estomac noué », confie le journaliste Jean-Charles Doria. Invité à l’Assemblée nationale le 8 janvier dernier au côté de son équipe, le réalisateur d’une enquête consacrée aux défaillances de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), peinait à cacher sa colère.

« En commençant ce sujet, je ne m’attendais pas à une telle omerta », explique-t-il à la poignée de députés venus assister, en avant-première, à la projection de ce documentaire, à laquelle 20 Minutes a pu assister. Un travail édifiant, parfois révoltant, que pourront découvrir ce dimanche les téléspectateurs du magazine «Zone interdite», sur M6.

Refus quasi systématiques

Dans cette enquête au long cours, les équipes de Jean-Charles Doria ont pu intégrer plusieurs foyers chargés d’accueillir des enfants placés, à Dijon ou en Seine-Saint-Denis. La plupart des images ont été tournées en caméra cachée, les demandes de tournage envoyées aux départements ayant quasiment toutes été refusées. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le documentaire pointe les multiples défaillances de cette politique, gérée à l’échelle départementale.

Plusieurs journalistes sont parvenues à se faire recruter comme éducatrices, sans formation, sans diplôme et sans vérification préalable de leur casier judiciaire. On y voit également des équipes éducatives dépassées par des enfants souffrant parfois de troubles psychiques lourds, sans soins adaptés, dans des locaux vétustes et sales. Plus grave encore, l’équipe de Jean-Charles Doria s’est penchée sur le cas d’enfants placés abusés sexuellement dans un foyer et sur celui d’adolescentes victimes de proxénétisme.

Un précédent en janvier 2019

Particulièrement dense, l’enquête s’attache toutefois à mettre en avant quelques initiatives encourageantes. Un seul foyer du Bas-Rhin a ainsi ouvert ses portes aux journalistes de « Zone interdite »Taux d’encadrement élevé, personnel formé ou médiation animale, la politique menée à l’échelle microlocale par la directrice de cet établissement fait office de « respiration » dans ce sujet accablant.

Un constat d’autant plus insupportable qu’un précédent documentaire, diffusé il y a un an sur France 3, pointait déjà ces défaillances et la violence subies par les enfants placés. Face au tollé suscité à l’époque, le Premier ministre avait annoncé, quelques semaines plus tard, la nomination d’un secrétaire d’Etat à la Protection de l’enfance.