« Sur le front » : Hugo Clément assume être un « journaliste engagé »

MEDIAS Avec sa nouvelle émission, lancée mardi soir sur France 2, Hugo Clément souhaite inciter le public à agir ou à soutenir celles et ceux qui agissent en faveur de l'environnement

Fabien Randanne

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Hugo Clément dans le premier numéro de «Sur le front», consacré aux océans.
Hugo Clément dans le premier numéro de «Sur le front», consacré aux océans. — Winter Productions
  • La nouvelle émission d’Hugo Clément, « Sur le front » est lancée ce mardi, à 21h05, sur France 2.
  • Le premier des quatre numéros de la saison est consacré aux océans. Le thème sera traité à travers plusieurs reportages en France, au Mexique ou en Australie.
  • « L’objectif est qu’on se dise à la fin : "OK, la situation est grave, mais on peut faire quelque chose, il y a de l’espoir" », a expliqué en conférence de presse Hugo Clément, engagé depuis quelques années en faveur de la lutte environnementale.

Hugo Clément est mobilisé Sur le front. Tel est le nom de sa nouvelle émission, lancée ce mardi, à 21h05, sur France 2. Son angle d’attaque : les combats environnementaux. Le premier numéro – quatre au total devraient être programmés cette saison – sera consacré aux océans. Téléspectateurs et téléspectatrices découvriront le reporter en Méditerranée aux côtés des scientifiques du WWF effectuant des prélèvements de peau de baleines, mais aussi en mer de Cortès, au Mexique, sur les traces d’une espèce de dauphins en voie de disparition, ou encore en Australie, où la construction d’une mine de charbon met en péril la barrière de corail.

Comme dans ses reportages passés pour Le Petit journal, Quotidien ou le site Konbini, le reporter de 30 ans apparaît dans (presque) tous les plans. « Hugo Clément a une façon d’incarner, d’être dans l’action, de raconter ses sujets autrement, souligne Nathalie Darrigrand, directrice des programmes de France Télévisions. Dans sa façon d’écrire, on voit ce qu’il fait comme reporter, il y a une transparence sur sa façon de travailler. »

Son choix de se mettre en scène donnera une nouvelle fois du grain à moudre à ses détracteurs et détractrices, mais s’avère cohérent avec ce qu’il représente aux yeux d’une partie du public. Début novembre, un sondage exclusif YouGov pour 20 Minutes révélait que, pour les 18-24 ans, Hugo Clément était – ex aequo avec Nicolas Hulot – la personnalité française représentant le mieux le renouveau en matière d’engagement environnemental.

Une prise de conscience acquise au fil des reportages

Rien ne le prédestinait pourtant à s’imposer héraut vert. « J’étais comme des millions de personnes de mon âge – ou plus âgées d’ailleurs. Quand j’étais au lycée, je ne me rappelle pas que l’environnement était le truc dont tout le monde parlait contrairement à aujourd’hui. La prise de conscience, massive, est récente », avance-t-il.

Sa prise de conscience à lui a été progressive. « Je ne saurais pas situer le déclic, c’est un ensemble d’informations qui me sont parvenues, de discussions avec les gens qui m’entourent et de reportages que j’ai faits. Dans tous les endroits où je suis allé, il y avait des problèmes environnementaux. La plupart des conflits et des crises sont liées aux questions environnementales », déclare-t-il.

En une poignées d’années, Hugo Clément est devenu végétarien – il a livré son témoignage dans le livre Comment j’ai arrêté de manger les animaux paru au Seuil en février –, s’est transformé en lecteur passionné des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et, plus largement, a choisi d’alerter sur les périls menaçant la planète.

« Les journalistes ne sont pas des robots »

Le trentenaire assume totalement d’être un « journaliste engagé », comme le définit Nathalie Darrigrand. « Pour moi, le journalisme, ce n’est pas quelque chose que tout le monde doit faire de la même façon. Il y a le journalisme d’investigation, d’opinion, satirique – comme Le Canard enchaîné –, le journalisme d’agence qui est ultra factuel… énumère-t-il. S’il n’y avait que ma manière de faire du journalisme, ce ne serait pas suffisant mais je pense qu’elle apporte quelque chose aujourd’hui d’important dans le débat public et la manière de traiter l’information. »

« Les journalistes ne sont pas des robots, des machines qui se contentent de rapporter les faits sans laisser transparaître d’empathie ou d’émotion », reprend Hugo Clément. Et d’enfoncer le clou en tordant le cou à la prétendue objectivité présentée comme l’alpha et l’oméga du métier : « Je suis assez d’accord avec Jean-Michel Aphatie qui dit qu’il ne s’agit pas d’être objectif mais de maîtriser sa subjectivité. Je crois surtout à l’honnêteté, c’est-à-dire qu’on ne va pas aller tordre la réalité des faits pour la faire coller à ce qu’on pense. Si dire qu’il est catastrophique que les océans meurent, qu’il est catastrophique que le changement climatique ait cet impact-là, qu’il est catastrophique qu’on aille pêcher des espèces en voie de disparition, c’est être un journaliste engagé, alors oui, j’assume parfaitement de l’être. »

Hugo Clément en est convaincu, le journalisme engagé « répond à une vraie envie des gens vis-à-vis des médias ». « Je le comprends parce que moi aussi, quand je vois des choses qui me scandalisent, à la télé ou dans les journaux, je me dis : "P….., il faut faire quelque chose !". » Lui-même dit recevoir beaucoup de messages du public via les réseaux sociaux sur les sujets liés à la crise environnementale. « Quand je regarde ce qu’on m’envoie, [on me dit] "Qu’est-ce qu’on fait ?". Ce sentiment d’angoisse et d’impuissance est en train de monter. »

Ne pas « tomber dans le défaitisme »

Il tentera donc d’apporter des réponses avec Sur le front mais, insiste-t-il, sans tomber dans le piège du « docu plombant ». « On a ciblé des endroits dans le monde où des gens font des choses concrètes. L’objectif est qu’on se dise à la fin : "OK, la situation est grave, mais on peut faire quelque chose, il y a de l’espoir". Il est possible à notre niveau d’agir ou de soutenir les gens qui agissent sans tomber dans le défaitisme. »

Les différents reportages au menu du premier numéro ne sont pas dépourvus d’optimisme, en dépit des tableaux inquiétants qu’ils décrivent. « Si je retiens une chose, c’est la résilience des écosystèmes. Quand on met en place des mesures de protection, ça marche », résume Hugo Clément.

Devançant les critiques qui pourraient lui être opposées quant à l’empreinte écologique de tels reportages réalisés sous différentes latitudes, le journaliste précise : « Faire une émission, ça implique de se déplacer, et ça pollue. Avec France Télévisions, on a fait attention à passer par le bon système de compensation. » Les équipes de tournage ont été considérablement réduites et, selon les destinations, elles ne comptaient que trois ou quatre personnes : le réalisateur, les cadreurs et Hugo Clément. « On a fait attention dans chaque étape de production à avoir le moins d’impact possible », affirme-t-il. Sur le front, mais sans dommages collatéraux.

Egalement en ligne

Sur le front se déclinera aussi en numérique. Chaque mercredi, dès 8h, un reportage de 5 à 10 minutes sera mis en ligne sur la page Facebook de France.tv slash. En tout, quarante sujet seront proposés sur cette plateforme tout au long de la saison. Des sujets sur le massacre des dauphins aux îles Féroë, le claquage des porcelets (jugés trop « faibles » certains animaux sont tués en étant fracassés au sol) ou encore les déchets en Indonésie sont déjà visibles.