« Qui veut être mon associé ? » : M6 espère faire d’une émission « risquée » un investissement payant

TELEVISION M6 lance ce mardi soir une nouvelle émission adapté d'un concept japonais

Fabien Randanne

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Julien Courbet anime «Qui veut être mon associé» sur M6.
Julien Courbet anime «Qui veut être mon associé» sur M6. — Serge ARNAL/M6
  • Le premier numéro de Qui veut être mon associé ?, présenté par Julien Courbet, sera diffusé ce mardi à 21h05 sur M6.
  • Cette version française du format japonais The Tigers of Money verra des chefs et cheffes de (petites) entreprises tenter de convaincre six investisseurs potentiels d’investir dans leurs projets en échange d’une part de leur capital.
  • La chaîne se demande si le public sera au rendez-vous d’une émission bien plus émouvante et drôle qu’on ne pourrait l’imaginer sur le papier.

Le concept de Qui veut être mon associé ? est contenu dans ce titre. Dans cette nouvelle émission, lancée sur M6, mardi 14 janvier à 21h05, des chefs et cheffes d’entreprises et autres porteurs de projets tenteront de convaincre, en quelques minutes, un panel d’investisseurs de mettre la main au porte-monnaie, en échange d’une part dans leur capital, pour les aider à se développer. La sixième chaîne n’a rien inventé : ce programme est une adaptation d’un format japonais, The Tigers of Money, créé en 2001 et décliné depuis dans une trentaine d’autres pays. La version française est la quarantième du genre.

M6 veut croire que le moment est propice pour intégrer cette nouveauté dans sa grille. « C’est un programme plein de sens pour le groupe. On aime que nos émissions permettent à des gens de changer de vie », a avancé Guillaume Charles, le directeur des programmes en décembre, lors de la présentation de Qui veut être mon associé ? aux médias. Il a aussi plaidé l’engouement pour l’entrepreneuriat en France.

Selon l'Insee, les créations d’entreprises – 691.000 – au niveau national ont atteint un record en 2018 avec une progression de 17 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de nouveaux micro-entrepreneurs (d’entrepreneurs individuels) a ainsi progressé de 28 %. Une étude commandée il y a deux ans par PricewaterhouseCoopers (PwC) révélait que 20 % de la population active française se disait prête à se lancer dans la création d’entreprise et, parallèlement à ça, que le manque de financement représentait le principal obstacle (pour 67 % des personnes interrogées).

« Une exception culturelle française ? »

Qui veut être mon associé ? entre en résonance avec les aspirations d’une partie de la population or, en dépit de cela, et malgré le succès du concept à l’international, Guillaume Charles se demande s’il y aura « une exception culturelle française ». Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, s’interroge lui-même sur la capacité de l’émission à être acceptée par le public. « On a la même excitation que lorsqu’on a lancé Capital [en 1988]. Personne n’y croyait. La première n’avait pas marché, d’ailleurs », souligne-t-il. Cette nouvelle émission « est un risque, reconnaît-il, mais le plus gros risque serait de ne pas le prendre ».

La chaîne a sans doute encore bien en mémoire le fiasco de The Apprentice : Qui décrochera le job ? dont la diffusion a été suspendue au bout de deux numéros à l’automne 2015, faute d’audience. Il s’agissait pourtant de l’adaptation de l’émission culte américaine dans laquelle Donald Trump éliminait les aspirants salariés au début des années 2000 d’un lapidaire « Vous êtes viré ! ». « Faire de la course au CDI un divertissement quand près de 85 % des embauches se font en CDD et que le taux de chômage dépasse les 10 %, voici une belle idée ! », écrivait non sans cynisme Télérama au sujet de la version française, résumant ainsi les procès en éthique et moralité dont le programme avait fait l’objet.

Qui veut être mon associé ? devra donc séduire un peuple de «Gaulois réfractaires» dans une actualité politique et sociale dominée par le projet de réforme des retraites et la défiance qu’il suscite auprès d’une partie de la population. Pour le dire autrement, l’émission devra « parler » aux téléspectateurs et téléspectatrices quelle que soit leur sensibilité politique et donc dissiper les a priori que son concept est, sur le papier, susceptible d’inspirer.

« Ça se joue sur des coups de cœur »

Julien Courbet dissipe tout doute : « On pourrait penser qu’on a fait la start-up nation [une notion chère à Emmanuel Macron] avec des étudiants d’écoles de commerce. Ce n’est pas du tout ça. [Parmi les participants], il y a des jeunes, des retraités… » La première émission à laquelle a eu accès 20 Minutes le confirme : la diversité des profils est assurée. L’animateur, qui apparaît relativement en retrait dans le programme, ajoute : « Ce n’est pas de la téléréalité, car c’est leur argent que les investisseurs mettent sur la table. Peut-être que dans la vraie vie ils prennent plus de temps pour analyser les dossiers. Là, ça se joue sur des coups de cœur, en quelques minutes. »

Alors que l’on pourrait redouter la froideur solennelle d’un entretien pour le « business », on découvre en réalité des échanges le plus souvent bienveillants, empathiques et pertinents entre celles et ceux qui viennent présenter leurs projets et celles et ceux qui pourraient leur donner un coup de pouce de quelques centaines de milliers d’euros. Du bagout d’un trentenaire francilien spécialisé dans la réparation de valises au quadra normand qui a réponse à tout au sujet de son protège-tibia connecté, il y a de quoi vite s’attacher à la personnalité des participants. Et, sans trop en dire, les larmes – d’émotion – sont aussi au rendez-vous. M6 peut compter sur l’investissement émotionnel du public. On n’aurait jamais imaginé que des levées de fonds puissent être aussi drôles ou bouleversantes.

Qui va mettre la main au porte-monnaie ?

Le panel d’investisseurs « emblématiques du dynamisme et de la créativité française », dixit M6 est composé de deux femmes et quatre hommes. A savoir, Catherine Barba une des cinq femmes « business angel » les plus actives de France, Delphine André, dirigeante du groupe de transport et logistique GCA, ainsi que Marc Simoncini, créateur de Meetic, Marc Vanhove concepteur de la franchise Bistro Régent, Eric Larchevêque, fondateur de Ledger et Frédéric Mazzella, président de BlaBlaCar.