Arrêt de « Destination Eurovision » : « La déception est très forte », déplore Franck Firmin-Guion, président d’ITV Studios France

INTERVIEW Le président d’ITV Studios, qui a produit « Destination Eurovision » en 2018 et 2019, commente pour « 20 Minutes » la décision de France 2 de ne pas reconduire le télécrochet

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Franck Firmin-Guion, à g. Le duo Madame Monsieur sur la scène de l'Eurovision 2018.
Franck Firmin-Guion, à g. Le duo Madame Monsieur sur la scène de l'Eurovision 2018. — Jean-François Robert / Francisco Leong / AFP
  • Lundi, France 2 confirmait à 20 Minutes une information du Parisien en annonçant l’arrêt de Destination Eurovision.
  • En 2018 et 2019, ce télécrochet avait permis de désigner, via les votes de jurés étrangers et du public, les candidats allant représenter la France à l’Eurovision.
  • Franck Firmin-Guion, président d’ITV Studios France, qui produisait Destination Eurovision, confie sa « déception » à 20 Minutes.

Sa parole est rare dans les médias. Mais Franck Firmin-Guion, président d’ITV Studios France, qui produit, entre autres, The Voice pour TF1 ou Je t'aime, etc... pour France 2, a tenu à s’exprimer pour défendre le bilan d’une autre production maison : Destination Eurovision. Ce télécrochet, qui a vécu le temps de six soirées en janvier 2018 et 2019, et a vu triompher le duo Madame Monsieur ainsi que Bilal Hassani, n’a pas été reconduit par France 2 pour 2020.

Alors que la deuxième chaîne planche sur un nouveau processus de sélection de l’artiste qui défendra les chances françaises à l’Eurovision, en mai à Rotterdam (Pays-Bas), Franck Firmin-Guion révèle à 20 Minutes avoir proposé de revoir le concept de son émission. En vain.

Vous vous attendiez à l’arrêt de « Destination Eurovision » ?

Oui. On a été informé mi-octobre. C’est la décision du diffuseur, on en a pris acte. Il y a des réflexions qui échappent à la production. On a été déçu et on a envie de défendre le bilan de cette émission qui était la seule permettant, en France, à des artistes de présenter une chanson inédite en prime time, à une heure de grande écoute. C’était très « service public ». Au niveau des audiences, on a réalisé d’assez bonnes performances sur les cibles, avec par exemple 21.5 % de parts d’audience sur les 15-24 ans [lors de la finale en janvier 2019].

France 2 avance son souhait de maîtriser davantage le processus de sélection…

Il semble que la chaîne a une volonté de revoir le processus de sélection sans avoir encore d’avis définitif sur la façon de procéder. Il y a plusieurs choses envisageables : soit proposer un seul artiste et plusieurs chansons, soit faire concourir deux, trois ou quatre artistes puis faire voter le public. Ou alors, comme vous l'a dit Alexandra Redde-Amiel [la directrice des divertissements de France Télés], il y a un « coup de cœur » en interne pour une chanson et un prime sera diffusé pour la présenter. Ce qui veut dire qu’il faut occuper l’antenne pendant deux heures… Je ne suis pas sûr qu’ils vont aller vers ça. Il me semble qu’une fois qu’on a proposé au public de voter, il est difficile de lui retirer cette opportunité. [Ces vingt dernières années, la sélection de la chanson française pour l’Eurovision est passée alternativement par des sélections en petit comité sans consulter le public – de 2000 à 2005, de 2008 à 2013, de 2015 à 2017 – ou par des télécrochets – en 2006, 2007, 2014, 2018 et 2019].

Avez-vous proposé à France 2 de revoir le concept de « Destination Eurovision » ou le système de votes ?

On a proposé plusieurs versions, comme par exemple de se limiter à une seule émission ou d’en faire cinq [contre trois précédemment]. On avait pensé à un système permettant de faire évoluer le classement tout au long de la soirée, et non de le révéler à la toute fin, sur le modèle de l’Eurovision, comme ce fut le cas sur les deux premiers Destination Eurovision. Notre préconisation était de faire exister le programme sur plusieurs soirées, c’est bien de faire vivre la marque Eurovision à l’antenne et de faire connaître les artistes.

Tout le monde reconnaît que Destination Eurovision a contribué aux bonnes audiences du concours [5.2 millions et 4.8 millions de téléspectateurs ont suivi la finale de l’Eurovision sur France 2 en 2018 et 2019, contre 4.4, 5 et 4.7 en 2014, 2015 et 2016] par son effet "vitrine d’exposition". On avait la presse avec nous. Il y a eu beaucoup d’articles sur Madame Monsieur et sa chanson – Le Monde avait été dithyrambique. Bilal Hassani a aussi beaucoup intéressé, il avait également une formidable résonance sur le jeune public.

Pourquoi un télécrochet vous semble-t-il si pertinent ?

Sur les dernières éditions, la plupart des vainqueurs ont été sélectionnés lors d’un talent show [quatre des cinq derniers gagnants ont effectivement été désignés par le public lors d’une sélection télévisée], donc cela fait sens d’en organiser un. Le concept de Destination Eurovision avait été installé ces deux dernières années. Une troisième année, cela aurait pu être bien. On souhaite à France 2 que ce soit bien avec leur nouveau mode de sélection.

Vous éprouvez de la rancœur ?

Non, pas de rancœur. C’est la télévision : il faut du renouvellement, ça bouge, ça revient. Certes, la déception est très forte, on s’était beaucoup investi.